Christine Berrou censurée sur Europe 1 pour une blague sur Éric Zemmour

Toutes les libertés d'expression se ne valent pas. Il est des libertés d'expression qu'une partie de la France est prête à sacrifier. La démission de l'humoriste Christine Berrou d'Europe 1 en est le révélateur le plus choquant. Celle-ci a été en effet censurée par son responsable hiérarchique pour une blague sur Éric Zemmour.

Toutes les libertés d'expression se ne valent pas. Il est des libertés d'expression qu'une partie de la France est prête à sacrifier. La démission de l'humoriste Christine Berrou d'Europe 1 en est le révélateur le plus choquant. Celle-ci a été en effet censurée par son responsable hiérarchique pour une blague sur Éric Zemmour.

Éric Zemmour est, faut-il le rappeler, le petit protégé de Vincent Bolloré, l'actionnaire majoritaire du groupe Lagardère qui détient Europe 1. Alors que le procès des harceleurs de Mila a obtenu une couverture médiatique impressionnante, faisant de ce procès une véritable tribune pour l'adolescente, le cas de l'humoriste passe totalement inaperçu. L'une emploie des mots d'une violence inouïe pour parler de l'islam et des musulmans confondant ouvertement critique et racisme, l'autre tourne simplement en dérision Éric Zemmour dans une conversation imaginaire. Mila devient ainsi l'égérie d'un microcosme intellectuel et politique bien-pensant, l'autre est relayée au rang de faits divers.

La liberté d'expression n'est plus défendue de la même façon selon la cible qu'elle pourfend. Si c'est l'islam, les musulmans, le voile islamique, vous trouverez les médias de Vincent Bolloré vous ouvrir leurs portes avec tous les honneurs mais pas si cette liberté d'expression s'attaque à des penseurs de l'intolérance et de l'exclusion. Qui pour dire "je suis Christine Berrou" aujourd'hui suite à sa démission d'Europe1 parce que sa chronique a trouvé porte close? Cela fait bien longtemps que la France n'est plus un modèle de liberté d'expression. D'ailleurs l'appropriation des principaux journaux et médias par une poignée de milliardaires dit bien quelque chose de notre pays et plus largement de notre époque. Les journalistes et humoristes dont le discours ne s'inscrit pas dans la ligne éditoriale droitière de la plupart des chaînes sont tout simplement exclus.
C'est ce qu'on appelle une liberté d'expression à géométrie variable et une liberté qui tolère un discours mais pas son discours contradictoire, c'est une liberté qui n'est plus ou qui s'efface peu à peu pour laisser place au totalitarisme de la pensée et ces temps troubles se prêtent formidablement bien à la description de ce que nous vivons.

Quand le discours raciste, supremaciste et xénophobe trouve sa légitimité dans le pouvoir des possédants, c'est que la démocratie est bel et bien en péril et pas sûr que le scrutin d'aujourd'hui ne change véritablement quelque chose. La dérive autoritaire et raciste est En Marche et elle nous amène droit aux tourments du passé.

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