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Billet de blog 29 déc. 2018

Famille contemporaine et fécondité

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La fécondité est un sujet qui obsède. Dans l’Union européenne, elle est passée de 2,72 enfants par femme en 1965 à 1,58 en 2014. A priori, cette baisse drastique est inquiétante, pourtant les conditions de vie d’aujourd’hui sont nettement mieux que celles d’hier. Par conséquent, il devient patent que la famille, telle que définie par les liens existants entre les individus d’un ménage, a subi et continue de subir de nombreux ébranlements dans le monde, surtout en matière de fécondité, puisque celle-ci fécondité constitue un élément moteur de l’analyse des populations. D’ailleurs, lorsque l’on veut analyser l’évolution d’une population -nous nous baserons sur l’exemple de la France-, souvent a-t-on recours, entre autres outils de mesure, à la fécondité. D’où la question suivante : comment se présente la fécondité en France ?

Dans un premier temps, je me pencherai sur les ce qui conditionne la fécondité ; dans un second temps, je brosserai le portrait de la fécondité en France et sur les causes de son évolution. Aussi, ne manquerai-je pas d’établir un distinguo avec d’autres pays de l’Europe.

De la famille traditionnelle à la famille contemporaine

Pour qu’il y ait fécondité dans une société, il faut qu’un certain nombre de conditions soient réunies. Le mariage a longtemps été la condition essentielle pour la formation d’un couple ou d’une famille et, partant, la réalisation de la fécondité. Ainsi, ne pouvait-on avoir d’enfants que dans le cadre de l’institution du mariage. C’est dire, en d’autres termes, que la fécondité était sous la houlette de la famille et du mariage.

Peu à peu, on a commencé à assister à une « transition familiale » ou une transition démographique (1) ayant eu pour effet d’érection d’un nouveau mode de famille. Celui-ci est caractérisé par le développement des divorces, la pérennisation des unions libres et la distinction entre nuptialité et procréation.

En outre, de nouvelles formes de conjugalité et d’unions ont vu le jour : les unions non cohabitantes (LNC). Celles-ci concernent principalement les étudiants et les jeunes chômeurs et se rompent généralement avant l’arrivée du premier enfant et la trouvaille d’un emploi satisfaisant.

Cette transition démographique a eu comme conséquences directes l’augmentation des cohabitations non maritales et la raréfaction des familles.  Ce qui a conduit à une baisse de la fécondité historique.

A présent, il convient de présenter la situation de la fécondité en France au vu de l’avènement de la famille contemporaine telle qu’elle a été précédemment présentée.

Le statu quo de la fécondité en France

La caractéristique majeure de la fécondité en France semble être sa baisse. De 1965 à 1990, l’indice conjoncturel de fécondité (IDC) est passé de 2,85 à 1,78, avant de repartir à la hausse à partir des années 2000 (1,89 en 2000, 2,03 en 2010, 2,01 en 2014). Durant ces mêmes périodes, c’est-à-dire la baisse puis le retournement, d’autres pays européens ont vécu le même scénario que la France. En effet, en 1990, l’indice conjoncturel de fécondité avait chuté à 1,68 en Belgique, 1,45 en Allemagne et 1,33 en Italie.

Par ailleurs, l’âge moyen des mères à la naissance de leurs enfants a également diminué en France de 1965 à 1980 (respectivement 27,29 contre 26,82), avant de remonter ensuite de 1990 à 2014 (respectivement 29,38 contre 30,3). Encore une fois, l’Allemagne et l’Italie connaissent les mêmes fluctuations que la France.

En fin de compte, la baisse de la fécondité n’a pas frappé la France seulement, mais bien d’autres pays. N’hésitons pas alors à affirmer que cette baisse est générale à bon nombre de pays européens.

Notons que l’apparition de nouvelles formes d’unions a fortement influencé, de manière directe ou indirecte, la fécondité en Europe. La nuptialité en est un exemple : l’indice conjoncturel de la primo-nuptialité a connu une baisse drastique en France de 1960 à 2004, passant de 1,03 à 0,53, ce qui explique l’accroissement de l’âge moyen au premier mariage.

En somme, il apparaît clairement que le concept de famille s’est mué totalement, jusqu’à remettre en question l’un de ses institutions : le mariage ; cette mutation a bien sûr eu une incidence pas seulement sur la France mais sur d’autres pays également, étant donné que la fécondité a connu une baisse sans conteste dans tout le vieux continent.

Sources :

Chiffres : INSEE, INED

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