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Billet de blog 10 nov. 2021

Les chômeurs sommés par Emmanuel Macron de démontrer qu'ils veulent travailler

L'allocution présidentielle a duré vingt-sept minutes mais une phrase ne va pas manquer de faire couler beaucoup d'encre : "les demandeurs d'emploi qui ne démontreront pas une recherche active verront leur allocation suspendue".

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L'allocution présidentielle a duré vingt-sept minutes mais une phrase ne va pas manquer de faire couler beaucoup d'encre : "les demandeurs d'emploi qui ne démontreront pas une recherche active verront leur allocation suspendue". 
Une phrase qui résonne comme une déflagration sociale absolument inouïe et dont les retombées vont durer un certain temps. Nul besoin de savoir l'éventail des mesures prises lors de cette intervention télévisée. Emmanuel Macron a livré toute la mesure de son inconséquence morale et sociale aux Français par cette phrase rappelant cruellement qu'il est et restera le président des riches. La réforme tant décriée de l'assurance-chômage est entrée en vigueur le premier octobre et déjà nombre de nouveaux chômeurs sont dans l'impasse. Entre des allocations chômage en baisse et des allocations chômage refusées à des chômeurs parce qu'ils ne cumulent pas au moins six mois d'activité, la pilule était déjà très dure à avaler. Mais voilà ces chômeurs renvoyés au rang de pestiférés de la nation. La vindicte présidentielle lancée contre les privés d'emplois face à des millions de téléspectateurs sera donc la contrepartie de cette allocation qu'ils percevront. Ces rejetés de la nation restent donc désespérément le maillon faible du paradigme macroniste. Les chômeurs, les précaires, les vulnérables, les malades, les intérimaires, les travailleurs pauvres comprennent alors que l'heure n'est plus à la solidarité entre les riches et les nécessiteux mais à une logique du chacun pour soi.
Quelle arrière pensée sa cache derrière cette assertion prononcée par le président de la République? Il faut bien évidemment comprendre que les chômeurs aiment l'oisiveté rémunérée et que pour bon nombre d'entre eux, cette situation qui les prive d'un salaire digne serait davantage choisie que subie. Une idée qui en dit long sur cette dichotomie entre Emmanuel Macron et la réalité du marché du travail. Plus subtile encore, ceux n'acceptant pas des emplois sous-payés seront également dans la catégorie de ces mal-aimés qui se complaisent dans le farniente. Face à un discours aux airs de dernière sommation pour les chômeurs, l'allocation chômage devient dans ce contexte non plus un droit mais une aumône piétinant par là-même la dignité de ces privés d'emploi. L'ubérisation de notre économie a créé en effet des milliers d'emplois mais des emplois précaires, sans protection contre les aléas de la vie et qui sont donc loin d'être des vecteurs d'émancipation sociale. Ils enracinement ceux qui les occupent dans une pauvreté persistante créant un cercle vicieux durable pour rester dépendant des quelques subsides gagnés parfois au péril de leur vie.

Voilà ce qu'il faut donc faire aujourd'hui pour s'attirer les faveurs de l'Élysée et même comme ça, pas sûr que ces travailleurs seront touchés  par la grâce présidentielle car ces "riens" ne seront jamais plus que les faire-valoir d'une politique économique prétendument vertueuse au moyen de statistiques montrant la courbe du chômage baisser mais sans jamais dévoiler l'ampleur de la détresse sociale qui se cache derrière ces emplois misérables.
C'était donc bien ça "notre projet" tant vanté par l'actuel président d'une caste qui ne connaît même pas l'odeur de la pauvreté, c'est une économie qui brade la force de travail des plus fragiles pour financer l'évasion fiscale des plus aisés. En somme un monde qui marche sur la tête.

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