Valérie Pécresse cesse de payer la RATP et la SNCF

Ile-de-France-Mobilités a cessé de payer les deux principaux opérateurs de transports publics à savoir la RATP et la SNCF invoquant le trou financier provoqué par la crise sanitaire. C'est ce qu'on apprend au Figaro dans l'édition de ce jour.

Ile-de-France-Mobilités (IDFM) a cessé de payer les deux principaux opérateurs de transports publics, la RATP et la SNCF, invoquant le trou financier provoqué par la crise sanitaire. C'est ce qu'on apprend au Figaro dans l'édition de ce jour.

Valérie Pecresse avait déjà menacé de ne pas payer l'échéance du mois de juillet aux deux entreprises citées. C'est désormais chose faite. Reste maintenant à savoir comment vont réagir les salariés des deux entreprises qui regardent cette séquence avec circonspection. L'État, quant à lui, traîne des pieds pour apporter son concours à la détresse financière exprimée par l'autorité organisatrice des transports francilienne. Mais pourquoi? On est en droit de se poser la question car le transport est la clé de voûte du redémarrage de la machine économique. Or sans paiment d'IDFM, pas de versement de salaires aux opérateurs d'exploitation et des transports qui risquent de se retrouver à l'arrêt.

La crise sanitaire, on le sait, a considérablement dégradé les comptes publics en finançant à tout va le chômage partiel notamment à des entreprises qui avaient les capacités financières de le payer elles-mêmes. Certaines d'entre elles ont même maintenu le versement de dividendes tout en bénéficiant de l'aide de l'État pour financer leur baisse d'activité. Refuser de payer la RATP et la SNCF ou faire croire que ces deux opérateurs historiques de transport ne vont plus pouvoir assurer leurs rotations habituelles faute de ressources est tout sauf anodin.
Le diable est dans les détails et cette décision, il faut bien le reconnaître, envoie un message subliminal aux principaux acteurs du transport public que sont les machinistes, les conducteurs de métros de rer et les cheminots en ce sens que : "par ce geste symbolique, comprenez que vous allez devoir accepter coûte que coûte la regression sociale qui s'annonce." Conditions de travail, rémunérations, protection sociale, autant de sujets sur lesquels les travailleurs qu'on appelait il y a peu les héros du quotidien vont devoir faire des concessions.

Alors que la réforme des retraites s'apprête à être relancée contre vents et marées, on comprend bien qu'il est question museler la contestation populaire dans ces deux bastions historiques des luttes sociales. La RATP et la SNCF vont probablement encore débrayer risquant de porter un coup fatal à la reprise économique qui ne tient déjà qu'à un fil.

La bourgeoisie continue donc son oeuvre d'asservissement des classes populaires alors qu'elle trouve cet argent magique sans difficulté aucune pour arroser les milliardaires propriétaires des grands groupes de presse. C'est ce que révèle Laurent Mauduit sur Mediapart aujourd'hui en faisant un tableau non exhaustif des subventions, les crédits et garanties en tout genre octroyés par la puissance publique aux milliardaires français parmi lesquels on peut citer Bernard Arnaud, Xavier Niel et Patrick Drahi. Des milliardaires qui ont pourtant une assise financière amplement suffisante pour éponger les pertes que leurs groupes respectifs accusent mais faisant partie d'un microcosme de l'entre-soi, les largesses de l'État sont plus faciles à obtenir entre membres d'une même caste.

C'est pourquoi la révolte gronde en France et ce simulacre de défiance lancée par Valérie Pécresse n'impressionne personne et a au moins le mérite de convaincre les protagonistes de la grève historique du 5 décembre dernier que la révolte n'est pas finie...elle ne fait peut-être même que commencer.

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