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Billet de blog 8 avr. 2013

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Que retenir du Forum Social Mondial de Tunis ?

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Il est toujours difficile de tirer les leçons ou enseignements d’un grand rassemblement politique international. La FSM 2013 n’échappe pas à cette règle, tellement il a réuni -  5 jours durant à Tunis – une grande variété de luttes, combats ou revendications politiques. Il n’en demeure pas moins que l’écologiste que je suis tente d’en tirer quelques modestes conclusions que je partage ici.

La première conclusion provient du plaisir et de l’enthousiasme que procure un tel rassemblement.
Se retrouver à un évènement international avec plusieurs milliers de militants politiques, associatifs ou syndicaux du monde entier et avec lesquels on partage un grand nombre de valeurs et une certaine vision du monde ne peut que renforcer les convictions qui sont les nôtres. Celle que le système capitaliste et productiviste mondialisé nous mène droit dans le mur, celle que l’émancipation et l’égalité des peuples et individus est la meilleure réponse à toute les tentatives d’oppression ou de domination (liée au sexe, à l’ethnie, la religion ou l’origine sociale), ou encore celles qui nous incitent à nous battre tous les jours de notre vie en faveur de la paix, de la démocratie ou de la justice climatique.
Je pense utile de préciser qu’aussi diverses que soient les causes et convictions de celles et ceux qu’on appelle les altermondialistes (et qui recouvrent en fait un large spectre politique), ils ont tous en commun des valeurs (qu’on peut retrouver dans la Charte de principe du FSM) ainsi qu’une conviction très forte : celle que la société civile (ONG, syndicats, associations, organisation de jeunesse, mouvements sociaux…) peut et doit jouer un rôle central dans les changements à venir – et qu’elle ne doit donc pas laisser le champ politique aux seuls partis politiques.

La seconde conclusion touche aux conservatismes et au progrès.
Revenue régulièrement dans les débats du FSM (à travers l’Islam bien sûr, mais aussi la montée du nationalisme et des extrémismes en Europe), cette question suscite plus ou moins d’inquiétudes selon les participants. Présents sous différents formes dans nos sociétés, les conservatismes ont en commun de prôner un retour aux valeurs traditionnelles. Que ce soit à travers les religions, leurs interprétations ou des valeurs laïcs (comme le patriarcat, le racisme ou une certaine vision de l’ordre), le conservatisme s’oppose partout au progrès et à nos valeurs d’égalité, d’autonomie, de liberté et d’émancipation. Il constitue une menace – ou au moins une forte résistance – aux changements politiques et culturels que nous défendons et pour lesquels nous œuvrons, surtout quand il s’allie au capitalisme, au (néo)libéralisme, ou à une vision hiérarchisée des sociétés humaines.
Voilà pourquoi la vision du progrès promue par les écologistes passe, selon moi, par deux principes fondamentaux : d’une part la défense de la laïcité, définie comme la garantie del’indépendance et de la neutralité de l’État par rapport aux religions, ainsi que la liberté de conscience et d’exercice des cultes pour tous les citoyens ; et d’autre part l’égalité entre tous les hommes et les femmes (quelque soit leur âge, lieu d’origine, religion, orientation sexuelle ou opinions politiques). Ce principe d’égalité doit évidemment se décliner dans des droits économiques, sociaux et culturels, ainsi qu’en matière de libertés individuelles et de justice environnementale.

La troisième et dernière conclusion concerne les solutions.
Les rencontres mondiales comme les FSM illustrent la convergence des luttes sociales et environnementales sur la planète. La place centrale qu’ont occupé à Tunis les débats sur l’emploi, l’austérité  mais aussi le climat, la souveraineté alimentaire et la justice environnementale le prouve. Mais cette convergence sur le diagnostic global ne semble hélas pas suffisante pour convaincre les « États-acteurs-décideurs internationaux » à agir à leur échelle. Beaucoup semblent encore sourds à nos alertes et aveugles quant aux risques que l’humanité court dans les prochaines décennies. Douze ans après le premier Forum de Porto Alegre, l’altermondialisme se cherche encore. Ou plutôt, il s’est trouvé dans un corpus d’idées et de propositions, mais qu’on peine à mettre en pratique à grand échelle, tant le système dominant verrouille encore nos société.
Dans cette situation, quelle solution ? La première réside dans l’action locale. La multitude d’initiatives locales partout dans le monde apporte chaque jour la preuve qu’un autre monde est possible et que des alternatives existent pour cultiver la terre, s’alimenter, se déplacer, se rencontrer, échanger (gratuitement !) ou encore se loger, en cohérence avec des valeurs de sobriété et de solidarité.  La seconde est l’engagement politique. Notre vision du monde et nos propositions ne s’imposeront pas seules tout de suite, ou alors nous attendons patiemment les crises qui viennent. Il faut donc militer pour les expliquer, diffuser et mettre en pratique et ne pas se laisser gagner par la résignation et le découragement ambiant. Mais comment militer et convaincre à l’heure où les préoccupation quotidiennes et la désinformation par les médias mainstream éloignent les citoyens des préoccupations écologiques, sociales et culturelles ?

Altermondialisme, écologie et buen vivir !
Une écologiste tunisienne rencontrée au FSM m'expliquait que « les Tunisiens souffrent quotidiennement des problèmes écologiques mais n’ont pas encore conscience que ce sont des problèmes écologiques« . Nul doute, hélas, que les peuples souffrent et souffriront des crises écologiques à venir, mais il semble encore bien trop tôt pour s’en apercevoir pour une part non négligeable de la population mondiale.
Dans cette situation (de crise, mais pas encore vraiment…en fait), il est parfois difficile pour nous, écologistes et altermondialistes, de promouvoir des propositions de solutions à travers une vision alternative, un autre projet de société, car dès que nous déroulons le fil de notre analyse écologiste sur le modèle économique, social et démocratique de nos sociétés et ses implications sur l’environnement, nous bousculons les schémas de pensée dominants, et donc de beaucoup de nos concitoyens !
En effet, la pensée altermondialiste remet en cause la domination de l’Homme sur l’Homme (et souvent sur les femmes) et des Hommes sur la nature. Elle remet en cause le productivisme et le capitalisme à travers une dénonciation de l’accumulation toujours croissante des biens et des capitaux. La pensée écologiste soulève en parallèle les limites de la société de consommation et l’interaction fragile entre les hommes, leurs activités et leurs environnements. Elle vient remplacer la concurrence, l’exploitation et le gaspillage par la coopération/autonomie, la solidarité/convivialité et la sobriété. Dans ce contexte de crise(s), l’écologie bouleverse énormément de conceptions et visions du monde, sans apporter – à première vue – des garanties certaines pour l’avenir de tous, à commencer par demain.

Voici donc l’objectif des écologistes et altermondialistes d’aujourd’hui et de demain : montrer que l’alternative que nous portons est synonyme de mieux vivre (ou de vie tout court) ; montrer que le projet de société que nous incarnons conduit au buen vivir.
Car l’écologie est la seule pensée politique contemporaine basée sur le respect des grands équilibres naturels, et qui intègre  les questions d’égalité, de dignité et de sens, indispensable à toutes les sociétés humaines.

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