Walid Cherqaoui
Militant politique et associatif
Abonné·e de Mediapart

8 Billets

0 Édition

Billet de blog 23 août 2017

Pour en finir avec les agressions sexuelles

Le Maroc a été mouvementé cet été, depuis le lynchage d’une jeune femme à Tanger et jusqu’à la tentative de viol d’une malade mentale dans bus, en passant les actes zoophiles à Sidi Kacem qui ont fini par transmettre la rage à une dizaine de jeunes garçons. Tous ces faits nous incitent à aller à la quête des facteurs qui poussent à commettre l'innommable.

Walid Cherqaoui
Militant politique et associatif
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le Maroc a été mouvementé cet été, depuis le lynchage d’une jeune femme à Tanger et jusqu’à la tentative de viol d’une malade mentale dans bus, en passant les actes zoophiles à Sidi Kacem qui ont fini par transmettre la rage à une dizaine de jeunes garçons.

Il est évident qu'une agression sexuelle, quelque soit son type, n'a pas lieu d'être. Cependant, en tant que militant, je me dois de prendre parti et d’être aussi clair que possible. En effet, à mon humble avis, il n’y a pas lieu d’emprisonner ces présumés violeurs ou lyncheurs. Mais ne vous arrêtez pas à cette ligne. Suivez, je vous prie, mon raisonnement. 

Gardons-nous de condamner d’emblée l’acte et commençons par nous poser une simple question : qu’est-ce qui pourrait bien pousser un jeune à violer ? Je dirais sans hésitation aucune que c’est à cause de l’inexistence d’une éducation sexuelle ni à l’école ni à la maison. 

Aujourd’hui, personne n’est sans savoir que le système éducatif marocain est défaillant. Les éducateurs et les professeurs n’osent pas traiter de la sexualité sous prétexte que c’est un sujet tabou. Et quand un professeur d’éducation islamique a l’audace d’en parler, c’est souvent pour mettre en garde, mais malheureusement pas pour éduquer. Souvent, il condamne la concupiscence (shahawat) et les instincts sexuels alors que ceux-ci sont seulement censés suivre le chemin de la loi religieuse. « Quand Mahomet condamne la concupiscence, ce n’est pas pour la supprimer : sans elle, il manquerait quelque chose à l’homme, ce qui le rendrait inférieur. Mahomet veut que les passions soient dirigées vers des fins utiles, pour servir le bien public », écrit Ibn Khaldun dans sa Muqaddimah

Essayant d’appréhender la logique qui gouverne l’instinct sexuel, j’en arrive, en tant qu’activiste, à la conclusion que la société patriarcale que nous sommes régule l’instinct sexuel en introduisant des mesures ségrégationnistes en cantonnant les femmes dans les harems ou en couvrant les jeunes filles d’un voile à un si bas âge, au lieu d’intérioriser des principes moraux et sexuels dans la conscience de tout un chacun, rôle qui incombe aussi à la famille qu’à l’école mais qui, bien évidemment, n’est pas assuré. En conséquence, la passion charnelle non maîtrisée entraîne inévitablement un rapport sexuel forcé, en l’occurence le viol.

Maintenant, posons-nous une deuxième question : comment résoudre ces problèmes ? 

La première solution qui pourrait venir à l’esprit de chacun de nous est l’emprisonnement, et c’est justement celle qu’il faut à tout prix éviter. En effet, au Maroc, la prison et les centres de protection de l’enfance sont des incubateurs de récidives, se nourrissent d’une philosophie punitive plutôt qu’une philosophie (ré) éducative. Par conséquent, en emprisonnant le corps, on ne prévient pas de nouvelles agressions sexuelles. Pire encore, l’incrimination de l’obsession sexuelle se transforme en acte banal et socialement autorisé au sein des établissements pénitentiaires. D’ailleurs, le mot argotique « tcharmil » a jailli de la prison en faisant référence à une situation de harcèlement sexuel de même sexe. 

