Le classe politique se découvre soudainement un amour fou pour les enseignants

L'hommage rendu au professeur décapité et par extension à tout le corps enseignant fait furieusement penser par bien des aspects à un formidable bal des hypocrites.

L'hommage rendu au professeur décapité et par extension à tout le corps enseignant fait furieusement penser par bien des aspects à un formidable bal des hypocrites.

Tout le monde s'est découvert un amour soudain pour la communauté éducative. Pourtant ces mêmes enseignants défilaient dans les rues des semaines durant pour dénoncer leurs conditions de travail, leur précarité et la stigmatisation de leurs compensations considérées comme des privilèges. Personne ne les écoutait. Pire, ils ont été la cible du gouvernement pendant les débats portant sur le projet de réforme des retraites. Les enseignants faisaient alors partie des grands perdants de cette réforme. Les sanctions administratives contre les enseignants qui dénoncent le manque de moyens alloués aux établissements scolaires sont toujours monnaie courante.

Les larmes de crocodile de Jean-Michel Blanquer ne rassureront que ceux qui croient encore que ce gouvernement est là pour aider la France et panser ses plaies. La réalité est malheureusement bien plus amère. À la fin de l'hommage national qui sera rendu mercredi à l'enseignement défunt, la vie reprendra son cours dans les couloirs et les bureaux élyséens. La priorité ne sera évidemment pas de combattre le terrorisme. Pourquoi? Parce qu'il y a des élections présidentielles à préparer et vu le niveau d'impopularité du président, le plus tôt sera le mieux.

Comment le gouvernement peut-il exprimer la reconnaissance de la France au personnel enseignant? Les idées ne manquent pas : dégeler le point d'indice, créer les conditions pour rendre le métier à nouveau attractif, offrir aux enseignants les infrastructures d'apprentissage nécessaires pour qu'ils puissent assurer leur mission et sanctuariser enfin toutes les écoles colléges et lycées. Mais c'est ce même gouvernement comme les précédents qui stigmatise la durée hebdomadaire de travail des enseignants, leurs vacances scolaires et le calcul de leur retraite sur les six derniers mois. Tous ces anciens présidents et ministres qui nous expliquent la main sur le cœur qu'ils sont dévastés par cette tragédie sont ceux qui ont œuvré pour la destruction méthodiquement organisée de l'Éducation Nationale.

Ce simulacre d'indignation fait honte à notre classe politique qui de mandat en mandat, d'années en années, font reculer nos droits et nous expose à des risques terroristes et sanitaires car plutôt que de se laisser guider par le sens de l'intérêt général, elle a préféré éveillé les instincts les plus bas dans le seul but de conquérir ou de se maintenir au pouvoir.

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