Comment une déclaration d'Emmanuel Macron devient une hérésie morale et juridique

La déclaration d'Emmanuel Macron lors d'un déplacement hier à Nevers "vous avez des devoirs avant d'avoir des droits" à un sans-papiers a fait bondir les défenseurs des droits humains et bon nombre d'intellectuels.

La déclaration d'Emmanuel Macron lors d'un déplacement hier à Nevers "vous avez des devoirs avant d'avoir des droits" à un sans-papiers a fait bondir les défenseurs des droits humains et bon nombre d'intellectuels.

Bien plus qu'une hérésie, c'est propos renvoient les migrants et tous ces étrangers qui traversent mers et océans pour fuir la guerre, la famine et l'extrême pauvreté, à une condition d'humains inférieurs. En une phrase, Emmanuel Macron a décliné une conception de l'humanité qui rappelle les pires heures de l'histoire de notre vieux continent. Bon nombre de déclarations du président de la République, lorsqu'on les assemble, dévoilent un fil conducteur qui vise à réanimer une idéologie mortifère responsable des pires catastrophes de l'humanité.

Et cette déclaration est d'autant plus inepte que les migrants, loins de profiter d'un système comme semble le sous-entendre cette phrase mesquine, remplissent amplement leurs devoirs et bien plus encore. En payant leurs impôts, leurs cotisations sociales, la TVA et ont été placés en première ligne pendant cette crise sanitaire. Ces travailleurs de l'ombre ont permis en somme à notre pays de tenir debout alors que la pandémie et notamment à ses débuts a fait craindre le pire à ses habitants. Et c'est à eux que le président dispense des leçons alors que les sans-papiers, il faut le savoir, travaillent pour bon nombre d'entre eux dans des conditions particulièrement difficiles, souvent exploités par des patrons sans scrupule et rémunérés à des niveaux qui permettent seulement la survie. Alors qu'en face une oligarchie financière bien identifiée, elle, se soustrait à ses devoirs en matière fiscale et morale au vu et au su de tous.

Mais renvoyer un candidat à une régularisation face caméras, ça ne coûte pas cher et c'est surtout très rentable dans les sondages et face à une opinion publique qui se radicalise, se lepenise. Une réplique finalement assez glauque dont le but est qu'elle contribue à préparer l'opération de siphonnage des voix de Marine Le Pen. Si la stratégie donne plus que la nausée, elle risque aussi de le mener à une banqueroute certaine. Car un président qui fait appel aux suffrages des jeunes issus de l'immigration en 2017 puis qui demande à la présidentielle suivante les suffrages des Français animés par la détestation de ces mêmes jeunes n'inspire guère confiance. Edwy Penel a écrit sur le réseau social Twitter suite à cette déclaration : "Mine de rien, cette déclaration présidentielle renie l’universalité des droits humains qui reposent sur l’égalité des droits, sans distinction d’origine, de condition, de naissance, de croyance, de sexe... Les sans-Etat ont le droit d’avoir des droits". Quelques mots qui donnent la mesure de la supercherie morale véhiculée par cette nouvelle sortie présidentielle.

Cette phrase participe en tout cas de ce climat moribond qui envahit la sphère médiatique et fait d'ailleurs furieusement penser à ce message d'une cliente d'Uber Eats envoyé il y a quelques jours à son livreur en Mayenne "dépêche-toi esclave, je vais te donner un centime, tu ne mérites que ça". Des propos vertigineux de mépris et de supremacisme qui sont malheureusement le résultat d'une parole raciste libérée, décomplexée et assumée.

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