A quoi sert le bouc émissaire?

Comme je suis une grande procrastinate et que je n'arrive souvent pas à finaliser mes textes (j'en ai pas mal en chantier que je n'arrive pas à terminer...) j'ai décidé, sans doute à tort (le tort tue-t-il toujours ?) de déposer ici celui-ci qui est encore à construire.... Donc, il va être évolutif selon les commentaires éventuels ou les discussion off dans la vraie vie autour du sujet...ou l'évolution de ma réflexion personnelle.

Comme je suis une grande procrastinate et que je n'arrive souvent pas à finaliser mes textes (j'en ai pas mal en chantier que je n'arrive pas à terminer...) j'ai décidé, sans doute à tort (le tort tue-t-il toujours ?) de déposer ici celui-ci qui est encore à construire.... Donc, il va être évolutif selon les commentaires éventuels ou les discussion off dans la vraie vie autour du sujet...ou l'évolution de ma réflexion personnelle.

Quel mal être se cache derrière le fait que certaines personnes éprouvent la nécessité d'en prendre d'autres pour boucs émissaires ? Comment les oppresseurs manipulent-ils ce mal être pour détourner l'hostilité que les opprimés ressentent face à ce qu'ils leur font subir vers d'autres cibles que les véritables responsables ?

Désigner un ou plusieurs boucs émissaires à la vindicte des peuples n'est possible que lorsqu'un nombre suffisamment important de personnes se trouve dans une situation de fragilité et d'insécurité intérieure par rapport à leur propre sentiment d'intégration au sein d'une société fortement excluante qui n'admet qu'un modèle social unique, modèle fluctuant qui, tel le lit de Procuste ne convient à personne mais auquel tous doivent s'adapter au prix des pires mutilations de leur être profond.

Je vais donc tenter d'analyser d'abord ce qui pousse certains individus à rechercher des boucs émissaires puis comment les états totalitaires utilisent ce terreau pour soumettre les populations suffisamment fragilisées pour devenir manipulables.

La question que je pose est : un gouvernement qui a été élu sous une appellation de "gauche" est-il dans son rôle quand il fait le lit de la haine et se met ainsi à son service ?

Le bouc émissaire est celui dont on a le sentiment diffus qu’il pourrait avoir une vie intérieure plus riche que la sienne alors même que sa situation matérielle est fortement dégradée et peu enviable.

Le persécuteur ne peut prendre conscience et encore moins verbaliser cette impression vague de  manque car son éducation l’a conditionné à acquérir la conviction qu’il vit dans une société – société civilisée, fondée sur des concepts tels que le respect des droits de l’homme et de l’épanouissement individuel -  qui, pour si imparfaite qu’elle soit par rapport à ces idéaux, est le meilleur modèle possible et que nécessairement la réussite de son intégration au sein de cette société est la garantie de son bien-être intérieur. Il rationalise donc l'envie qu'il éprouve, sans pouvoir se l’avouer à lui-même, envers le mode de vie de l’autre en disqualifiant celui-ci. L'autre devient celui qui, par sa seule existence et différence, met en danger toute une conception d'un équilibre social durement acquise et intégrée.

Concrètement on peut donc constater que plus un individu serait, de par son histoire familiale personnelle, tenté de s’identifier à celui qui est exclu socialement en raison de son mode de vie non conforme au modèle intégré comme « normal et universel », plus il ressent intensément la souffrance de ce qu’il a perdu et la violence de l’aspiration à le retrouver - et, surtout, plus il s’interdit d’en prendre conscience -, plus il voudra prouver sa conformité en désignant celui qui exprime ouvertement sa différence comme coupable des pires maux de la société.

C’est donc celui qui refuse d’affronter en face la réalité de sa propre exploitation et qui accepte de s’identifier et d’envier, mais là consciemment et respectueusement, les classes sociales dominantes qu’il cherche à imiter, qui a besoin d’exprimer la violence de cette négation de ce qu’il est (ou aurait pu être) en marquant violemment la frontière entre un « nous » - les classes dominante et moi-même – et ces arriérés, rebus de la société, malfaisants et délinquants, qui plombent cet idéal sociétal avec lequel il aspire à faire corps.

Ainsi, la personne appartenant aux classes dominées, exploitées et humiliées qui se laisse manipuler par les discours discriminatoires désignant un autre que lui-même comme bouc émissaire dirige-il son action contre le mode de vie de l'autre, en le diffamant et en l’isolant  de manière haineuse, l’excluant d’office des règles de sociabilité et de respect d’autrui, par la conviction qu'il se forge que celles-ci ne sont valides que dans le cadre d’un entre soi de personnes honorables.

Ce tour de passe-passe inconscient permet de transmuter ce qui pourrait être perçu comme attirant - et donc envié - en objet de répugnance - et donc rejeté.

Et ainsi peut-on sans état d’âme accuser les victimes des conséquences sur leur comportement et leurs apparences des conditions de vie inhumaines qu’on leur impose.

Celui qui a été amputé de sa singularité ne supporte pas que d’autres défendent la leur, ils ressentent un profond sentiment d’injustice face à la personne qui pour quelque raison que ce soit ne peut ou ne veut se conformer.

Comme il se sent empêché d’affirmer ce qu’il est aux tréfonds de lui-même il s’évertue à annihiler l’autre dont l’existence même lui renvoie l’image de son propre renoncement à être. Toute reconnaissance de l’altérité est ressentie par lui, sans qu’il puisse se le formuler à lui-même, comme une sorte d’offense aux sacrifices qu’il a dû faire pour jouer un rôle dont la conformité à ce que la société attend de lui a pour résultante son intégration, toujours précaire cependant, au sein du tissu social dominant.

Plus cette intégration aura été difficile à réussir, plus le rejet de celui/celle qui ne peut ou ne veut rentrer dans le rang sera virulent.

Cependant on peut souvent constater que les personnes les plus ostracisantes sont aussi celles qui masquent par un discours hyper conformiste leur incapacité à appliquer les règles qu’elles imposent aux autres (« fais ce que je dis mais ne fais pas ce que je fais » ou, comme le chantait Béart la dichotomie entre « les grands principes et les grands sentiments »). Le fait de tenir ces discours tout comme celui de désigner des coupables de dissidence leur semble un gage de leur bonne foi, même s’ils se montrent faillibles dans leurs actes.

To be continued.... (je préfère en l’occurrence cet anglicisme "pour être continué" qui amène l'idée que cela ne serait pas uniquement par moi à "à suivre"....)

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