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Billet de blog 14 mars 2013

L'enfant conteur : une voix contre l'échec scolaire. Autour de Suzy Platiel 1

 France Culture - (ré)écouter - France Culturewww.franceculture.fr/player/reecouter?pause=45849015 juil. 2012 – Prélude au Salon du Livre (2/3) : « Les Histoires de Suzy Platiel – Plaidoyer pour le conte » dans Sur les docks par Irène Omélianenko ...Suzy Platiel est ethnolinguiste pendant 20 ans, elle a partagé sa vie entre la France et le nord du Burkina Faso. (Aujourd’hui, elle vit à Paris et elle aura bientôt 83 ans). C’est chez les Sanan qu’elle a passé le plus de temps. C’est en 1967 qu’elle est allée pour la première fois en Haute Volta devenue par la suite Burkina Faso (pays des hommes intègres – Sankara). Elle a décidé de travailler dans une société dont la structure politique était de type démocratique : les Sanan,  elle y était pour en étudier la langue. Comme de décembre à fin mai, dans le fonctionnement traditionnel, les gens se réunissaient pour raconter les contes, elle a été amenée à penser que ce serait plus judicieux d’enregistrer les conteurs plutôt que de harceler les gens de questions. Un vieux lui a dit « tu sais, les contes, cela sert à apprendre la maîtrise de la parole ». Elle y voit donc l’opportunité, en tant que linguiste, d’étudier comment les contes permettent effectivement de développer la maîtrise du langage.

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5 juil. 2012 – Prélude au Salon du Livre (2/3) : « Les Histoires de Suzy Platiel – Plaidoyer pour le conte » dans Sur les docks par Irène Omélianenko ...

Suzy Platiel est ethnolinguiste pendant 20 ans, elle a partagé sa vie entre la France et le nord du Burkina Faso. (Aujourd’hui, elle vit à Paris et elle aura bientôt 83 ans).

C’est chez les Sanan qu’elle a passé le plus de temps. C’est en 1967 qu’elle est allée pour la première fois en Haute Volta devenue par la suite Burkina Faso (pays des hommes intègres – Sankara). Elle a décidé de travailler dans une société dont la structure politique était de type démocratique : les Sanan,  elle y était pour en étudier la langue. Comme de décembre à fin mai, dans le fonctionnement traditionnel, les gens se réunissaient pour raconter les contes, elle a été amenée à penser que ce serait plus judicieux d’enregistrer les conteurs plutôt que de harceler les gens de questions. Un vieux lui a dit « tu sais, les contes, cela sert à apprendre la maîtrise de la parole ». Elle y voit donc l’opportunité, en tant que linguiste, d’étudier comment les contes permettent effectivement de développer la maîtrise du langage.

Avertissement

Le texte ci-dessous n'est ni une transcription exacte de l'émission, ni un résumé, mais une sorte de condensation des propos avec quelques commentaires qui complètent quelques points avec des éléents issus d'interventions de Suzy dans le cadre de formations. J'y ai ajouté une opinion personnelle qui n'est qu'une déduction tirée de propos entendus ou lus par ailleurs. Sa lecture ne dispense donc pas d'écouter l'émission -  qui est un vrai bonheur à entendre ! - et je signale n'avoir rien repris par écrit de la fin qui est particulièrement intéressante.

Les jeunes pendant la saison sèche se réunissent sur des terrasses pour se raconter des histoires.

Lors de la soirée publique les gens se réunissent dans la cour centrale de la concession et tout le monde  participe : les adultes, les enfants, les jeunes gens, les voisins, tous ceux qui ont envie de venir écouter.

La séance commence par des contes-devinettes qui n’ont aucune solution humainement et socialement acceptable. D’après Suzy Platiel cela introduit les enfants dans la prise de connaissance des règles de vie en société, [mais il me semble aussi que, puisque aucune application de ses règles n’apporte de solution satisfaisante cela introduit aussi la notion de libre arbitre : si, en cas de situation désespérée on est amené à transgresser une règle, c’est peut-être aussi parce qu’aucune règle ne peut avoir réponse à toutes les situations qui se présentent aux humains]. Lorsque les jeunes, qui ont tenté de répondre à ces contes-devinettes en ont assez parce que, quelle que soit  la réponse qu’ils donnent, elle se révèle inappropriée, les adultes racontent des contes. Dans ces soirées publiques il arrive qu’une mère demande à son enfant de raconter.

L’enfant apprend à raconter dans la case de la mère. Le tout petit apprend à écouter sans que personne ne lui demande de le faire par un moyen qui prouve une profonde connaissance du comportement d’un enfant autour de 2 ans et demi et qui permet de se passer de l’injonction en passant par l’attraction exercée par le groupe qui joue. (Écouter Suzy).

Pendant la saison des pluies, il est interdit de raconter. Au retour de la saison sèche (environ 6 mois plus tard) le petit prend deux mois pour réentendre les contes. Lorsqu’après ce délai, il fera la preuve qu’il est capable de raconter 5 ou 6 contes différents, sa mère l’invitera à raconter en public pour le valoriser, lui permettre d’être reconnu par l’ensemble des adultes.

