Michel Ménard et la mort du petit garçon

Michel Ménard, député PS, est l'auteur d'un rapport sur les colonies de vacances. A ce titre, il s'exprimait récemment dans les pages du Progrès de Lyon au sujet du décès, le 9 juillet,  d'un petit garçon de 8 ans qui séjournait en Ariège. L'origine du décès, selon une hypothèse à confirmer, serait l'absorption d'eau non potable. On sait par ailleurs que l'eau du chalet dans lequel résidaient les enfants avait fait l'objet d'une restriction de consommation depuis le 3 juillet car elle pouvait porter préjudice aux personnes fragiles. Et que dit le député PS ? que "pour le petit garçon décédé en Ariège, ça n'a rien à voir avec les colos (sous entendu avec leur sécurité). S'il a bu de l'eau non potable tout seul, qui pouvait l'en empêcher ?" Il est vrai que le travail du rapporteur Ménard s'inscrit dans la volonté du gourvernement de redorer l'image des colonies de vacances et d'en terminer avec leur lent déclin de ces deux dernières décennies. Michel Ménard décrète donc que la sécurité n'est pas en cause dans le tragique accident d'Ascou.

Monsieur Ménard a, en effet, décidé de l'origine de la mort du petit garçon (avant même le résultat de l'enquête en cours) qu'il attribue à la consommation d'eau non potable. Et par ailleurs, il insinue qu'un gamin de huit ans est suffisamment responsable pour savoir les dangers liés à l'ingestion d'eau viciée. C'est à ce petit bout de se discipliner et de suivre scrupuleusement les consignes de début de séjour qui lui interdisaient sans doute de boire l'eau du robinet. 

Mais comment imaginer que cette recommandation va s'inscrire durablement dans l'esprit d'un enfant qui découvre un nouvel environnement, des nouveaux copains, une ambiance de fête et des animations de tous les instants. Comment se convaincre qu'à un moment ou un autre il n'aura pas le réflexe, sous le coup de la soif, de porter ses lèvres vers l'un des robinets de la résidence. Monsieur Ménard lui ne s'en convainc pas mais disculpe de toute responsabilité, et la direction de la structure de vacances, et le maire, et le préfet. Dans un objectif unique, celui de rassurer les familles sur la sécurité des colonies. C'est sans doute l'objectif inverse qui sera atteint. A force de dire n'importe quoi et de parler trop vite, c'est l'incertitude et le doute que les politiques nous inoculent lentement.

Le petit Abderrazak est, nous dit le député Ménard, responsable de sa mort. Quelque soit l'issue des investigations en cours, Monsieur Ménard, lui, est hors jeu.

Et nous, responsables du choix de nos élites, nous pouvons sans doute oeuvrer pour qu'elles soient plus intelligentes, plus clairvoyantes, plus justes et impartiales, des qualités qui font vraisemblablement défaut à notre député PS.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.