La culture littéraire comme arme pour légitimer le racisme zemmourien

Certains diront que le meilleur moyen de faire oublier Éric Zemmour, c'est de ne pas en parler. Sauf que le polémiste ne finit pas de faire réagir, d'inspirer commentaires et analyses. Et ignorer des propos qu'on sait abject, c'est aussi une façon de s'en accommoder et in fine de les accepter et pour certains d'y adhérer.

Certains diront que le meilleur moyen de faire oublier Éric Zemmour, c'est de ne pas en parler. Sauf que le polémiste ne finit pas de faire réagir, d'inspirer commentaires et analyses. Et ignorer des propos qu'on sait abject, c'est aussi une façon de s'en accommoder et in fine de les accepter et pour certains d'y adhérer.

Nous sommes en plein dans les années 30 mais les fascistes des temps modernes balaient d'un revers de main cette thèse et pourtant, les idées défendues depuis plus de vingt ans par l'ex-star de CNews sont à la virgule près ce qui se disait sur les juifs jadis. Usuriers, usurpateurs de richesses, organisateurs de crises etc. C'est à coups de clichés qui trouvaient leurs sources dans l'imaginaire des racistes les plus tenaces que la population européenne a fini par adhérer à l'ideologie la plus nauséabonde du vingtième siècle.

Où en sommes-nous aujourd'hui? Aux migrants mineurs qui seraient tous des violeurs, aux prisons dans lesquelles il n'y aurait que des noirs et des arabes, aux cités dans lesquelles on appliquerait la charia, aux candidats à l'immigration qu'il faut laisser chavirer dans leur bateau de fortune. Des idées qui rappellent furieusement les heures sombres de notre histoire et qui nous feraient presque regretter "les bruits et les odeurs" de Jacques Chirac.

La question est de savoir pourquoi nos ondes hertziennes passent sans rechigner des propos qui banalisent autant la haine sans un vrai contre-pouvoir capable de mettre un coup d'arrêt à cette déferlante fasciste inondant nos écrans. La raison principale est l'intelligence de ceux qui profèrent cette intolérance. Le verbe, l'art et la manière si subtile d'exprimer le rejet de l'autre rendent ces théories beaucoup plus acceptables pour le commun des mortels et lui donnent même une légitimité intellectuelle qu'il aurait été impensable d'imaginer il y a encore vingt ans de cela. La fameuse théorie du grand remplacement très habilement fantasmée par Renaud Camus a trouvé un très large public. La richesse du vocabulaire et l'intelligence littéraire de l'écrivain finissent par rendre les confins de l'aspect finalement assez commode. Et c'est ça le risque que court la France aujourd'hui. De se laisser entraîner par ses démons du passé dans le sillage d'une poignée d'individus à l'intelligence du verbe incontestable. L'intelligence n'enlève rien à l'abject et pourtant, c'est bien cette intelligence qui est en train d'exercer une forte domination idéologique trouvant également des appuis dans une oligarchie prête à financer tous les dérapages assénés par eux. Vincent Bolloré est en ce sens l'exemple parfait du mécène engagé dans un combat politique qui ne dit pas son nom mais qu'il affiche en cautionnant les sorties de l'ex-polémiste de sa chaîne d'information mainstream.

Quand le fascisme trouve la plus belle des plumes et les moyens financiers de se répandre dans les médias, c'est bien que nous sommes tous embarqués dans le même véhicule qui nous emmène tout droit vers un cataclysme sociétal que seul un sursaut humaniste et progressiste peuvent arrêter.

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