Chauffeurs Uber, non vous n'êtes pas votre propre patron

La décision de la Cour de Cassation de requalifier en contrat de travail la relation entre Uber et l’un de ses chauffeurs, Maximilien Petrovic reflète l'évidente nécessité de remettre dans le bon ordre une situation totalement anarchique qui convenait (et convient toujours) à la plateforme de transport de personnes.

La décision de la Cour de Cassation de requalifier en contrat de travail la relation entre Uber et l’un de ses chauffeurs, Maximilien Petrovic reflète l'évidente nécessité de remettre dans le bon ordre une situation devenue totalement anarchique qui convenait (et convient toujours) à la plateforme de transport de personnes.

"Devenez votre propre patron", c'est en résumé le rêve vendu par cette plateforme à ses chauffeurs. Un patron qui enchaîne ses heures de travail pour un salaire de misère à cause de tarifs dérisoires qui parfois ne couvrent même pas la location du véhicule et le carburant. La liberté, c'est le principal argument mis en avant par cette entreprise américaine qui a fait mouche pendant des années auprès d'un public fragilisé par un chômage de longue durée et une pauvreté persistante. Forcément vu comme ça, ça donne envie.

Sauf que les chauffeurs Uber se sont vite rendus compte que cette liberté tant vantée par les marketeurs de la marque était un leurre. Ils sont libres...mais surtout libres de beaucoup travailler. Libres ou contraints? Vu le niveau des charges dont ils doivent s'acquitter entre les charges sociales, la TVA et toutes les dépenses inhérentes au véhicule d'exploitation (entretien, carburant, réparations...), on comprend vite que pas beaucoup de possibilités s'offrent à eux sinon de travailler un nombre d'heures déraisonnable s'ils veulent dégager quelque chose qui ressemble à un salaire. En réalité, leur voiture devient non pas leur deuxième lieu de vie mais le premier. Plus de douze heures de travail en moyenne rythment le quotidien de ces forçats de la route et cela sans aucune contrainte de temps malgré le risque qu'une telle situation fait peser sur la sécurité routière.

Le rêve américain s'est donc vite transformé en esclavage des temps modernes puisque non seulement ils doivent enchaîner les courses dont les prix sont ridiculement faibles, compétitivité oblige, mais en plus ils doivent honorer une qualité de service irréprochable. Bref tout un programme pour une rémunération somme toute très proche du Smic.

"Le nouveau monde" nous disait notre funeste président qui chantait les louanges de ce modèle économique de transport qui n'est en réalité qu'une escroquerie sociale et morale de haut vol renforcée par un puissant effet de levier grâce aux milliers de chômeurs et précaires qui n'ont eu d'autres choix que de tenter ce qu'ils croyaient être une success story.

Aujourd'hui cette décision de la Cour de Cassation nous permet de voir encore un peu mieux, si besoin est, que le président de la République a vendu son pays aux appétits financiers les plus voraces pour en faire le vassal économique d'un capitalisme qui emmène dans son sillage un monde entier à sa propre perte.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.