«On adopte un ton grave et catastrophique»

«On adopte un ton grave et catastrophique», ce sont les termes utilisés par le préfet de la Guadeloupe dans une conversation en off mais face caméras et micros activés. Les échanges entre Alexandre Rochatte et la directrice de l'ARS s'inscrivaient dans le cadre d'une ultime préparation d'une conférence de presse suite à la décision du gouvernement de confiner à nouveau ce département d'Outre-Mer.

"On adopte un ton grave et catastrophique", ce sont les termes utilisés par le préfet de la Guadeloupe dans une conversation en off mais face caméras et micros activés. Les échanges entre Alexandre Rochatte et la directrice de l'ARS s'inscrivaient dans le cadre d'une ultime préparation d'une conférence de presse suite à la décision du gouvernement de confiner à nouveau ce département d'Outre-Mer.

Les chiffres en Guadeloupe, on le sait, sont mauvais. Les contaminations ainsi que les admissions dans les services de soins intensifs repartent à la hausse. Et pour générer un climat de terreur, rien de mieux qu'un "ton grave et catastrophique". Terroriser la population locale, voilà l'ambition du préfet affichée à son insu pour convaincre les récalcitrants au vaccin qui sont très nombreux en Guadeloupe. Sauf que ça ne marche pas. Les Guadeloupéens gardent cette idée tenace d'une métropole qui se moque bien des citoyens ultramarins. L'accès difficile à l'eau potable, le scandale du chlordécone sont souvent cités en exemple par les natifs de cette île pour expliquer pourquoi ils ne croient plus les autorités locales ou gouvernementales. Alors adopter un "ton grave et catastrophique" lors d'une conférence de presse en expliquant au vu et au su de tous la mise en scène médiatique qui se profile relève au moins de l'impéritie sinon de l'incompétence totale.

Voilà comment on ruine la crédibilité de la parole publique et cela en quelques secondes seulement à un moment où elle a pourtant grandement besoin d'être réhabilitée par la transparence et la probité. Nous en sommes loin et les Guadeloupéens déjà peu enclins à se faire vacciner sont encore plus convaincus de ne pas franchir le pas avec cette piètre séquence médiatique. Non pas que le vaccin soit inefficace ou nocif mais parce que cet échange entre le préfet et la directrice de l'ARS de la Guadeloupe met à nu la volonté des deux protagonistes de faire peur.

Mais chercher à faire peur un peuple qui a connu l'esclavage, le racisme, la torture et les Galères avec un virus à la létalité maîtrisée n'est pas forcément une bonne idée. Un peu comme dire que les masques ne servent à rien, qu'on ne se contamine pas au travail ou que le Ministère de la Santé ne ferme pas de lits dans les hôpitaux. Des mensonges éhontés qui sont désormais la marque de fabrique de ce gouvernement.

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