Wael MEJRISSI
Abonné·e de Mediapart

450 Billets

0 Édition

Billet de blog 21 janv. 2022

Chauffeur de bus RATP agressé : Valérie Pécresse regarde ailleurs

Mais où est Valérie Pécresse depuis que le conducteur de bus RATP s'est fait agressé au volant de son bus?

Wael MEJRISSI
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Mais où est Valérie Pécresse depuis que le conducteur de bus RATP s'est fait agressé au volant de son bus? Un agent RATP s'est fait littéralement lynché par un automobiliste suite à un différent de circulation sur la place de la Bastille le jeudi 20 janvier. L'agression a été diffusée sur les réseaux sociaux et très vite, les coups et les gifles assénés au chauffeur ont rendu la vidéo virale si bien que la presse s'est saisie de l'affaire pour relayer cette agression loin d'être un fait divers.

Valérie Pecresse fut très prompte à intervenir en 2019 suite à des allégations mensongères qui avaient alors accusé un machiniste de ne pas avoir laissé monter une femme car celle-ci portait une mini-jupe. Que ne fallait-il pas entendre. Islamisme, séparatisme, demande d'une enquête sur le champ pour faire la lumière sur les accusations portées à l'encontre de l'agent RATP. Une calomnie que madame Pécresse a contribué à amplifié par sa notoriété sans jamais s'être excusée une fois la calomnie révélée au grand jour.

Celle-ci semble aujourd'hui peu préoccupée du sort qui a été réservé au conducteur il y a deux jours alors qu'elle est toujours la présidente d'Ile-de-France Mobilités (IDFM) et donc la garante du bon fonctionnement des transports publics franciliens. On était habitué de la part de la candidate au scrutin présidentiel à de tels écarts dans les principes et surtout dans l'indignation et là, elle nous en offre encore un de très belle facture.

Le silence de Valérie Pecresse est assourdissant à un moment où elle doit exprimer tout son soutien aux machinistes RATP qui sont victimes d'agressions et d'incivilités chaque jour. Des risques qui accompagnent les agents RATP au quotidien et qui participent à rendre leur travail de plus en plus difficile. Mais évoquer un métier difficile, des conditions de travail précaires et une rétribution loin de satisfaire les salariés qui s'engagent pour la mobilité de tous les Franciliens ne cadre évidemment pas avec le projet de la numéro un d'IDFM d'ouvrir le réseau de transport RATP à commencer par le réseau de bus à la concurrence. Peut-on dénoncer la violence à laquelle sont exposés les machinistes ratp et souhaiter l'aboutissement de l'ouverture à la concurrence du réseau de transport historique de la RATP? Un "en même temps" difficilement tenable politiquement d'où la tentative d'évitement par le silence de madame Pécresse qui feint de regarder ailleurs.

Pourtant la candidate LR a déjà livré des positions qui brillaient par leur paradoxe. Celle qui remporte la palme d'or du grand écart est sans conteste son tweet datant du 10 décembre 2013 où elle se disait "heureuse pour G Tron de son non-lieu. Je pense aux épreuves qu'il a endurées" et finissait son tweet par "la présomption d'innocence existe-t-elle pour les politiques?" Goerges Tron était alors accusé d'agressions sexuelles par plusieurs de ses collaboratrices lorsqu'il était maire de Draveil, une ville qu'il a dirigée pendant plusieurs années. La chronique judiciaire s'est finie par sa condamnation définitive en appel. Un tweet qui était à mille lieux de sa déclaration face à Jean-Jacques Bourdin dans l'émission La France dans les yeux sur BFMTV le mardi 18 janvier, accusé lui aussi d'agressions sexuelles et sous le coup d'une enquête judiciaire. Une déclaration à l'hypocrisie foudroyante : "Si ces accusations sont avérées, elles sont graves et doivent être condamnées. Le combat contre le harcèlement sexuel et les violences faites aux femmes est un combat personnel pour moi. Trop longtemps, la société a regardé ailleurs, a fermé les yeux, a cherché à minimiser. Trop de femmes ont eu peur pendant longtemps de porter plainte. Je ne laisserai plus aucune femme avoir peur de porter plainte. La loi du silence, c'est fini. Pour que la parole se libère, les femmes doivent se sentir soutenues. Elles le seront avec moi."