A 6 ans, tous les enfants sont capables de raconter…

La notion d’être respecté, dans une société de tradition orale est liée à la capacité d’être écouté, d’être capable de retenir l’attention de l’autre.

En 1984, l’élection de Jean-Marie le Pen au parlement européen décide Suzy à mettre en pratique ce qu’elle avait appris chez les Sanan dans un collège d’Anthony qui connaissait des problèmes de comportements racistes.

Devant les plaintes des enseignants, elle leur propose de venir, une fois par semaine, raconter des contes aux enfants en essayant de reproduire ce qu’elle avait vu fonctionner chez les Sanan.

Elle propose donc aux enseignants de respecter le dispositif qu’elle met en place : elle explique aux élèves qu’elle n’est pas obligée de venir leur raconter des contes et que eux-mêmes ne sont pas obligés de l’écouter non plus, ce qui signifie qu’à la fin de chaque séance les élèves aussi bien qu’elle-même seront libres de prolonger ou non l’aventure. De plus, elle interdit aux enseignants de travailler de manière scolaire sur les contes.

Non seulement les enfants ont voulu qu’elle revienne mais au bout d’environ six/sept séances, ils ont demandé à raconter à leur tour.

A partir de ce moment-là, les enfants racontaient dans la seconde moitié de la séance.

Cela a apaisé les relations au sein de la classe en amenant les enfants à se vivre ensemble comme un groupe.

Du point de vue scolaire, ils ont fait des progrès dans toutes les disciplines parce que, à travers le plaisir d’entendre des contes, ils ont appris à écouter, à se concentrer et à travers celui d’en raconter, à mémoriser et à développer leur raisonnement logique.

La question que se pose Suzy Platiel à propos de l’illettrisme c’est comment un enfant pourrait-il apprendre à lire et à écrire s’il ne sait pas déjà parler ?  On apprend d’abord à parler avant d’apprendre à lire et à écrire.

Jean-Christophe C est professeur de français. En 2008, il s’installe dans un village près de Perpignan. Depuis, il instaure l’heure du conte dans ses classes de sixième à chaque rentrée scolaire. Un jour de la semaine, au lieu de faire son cours, il raconte une histoire, les élèves sont surpris mais écoutent, ensuite, il fait son cours. La semaine suivante, il raconte deux histoires et, sur la demande des élèves, il prolonge l’expérience en racontant pendant l’heure entière en créant un cercle dans l’espace classe.

Entre 5 et 7 semaines après, les enfants demandent à raconter eux-mêmes des contes. (on entend les enfants raconter et s’entraider). Les élèves qui racontent le font selon son modèle et donc le font au passé, spontanément, avec alternance imparfait/passé simple qui sont les temps du récit.

Mais ils maitrisent mal la conjugaison du passé simple ce qui peut mettre le professeur de français en difficulté parce qu’il est tenté de sauter sur l’occasion pour expliquer à la classe comment on conjugue les verbes.

Par la suite, et sans se référer aux erreurs de conjugaison des enfants quand ils racontent, il va faire les cours de conjugaisons du programme.

Dans le conte, contrairement, par exemple aux jeux vidéo, l’enfant est mis à distance justement par le fait d’utiliser les temps du passé. Les évènements racontés dans le conte, aussi horribles soient-ils, le sont, dans le présent, dans un cadre sécurisant. Le fait  que le conte soit raconté au passé les place dans un temps révolu, loin de celui de l’enfant. (un enfant raconte et corrige de lui-même son erreur de conjugaison).

Dans l’histoire, il y a une temporalité qui fait qu’il y a un début et une fin et entre les deux, il y a tout un enchainement d’évènements qui sont reliés entre eux par un lien de cause à effet. Cela va amener l’enfant à intégrer ce lien dans sa vie quotidienne, ce qui fait que, plus que la morale de l’histoire, c’est la structure même de celle-ci qui est porteuse de leçon et qui permet à celui qui écoute et qui raconte de structurer sa pensée.

Les enfants ensuite disent ce qu’ils pensent de l’expérience, leurs préventions, leur plaisir, leur peur de raconter, leurs difficultés par rapport à la langue, à leurs difficultés d’expressions.

Le conte favorise l’empathie et l’acceptation mutuelle entre les enfants, ce qui permet d’intégrer les enfants en difficulté.

L’enseignant se positionne différemment  dans sa classe : il n’est pas celui qui impose, il est celui qui répond à une demande, aussi bien au niveau de la lecture que de l’écriture. Donc, raconter une histoire au début, c’est donner, petit à petit, la possibilité aux élèves de mieux communiquer aussi bien oralement que par écrit.

Pour prolonger ce premier billet sur Suzy Platiel :

Vitalité du conte : à l'école du conte oral, en Guyane Ou comment       

watayaga@hotmail.fr

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