Quatre mois de prison ferme, une gifle qui coûte cher

Quatre mois de prison ferme pour une gifle. La sanction prononcée contre Damien Tarel, celui qui a giflé le président, écope finalement d'une sanction qui, de l'avis de tous, est complètement disproportionnée. Quatre mois de détention, il faut le savoir, ça peut suffir à bouleverser, parfois même à ruiner une vie.

Quatre mois de prison ferme pour une gifle. La sanction prononcée contre Damien Tarel, celui qui a giflé le président, écope finalement d'une sanction qui, de l'avis de tous, est complètement disproportionnée. Quatre mois de détention, il faut le savoir, ça peut suffir à bouleverser, parfois même à ruiner une vie.

Les tenants de la bien-pensance diront qu'on n'a pas à donner de gifle au Président de la République. En réalité, on n'a pas à donner de gifle tout court, que ce soit à un président de la Republique ou à un éboueur dont l'utilité sociale est bien supérieure à celle d'un oligarque. Quel message une telle sanction envoie-t-elle aux Français? Il est des femmes en France subissant des violences répétées de la part de leur conjoint et qui malgré les alertes et les plaintes déposées, finissent par être tuées parce que les services de police et de justice jugent les inquiétudes exprimées par ces femmes infondées ou exagérées. Mais voilà qu'une gifle suffit à enfermer un homme pendant quatre mois avec mandat de dépôt. De quoi perdre la boussole qui guide l'idéal démocratique de chacun.

"Liberté, Égalité, Fraternité", une devise sérieusement mise à mal par ce verdict quand on voit que la violence n'est pas traitée avec la même sévérité selon la personne, le corps de métier ou le statut social qui la subit. Si frapper un Président de la République est plus grave que de frapper une femme, un enfant ou toute autre personne sans titre, c'est que notre justice et plus globalement notre démocratie sont malades d'un ordre immoral qui désigne le chef de la magistrure suprême comme une personne plus respectable et plus honorable que le commun des mortels. Cette sanction désigne donc bien Emmanuel Macron comme un être supérieur aux Français, des Français indiscutablement réduits à une condition de sujets. Un coup de canif de plus au pacte républicain déjà à bout de souffle.

On aimerait en tout cas voir cette justice aussi implacable avec Alexandre Benalla dont les chefs d'inculpation sont objectivement beaucoup plus graves que la gifle assénée à Emmanuel Macron, avec Nicolas Sarkozy pour le dépassement de ses comptes de campagne, une fraude qui a considérablement altéré la confiance des Français dans la parole politique. Mieux vaut ne pas attendre ce jour qui n'arrivera jamais et on peut d'ores et déjà parier sur des simulacres de procès qui finiront par faire pschhiit comme le disait un funeste président. Même si toute forme de violence est condamnable, enfermer un homme pendant quatre mois dans une cellule parce qu'il a giflé un président ne sert ni la justice, ni l'intérêt général et ne participe à l'évidence pas à protéger la société contre la dangerosité non avérée d'un homme.

C'est donc bien une justice d'exception qui a été rendue hier renforçant par là-même la défiance des citoyens et plus spécifiquement des justiciables lambda vis-à-vis de cette institution censée réciter le droit à l'abri de toute pression politique et médiatique. Si Emmanuel Macron est tenu pour responsable et à juste de titre de ce climat absolument délétère en France par un discours d'une ressemblance confondante avec les thèses du Rassemblement National, la violence des mains qu'on opppose à la violence d'une politique économique, sociale et sécuritaire n'apporte rien sinon de la confusion et du désordre dans un moment de l'histoire où le récit national a besoin plus plus jamais de quiétude.

François Ruffin disait dans un tweet publié le 8 juin : "en démocratie, les baffes, ça se met dans les urnes". À l'approche des élections régionales, il serait bon de s'en rappeler et surtout de bien voter.

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