Un électoralisme d'une médiocrité vertigineuse qui au lieu de montrer sa détermination à combattre les violences sexistes et sexuelles fait surtout la parfaite démonstration d'une candidate à la magistrature suprême qui prêche là où le vent tourne.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Les Ukrainiens écartelés entre la dureté des batailles, les tourments de l’exil et la peur de rentrer
L’Ukraine, qui entre dans son quatrième mois de guerre, a pour le moment échappé au pire : l’invasion totale du territoire national. Mais le pays reste déchiré, entre celles qui ont fui à l’étranger la menace russe, celles qui rentrent d’un exil forcé, parfois dans une grande détresse matérielle, et ceux qui se battent, à l’est et au sud.
par Mathilde Goanec
Journal — France
Législatives : dans le Sud, le pas de deux des identitaires et du RN
À Nice, Menton et Aix-en-Provence, trois figures des identitaires se présentent aux élections législatives sous les couleurs d’Éric Zemmour. Le RN présente face à eux des transfuges de la droite et fustige leur radicalité, alors qu’ils étaient membres du parti quelques mois plus tôt.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Redon : un mutilé, les fautes du ministère de l’intérieur et la justice qui enterre
Le 19 juin 2021, en Bretagne, lors d’une opération menée pour interdire une rave party, Alban, 22 ans, a eu la main arrachée par une grenade tirée par les gendarmes. Le 11 mars 2022, le parquet de Rennes a classé sans suite. Pourtant, l’enquête démontre non seulement la disproportion de la force mais les responsabilités de la préfecture et du ministère de l’intérieur. Mediapart a pu consulter des SMS et des appels aux pompiers, accablants, enterrés par le procureur de la République.
par Pascale Pascariello
Journal
La majorité se montre embarrassée
Après les révélations de Mediapart concernant le ministre Damien Abad, visé par deux accusations de viol qui ont fait l’objet d’un signalement à LREM le 16 mai, la majorité présidentielle peine à justifier sa nomination au gouvernement malgré cette alerte. La première ministre a assuré qu’elle n’était « pas au courant ».
par Marine Turchi

La sélection du Club

Billet de blog
L’Ecole et ses professeurs à bout de souffle : urgence vitale à l'école
Nous assistons aujourd’hui, dans un silence assourdissant, à une grave crise à l’Ecole. Le nombre des candidats aux concours de l’enseignement s’est effondré : ce qui annonce à court terme une pénurie de professeurs. Cette crise des « vocations », doit nous alerter sur une crise du métier et plus largement sur une crise de l’Ecole.
par Djéhanne GANI
Billet de blog
Ndiaye et Blanquer : l'un compatible avec l'autre
« Le ministre qui fait hurler l'extrême droite », « l'anti-Blanquer », « caution de gauche »... voilà ce qu'on a pu lire ou entendre en cette journée de nomination de Pap Ndiaye au ministère de la rue de Grenelle. Beaucoup de gens de gauche qui apprécient les travaux de M. Ndiaye se demandent ce qu'il vient faire là. Tentons d'y voir plus clair en déconstruisant le discours qu'on tente de nous imposer.
par Jadran Svrdlin
Billet de blog
Déblanquérisons l'École Publique, avec ou sans Pap Ndiaye
Blanquer n'est plus ministre et est évincé du nouveau gouvernement. C'est déjà ça. Son successeur, M. Pap Ndiaye, serait un symbole d'ouverture, de méritocratie... C'est surtout la démonstration du cynisme macronien. L'école se relèvera par ses personnels, pas par ses hiérarques. Rappelons ce fait intangible : les ministres et la hiérarchie passent, les personnels restent.
par Julien Cristofoli
Billet de blog
Recrutement enseignant : une crise des plus inquiétantes pour l’avenir de l’école
La crise de recrutement enseignant atteint cette année un niveau largement plus inquiétant que les années précédentes dont les conséquences seront gravissimes pour le service public d’éducation. Elle témoigne, au-delà de ses dénis, de l’échec de la politique de Jean-Michel Blanquer.
par Paul DEVIN