La société tient coûte que coûte à être intégrée dans le processus pénal et à figurer parmi les instances annexes. Force est de constater qu’elle s’impose en tant que juge annexe, sauf qu’elle n’apporte pas de valeur ajoutée au cours de la procédure pénale et à son issue, contrairement aux psychologues et psychiatres, aux associations, aux fonctionnaires de l’administration pénitentiaire, etc. Par son regard, elle favorise la prolifération d’un phénomène très redouté : la récidive. 

« Il est laid d’être punissable, mais peu glorieux de punir », martelait Michel Foucault dans Surveiller et punir. Il est alors grand temps d’introduire un manuel d’éducation sexuelle au sein des écoles, d’accompagner les jeunes frustrés sexuellement, socialement, etc., de revoir la politique urbanistique, et de mettre l’accent sur le rôle de la famille qui s’étiole. 

Mais surtout, il y a urgence à introduire des peines alternatives et des travaux d’intérêt général, et de créer des cellules d’écoute et d’accompagnement spécialisé au profit des jeunes en difficultés multiples au sein des établissements scolaires 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Covid : Blanquer a annoncé le nouveau protocole des écoles depuis Ibiza
Les vacances de fin d’année du ministre, mis en cause pour sa gestion tardive de la crise sanitaire, suscitent depuis plusieurs jours des tensions au sein du gouvernement. Son entretien polémique au « Parisien », qui a suscité la colère des enseignants, a en réalité été réalisé depuis l’île des Baléares, a appris Mediapart. Ce qui avait été caché. 
par Antton Rouget et Ellen Salvi
Journal
Nucléaire et transition climatique : les éléments clés du débat
Le nucléaire peut-il être une énergie de transition climatique ? Alors que les candidats à l’élection présidentielle ont tous un avis tranché sur la question, nous tentons ce soir de dépassionner le débat avec nos deux invités, Cyrille Cormier, ingénieur, spécialiste des politiques énergétiques et climatiques, et Nicolas Goldberg, senior manager énergie chez Colombus Consulting.
par à l’air libre
Journal
Zemmour et CNews condamnés pour injure raciste et provocation à la haine
Lundi, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Éric Zemmour, désormais candidat à l’élection présidentielle, à 10 000 euros d’amende pour ses propos sur les mineurs étrangers non accompagnés, qui visaient à « susciter un élan de rejet et de violence » contre l’ensemble des personnes immigrées, d’après le jugement. Le directeur de la publication de CNews écope de 3 000 euros d’amende.
par Camille Polloni
Journal — France
Une figure du combat contre le harcèlement scolaire est visée par une plainte pour « harcèlement »
Fondatrice de l’association Marion la main tendue, Nora Fraisse se voit reprocher par une dizaine d’anciennes bénévoles, stagiaires ou services civiques d’avoir eu un comportement toxique envers de proches collaborateurs. D’après notre enquête, l’une d’elles a déposé plainte pour « harcèlement ».
par Prisca Borrel

La sélection du Club

Billet de blog
Aujourd'hui les enfants handicapés, et qui demain ?
Comment résister au dégoût qu'inspire la dernière sortie en date de Zemmour concernant les enfants handicapés ? Réaliser exactement où nous en sommes d'un point de basculement collectif.
par Loïc Céry
Billet de blog
Un tri dans la nuit : nos corps dissidents, entre validisme et Covid-19
Un entretien initialement publié par Corps Dissidents, dans le blog d'Élise Thiébaut, et toujours actuel. Le validisme est une question cruciale pendant le Covid19. Il l’a été dans les réactions – solidaires ou pas – des gens face aux discours selon lesquels seuls les vieux et les handicapés mouraient du Covid-19. Il l’est pour la question du triage : est-ce qu’uniquement les corps productifs méritent d’être sauvés ? 
par Elena Chamorro
Billet de blog
De la nécessité d'une parole antivalidiste
Exclusion politique, culte de la performance, refus de l'autonomie, enfermement, confiscation de la parole... Yohann Lossouarn nous explique pourquoi les luttes antivalidistes sont aujourd'hui plus que nécessaires.
par dièses
Billet de blog
Vieillissement et handicap
Les maux pour le dire ou réflexions sur le vieillissement vécu de l'intérieur.
par Marcel Nuss