Olivier Duhamel, l'arbre qui cache la forêt

L'affaire Olivier Duhamel résonne comme un coup de tonnerre mais n'est-ce pas là le symbole ultime de l'hypocrisie française? Combien d'Olivier Duhamel dans l'élite française? Car on imagine bien que cette affaire d'inceste courageusement dénoncée par Camille Kouchner ne s'arrête pas seulement à Olivier Duhamel.

L'affaire Olivier Duhamel résonne comme un coup de tonnerre mais n'est-ce pas là le symbole ultime de l'hypocrisie française? Combien d'Olivier Duhamel dans l'élite française? Car on imagine bien que cette affaire d'inceste courageusement dénoncée par Camille Kouchner ne s'arrête pas seulement à Olivier Duhamel. 

L'entre-soi et les réseaux d'influence dont bénéficient le personnel politique ainsi que les milieux intellectuels et économiques laissent imaginer que l'inceste, la pédophilie sont des fléaux qui gangrènent ces hautes sphères de notre société. On est en droit de douter des valeurs morales de bon nombre de personnes qui officient sur les plateaux de télévision car le cas d'Olivier Duhamel est un cas d'école du sentiment d'impunité et de ce que ce sentiment d'impunité peut amener un individu à commettre. Le paysage audiovisuel français est couvert d'opprobre car les médias et notamment ceux avec lesquels a travaillé l'accusé ne se sont jamais faits le relais d'une cette affaire malgré les rumeurs persistantes faisant des penchants pervers du septuagénaire un secret de Polichinelle. Or leur travail, c'est aussi de diligenter de vraies investigations surtout lorsqu'il qu'il s'agit d'un personnage qui se pose en détenteur d'une intelligence, d'une probité et d'une droiture à toute épreuve.

La réalité, c'est que tout le monde savait, de près ou de loin et les dindons de la farce c'est nous, le commun des mortels qui éduquons nos enfants notamment dans des quartiers difficiles et qui nourrissons l'espoir d'envoyer un jour nos enfants poursuivre leurs études à SciensPo. C'est là qu'est notre malheur, de croire que les valeurs, l'éthique et l'avenir sont entre les mains de ces gens "sales", perdus dans les tréfonds de la perversité et empêtrés si ce n'est pas dans des affaires de mœurs, dans des scandales financiers. D'ailleurs, Frédéric Mion n'a toujours pas démissionné de son poste. Celui qui a fait mine de découvrir l'affaire par le livre de l'autrice Camille Kouchner en jouant la vierge effarouchée savait en réalité depuis de nombreuses années. Il aura fallu attendre la déclaration d'Aurélie Filippetti pour qu'on sache que le directeur de SciencesPo nous jouait une séquence de dramaturgie mal rôdée.

Comment croire après cela en la vertu et l'éthique de nos élites politiques, économiques et intellectuelles. D'ailleurs prenons le pari que si une vraie enquête voit le jour - ce dont il est permis de douter - nous serons tous abasourdis d'apprendre que bon nombre de personnes qui ont pignon sur rue appartenant présentement ou par le passé aux cercles de pouvoir savaient.

Tous pourris! Oui assumons de faire l'amalgame entre Olivier Duhamel et l'ensemble de nos politiciens chevronnés et obnubilés par la polémique électoraliste. Pour le prouver, nous pourrions citer le dossier Epstien qui est mort-né en France, tué dans l'œuf alors que nous en attendions tellement. Pourquoi? Encore une histoire de réseaux d'influence qui court-circuitent systématiquement toute tentative d'informer l'opinion publique sur l'étendue de la pédocriminalité qui mine notre société et surtout parmi nos élites qui se sentent intouchables. Sinon, comment comprendre que Daniel Cohn-Bendit ait pu animer une chronique des années durant sur Europe1 alors qu'il avait publié par le passé Le Grand Bazar où il racontait le plaisir de voir des enfants lui caresser sa braguette? Comment analyser également la réception de Frédéric Mitterrand avec tous les honneurs sur tous les plateaux de télévision et sa nomination en tant que Ministre de la Culture par Nicolas Sarkozy alors qu'il avait écrit La Mauvaise Vie où il faisait l'apologie pure et simple de la pédophilie?

Inutile d'aller plus loin, la France est le royaume de la pédophilie et pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir les peines ridicules qui sont prononcées contre les auteurs de faits pėdocriminels. Des peines qui feraient rêver les dealers de cannabis et les voleurs de scooters.

Voilà l'amertume et le dégoût qu'inspire une telle affaire car la justice à deux vitesses, l'exemplarité à géométrie variable et l'impossibilité à ce jour d'inscrire dans la loi l'obligation de détenir un casier judiciaire vierge pour toute personne désireuse de se présenter au suffrage des Français en dit long sur l'absence de volonté politique et sur l'impunité dont jouissent les élites de pouvoir. Un homme condamné pour une peccadille qui voudrait se racheter une conduite ne peut pas en France conduire un bus ou un train mais un homme condamné pour pédophile ou pour viol peut espérer devenir un élu de la nation et siéger à l'Assemblée Nationale. Cherchez l'erreur. L'erreur est simplement dans la complaisance de notre classe politique car ces milieux bourgeois, si dispendieux en leçons de vertus, très propres sur eux - une propreté qui colle mal d'ailleurs avec l'âme crasse qu'ils portent - regorgent de faits de pédophilie, d'inceste et d'agressions sexuelles. 


Et pour démontrer que cette bourgeoisie se protège et se soutient dans le meilleur comme dans le pire, il faut citer Alain Finkelkraut qui dans son indignité habituelle, a osé contre toute attente jeter la responsabilité des faits incriminés sur le frère jumeau de Camille Kouchner, laissant par là entendre que la relation sexuelle avec le jeune garçon était peut-être consentie. Vous pensez avoir tout entendu? Détrompez vous car nous sommes à mille lieux de tout savoir sur ce microcosme parisien qui dirige la France et qui, par orthodoxie budgétaire ou par solidarité nationale, nous dit-on souvent, veut qu'on se serre la ceinture.

La douleur est autant plus forte quand on sait que des enfants, en ce moment même, se font violer dans des draps en satin et ce, dans un silence assourdissant car les réseaux de pouvoir, de communication et d'investigations sont entre les mains d'une poignée d'individus qui font la pluie et le beau temps. Il est temps que ça s'arrête.

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