Une loi "sécurité globale" pour un sentiment d'insécurité permanent

Qui est journaliste et qui ne l'est pas? Il y a aura incontestablement un avant et un après 20 novembre 2020.

Qui est journaliste et qui ne l'est pas? Il y a aura incontestablement un avant et un après 20 novembre 2020.

Alors qu'un simple smartphone suffisait pour filmer les forfaits des policiers lors des manifestations ou en interventions de routine, nous ne pourrons plus désormais figer notre téléphone pour montrer au monde entier ce qu'est devenue la France, c'est-à-dire un État policier avec comme point de bascule cette loi que le gouvernement a insidieusement appelé loi sécurité globale.

L'écrasante majorité des Français comprend avec une parfaite clairvoyance qu'il n'est pas question de sécuriser la population mais plutôt une élite politique, économique et financière qui se sent en sursis face à une contestation sociale bouillonnante. Cette loi prend ainsi un air d'impunité accordée à la police et les syndicats de policiers gagnent donc, dans un tel contexte, une bataille majeure en assénant un coup d'une rare violence à la liberté d'informer. Car cette loi assure aux policiers, notamment aux plus violents d'entre eux, la garantie de garder toutes les images compromettantes sous le tapis. C'est donc en toute opacité et sans aucun contre-pouvoir que cette institution, déjà surprotégée par le pouvoir, va continuer à officier sans retenue, sans veiller à la proportionnalité de la force employée et le tout en toute quiétude.

Cette loi change donc radicalement la doctrine sécuritaire de la France et cela malgré les critiques de l'ONU et de la presse internationale. Les prochaines victimes de violences policières, qu'elles soient éborgnées, amputées ou tragiquement décédées, n'auront plus aucune preuve à présenter que ce soit devant l'IGPN ou même devant la justice car de justice, il ne reste que cette loi dite sécurité globale qui fait basculer la France dans un climat de peur généralisé.

Les despotes de ce monde vont bien rire lorsqu'Emmanuel Macron prodiguera ses leçons de vertus démocratiques car vu le tournant sécuritaire que prend la France, c'est plutôt notre pays qui a besoin qu'on lui rappelle les principes d'un État de droit et la pratique démocratique du pouvoir politique.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.