Petit aperçu sur la conception de la société selon Karl Marx

Karl Marx est connu pour être un grand philosophe, mais pas un sociologue. Pourtant, il trouve sa place aussi bien dans la sociologie que dans l’économie. D’ailleurs, ses travaux ont été reconnus par nombre de ses collègues intellectuels, et puisqu’on parle de sociologie, Raymond Aron, fervent opposant du marxisme, en est un. Intéressons-nous ici à sa conception de la société.

Karl Marx est connu pour être un grand philosophe, mais pas un sociologue. Pourtant, il trouve sa place aussi bien dans la sociologie que dans l’économie. D’ailleurs, ses travaux ont été reconnus par nombre de ses collègues intellectuels, et puisqu’on parle de sociologie, Raymond Aron, fervent opposant du marxisme, en est un. Intéressons-nous ici à sa conception de la société.

 

La conception matérialiste de l’histoire

C’est dans la Critique de l’économie politique qu’est perçue la conception marxiste de la société. Selon Marx, une société dispose d’un mode de production que forment des forces productives et de rapports de production. Les modes de production se succèdent tout au long de l’histoire jusqu’à ce que les forces de productives soient en opposition avec les rapports de production, ce qui provoque « une ère de révolution sociale »[1] accompagnée de mutations au niveau « des formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques, philosophiques, bref les formes idéologiques, religieuses, dans lesquelles les hommes prennent conscience de conflit et le poussent au bout »[2].

Sur ce point, Marx critique sévèrement la conception hégélienne de l’histoire : pour Hegel, c’est l’Idée qui détermine l’histoire, gouverne le monde et change la société ; pour Marx, c’est l’histoire qui détermine l’idée. Son matérialisme historique est pyramidal, il a pour base l’économie, puis viennent la politique et le droit, et l’idée occupe le sommet.

Dans le Manifeste du parti communiste, le matérialisme et le déterminisme sont très présents. Il appert que la situation économique des pauvres est due au fonctionnement de l’outil économique, en l’occurrence le capitalisme, que l’appartenance à la machine économique détermine le comportement et la conduite des hommes, que la fin du capitalisme aura lieu grâce au progrès technique et l’évolution économique.

La lutte des classes

Par ailleurs, la société dans laquelle vivait Marx l’a amené à élaborer une théorie de lutte des classes sociales. En effet, « il définit les classes d’abord par leur situation dans les rapports de production. Les bourgeois sont les détenteurs du capital. Les « petits-bourgeois », catégorie assez floue, désignent les artisans, commerçants, notaires, avocats, et tous les « bureaucrates ». Les prolétaires sont ceux qui « vendent leur force de travail »[3].  L’apport de Marx réside surtout dans la « lutte des classes » - idée qu’il emprunte à des historiens libéraux et qu’il ne manque pas de déclarer -  entre bourgeois et prolétaires qu’il met en exergue. « La bourgeoisie, poussée par la concurrence et la soif de profit, est conduite à exploiter de plus en plus les prolétaires. Condamnée à la paupérisation, au chômage endémique, la classe des prolétaires n’a comme seules issues que la révolte sporadique ou la révolution. Car, pour que la lutte de classes aboutisse à un changement de société, il faut que la révolte se transforme en révolution. »[4]

Dans ce sens, Marx distingue « la classe en soi » de la classe pour soi ». La classe en soi désigne une classe sociale existant de fait, c’est-à-dire objectivement. Les individus qui la composent n’ont pas forcément conscience de leur appartenance commune. Quant à la classe pour soi, elle est définie par la propriété des moyens de production, qui lui accorde un pouvoir social immense lui permettant une lutte des classes.

En comprenant les mécanismes du fonctionnement économique, la classe pour soi prend conscience de ses intérêts communs et se forgent des idées, leurs idées ! : « Est-il besoin d’une grande pénétration pour comprendre que les vues, les notions et les conceptions des hommes, en un mot leur conscience, changent avec tout changement survenu dans leurs conditions de vie, leurs relations sociales, leur existence collective ? Que démontre l’histoire des idées si ce n’est que la production intellectuelle se transforme avec la production matérielle ? Les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante. Lorsqu’on parle d’idées qui révolutionnent une société tout entière, on s’énonce seulement ce fait que, dans le sein de la vieille société, les éléments d’une société nouvelle se sont formés et que la dissolution des vieilles idées marche de pair avec la dissolution des anciennes conditions d’existence »[5].

 

En somme, la doctrine sociologique de Marx a connu un véritable intérêt. Elle a été la bible des mouvements politiques et populaires contemporains et la boussole des États qui en ont fait leur référence. Elle continue d’irriguer les insurrections populaires. En témoignent les différents slogans scandés par le mouvement des gilets jaunes en France. C’est dire que la sociologie marxiste n’a jamais été aussi actuelle qu’aujourd’hui.

 

 

 

 

[1] K. Marx, Critique de l’économie politique.

[2] Ibid.

[3] J.F. Dortier, La sociologie, p.37, éditions sciences humaines.

[4] Ibid.

[5] K. Marx, Manifeste du Parti communiste, 1848.

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