La Tunisie, cette jeune démocratie qui montre encore l'exemple

La nuit du 25 au 26 juillet 2021 restera dans l'histoire de la Tunisie. Le président tunisien Kaïs Said a suspendu les activités du Parlement, l'immunité des députés et démis le Premier Ministre Hichem Mechichi de ses fonctions.

La nuit du 25 au 26 juillet 2021 restera dans l'histoire de la Tunisie. Le président tunisien Kaïs Said a suspendu les activités du Parlement, l'immunité des députés et démis le Premier Ministre Hichem Mechichi de ses fonctions.

Ces décisions font suite à un journée de très forte mobilisation dans la capitale et dans d'autres grandes villes. Tozeur, Sfax et Kairouan ont été le théâtre de protestations et d'affrontements entre forces de l'ordre et manifestants. Ces derniers sont venus armés du drapeau tunisien et d'une farouche volonté d'en finir avec un pouvoir clientéliste qui ruine le pays et empêche la Révolution du 14 janvier 2011 de livrer toutes ses promesses. Cette jeunesse a donc décidé de ne pas monter dans une embarcation de fortune ce jour-là pour atteindre l'Europe mais plutôt de croire en ses capacité d'émancipation sociale et politique. La foule en liesse après les annonces de Kaïs Said montre que ses revendications ont été entendues et elle compte bien ne pas en rester là. Le président, encore très populaire au sein du pays, a désormais les mains libres pour nettoyer la classe politique de tous les parasites qui ruinent les finances publiques et appauvrissent le peuple.

L'impérétie gouvernementale avec laquelle a été gérée la crise sanitaire explique aussi pour beaucoup l'exaspération populaire à Tunis et ses alentours. Le pays de Carthage a un des taux de mortalité lié au covid19 les plus élevés au monde. La vidéo de l'hôpital Charles Nicolle montrant cadavres morts du covid19 entassés avec les poubelles en état de décomposition car non restitués à leurs proches, les images virales des hôpitaux complètement submergés par l'épidémie avec des malades à même le sol, en détresse respiratoire sans oxygène, sans soins et sans prise en charge ont eu raison de la patience des Tunisiens qui voient leurs proches mourir dans l'indifférence générale du pouvoir en place. Le covid19 tue mais en Tunisie, c'est bien la corruption, le clientélisme et les intérêts d'une poignée d'individus qui règnent en maître dans ce petit pays de 11 millions d'habitants qui tuent le plus et qui ont mis l'hôpital public à genoux.

La démocratie tunisienne en devenir n'a pas fini de traverser encore bien des épreuves mais c'est en les affrontant que le pays tout entier marchera sur le chemin du progrès et de la justice sociale. Même si les indicateurs économiques sont au plus bas, la jeunesse tunisienne réalise enfin que son avenir est en Tunisie et pas ailleurs. Encore faut-il qu'elle s'empare de toutes les institutions politiques de son pays par une résistance citoyenne qui constitue encore aujourd'hui une immense source d'inspiration pour le Maghreb, l'Afrique et une partie du monde.

La Tunisie a des talents et pour s'en convaincre il suffit de citer Ahmed Ayoub Hafnaoui, un nageur tunisien exceptionnel qui a remporté le même jour la finale de l'épreuve du 400m nage libre aux Jeux Olympiques de Tokyo. C'est peut-être la lueur d'espoir dont les Tunisiens avaient besoin pour croire encore en leurs chances de réussite. Une réussite qui devra s'écrire loin de tous ces prédateurs politiques et économiques dont le pouvoir de nuisance dépasse l'entendement.

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