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Billet de blog 10 oct. 2021

Mauvaise journée pour les travailleurs pauvres sans titre de transport SNCF

Ce vendredi 8 octobre a été une mauvaise journée pour les fraudeurs. Non pas les fraudeurs dont les revenus atteignent des niveaux stratosphériques et qui refusent d'en donner une quote-part à la collectivité qui les abrite. Il est question ici des fraudeurs dans les transports en commun.

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Ce vendredi 8 octobre a été une mauvaise journée pour les fraudeurs. Non pas les fraudeurs dont les revenus atteignent des niveaux stratosphériques et qui refusent d'en donner une quote-part à la collectivité qui les abrite. Il est question ici des fraudeurs dans les transports en commun. La SNCF a déployé en effet des moyens impressionnants sur les trois gardes de Saint-Denis pour lutter contre la fraude. Pas moins de 125 personnes ont été mobilisées (agents SNCF et policiers) pour contrôler, interpeller et verbaliser dans les trois gares de Saint-Denis, l'une des villes les plus pauvres de France. Des centaines de procès-verbaux ont été établis pour le plus grand bonheur de la présidente de région Valérie Pecresse qui a fait de la lutte contre la fraude dans les transports un véritable combat.
Les malchanceux ayant écopé d'une amende finiront le mois avec un peu plus de privations que d'habitude car, tout le monde ne le sait peut-être pas, mais la crise sanitaire et son cortège de licenciements et d'extrême pauvreté amènent de plus en plus de Franciliens à ne plus payer leur abonnement de transport. 75,20 euros, c'est le prix du forfait Navigo mensuel dézoné, correspond pour un grand nombre de voyageurs à leur salut pour finir le mois. Tous ne sont pas éligibles au remboursement de leur forfait car parmi les voyageurs, on trouve des sans-papiers, des travailleurs non-déclarés mais aussi des salariés à très faibles revenus. Toute une catégorie de la population qui échappe donc aux radars des dispositifs d'aides mis en place par les mairies et les collectivités.
Cette opération coup de poing a eu au moins le mérite de montrer que lutter contre la fraude c'est possible si tant est que des voyageurs pauvres incapables de payer leur titre de transport soit vraiment des fraudeurs.
Mais alors pourquoi ne pas lutter contre toutes les fraudes notamment celle qui peut rapporter gros? L'affaire des Pandora Papers révélée au grand jour le 3 octobre dernier n'a indigné qu'une infime partie de la classe politique alors que le manque à gagner pour les collectivités se chiffre en milliards. C'est donc autrement plus efficace de se battre contre l'évasion fiscale que de courir après des travailleurs pauvres en leur extirpant les quelques subsides qui leur reste pour vivre.

Ce n'est évidemment pas Valérie Pecresse qui compatira avec ces voyageurs ne pouvant s'acquitter du montant d'un ticket. La fraude comme l'appelle communément la région coûterait environ 54 millions d'euros chaque année, nous dit-on, soit l'équivalent de 5 rames neuves. L'évasion fiscale, elle, coûte à l'Etat au bas mot 100 milliards d'euros, soit l'équivalent de plusieurs centaines de lits d'hôpitaux, de nouvelles écoles, des logements sociaux, de hausses de salaires pour les bas revenus et il en reste encore pour financer la transition écologique. C'est donc bien plus rentable de lutter contre les délinquants financiers en cols blancs mais pour cela, il faut évidemment augmenter les embauches dans les administrations fiscales et doter ces dernières de moyens correspondant à l'ampleur des missions de contrôles et d'investigations nécessaires. En somme, mettre en place la même politique volontariste que celle déployée ce vendredi 8 octobre pour faire la chasse aux pauvres dans les transports.
Un doux rêve au milieu de toutes ces tergiversations mettant à l'index tantôt l'étranger qui prend le travail du français, tantôt le musulman qui colonise la France, tantôt le chômeur qui refuse de travailler. Un populisme qui rappelle le vieil adage : fort avec les faibles et faible avec les forts.

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