matzneff ou Comment cela a-t-il été possible si longtemps ?

Ce texte est la retranscription non littérale d'une partie de la vidéo (contenant un dialogue entre Thomas Rozec qui interroge Christian Lehmann - qui a écrit un excellent billet de blog sur le sujet) car en dehors de la question cruciale posée par la pédo criminalité cela pose aussi le problème du consentement social par rapport à la chosification des enfants d'une part et de ce qui peut nous pousser à ne pas réagir face à un crime quand il y a un consensus social de personnes faisant partie de l' "élite" intellectuelle sur le sujet...
La crainte d'être disqualifié.e entre autre…. Ce n'est donc pas l'intégralité de la vidéo qui est (honnêtement et sans tentative e se défausser) consacrée au problème de conscience de la personne qui l'a faite.

L'histoire du gamin de Manille est encore pire que telle qu'elle est racontée dans cette vidéo - et c'est déjà bien ignoble - car quand j'étais jeune j'avais entendue une émission de radio dans laquelle ce salopard s'exprimait en étalant sa suffisance à un interviewer admiratif et dans laquelle il disait que le gamin avait attrapé la syphilis et lui avait demandé de l'aider à se soigner - demande qu'il a rejeté avec la plus grande répugnance et violence : non seulement le gamin était souillé mais de plus il était vénal en ayant le culot de vouloir lui soutirer de l'argent alors qu'il n'était plus consommable !

Je suis bien contente qu'il soit enfin démasqué pour ce qu'il est.

Cependant sous la vidéo de France Culture dans laquelle Vanessa Springora est interviewer le club des pédocriminels se déchaîne avec une 

virulence hallucinante !

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"Etre l'initiateur d'un gamin vierge c'est parfait pour lui mais il déteste les femmes, à partir du moment où elles ont du poil et des opinions : ce qu'il veut c'est un enfant qu'il peut malaxer à sa guise dans tous les sens du termes - physiquement et intellectuellement. Il écrit par ailleurs qu'il est tout à fait normal pour un homme viril normalement constitué de bander devant les fesses d'un gamin de 11 ans et cela lui donne de la jouissance de tripoter un petit garçon de 11 ans quand son père étant assis à côté et servant un rôti de bœuf ne se rend compte de rien.
Et encore, il parle de la détestation qu'il a pour les mères qui sont juste bonnes à vêler et à faire des petites filles et des petits garçons dont il pourra se servir. En fait, elles ne servent qu'à ça et il lui arrive de se rapprocher de ces mères pour leur laisser penser qu'elles pourraient être séduisantes pour un grand écrivain afin de se taper leurs filles…..

Je tombe sur un autre de ses livres "mes amours décomposés au Harison Plaza et là j'ai un autre choc : il parle d'un voyage qu'il fait à Manille où il va dans un grand hôtel où les gens sont vraiment, vraiment très sympathiques quand il monte des gosses et que tout le monde tourne le regard et il cherche un gamin qu'il avait vu un ou deux ans auparavant, appelons le Miguel, et Miguel avait des fesses formidables et il le cherche partout - c'est vraiment une obsession - et finalement il le retrouve et il est horrifié : ce grand esthète, ce grand poète français, cet immense écrivain fin connaisseur de la religion orthodoxe, qui a réussi à s'infiltrer dans tous les milieux de la gauche de gauche jusqu'à l'extrême droite en se faisant passer pour un artiste d'immense renommée voit ce gamin et se rend compte que deux ans après il est tapé, durci, cassé, vieilli prématurément et il pourrait avoir un instant de lucidité, se rendre compte que vendre son cul à de riches occidentaux pour nourrir sa famille ça tue un enfant : pas du tout ! Il se pose la question "mais enfin comment sous ces tristes tropiques les enfants peuvent-ils vieillir aussi vite ? Esthétiquement c'est presqu'un crime !
Et là je me dis : ce type c'est un vrai psychopathe. C'est quelqu'un qui a une absence absolue d'empathie pour les autres, qui est incapable de se remettre en cause ou de ressentir une culpabilité et, vu que ce qu'il fait est objectivement atroce, il est obligé d'emmener les gens dans une description qui est complètement faussée : c'est un vrai pervers narcissique qui cherche à amener les gens à penser comme lui et donc c'est un manipulateur de très grande force qui a mis une grande partie de son intelligence qui n'est pas nulle à amener les gens à se rapprocher de lui….

J'adore Georges Orwell et celui-ci disait que quand il était en désaccord intellectuel avec quelqu'un il refusait de le rencontrer : il refusait ces soirées de l'entre soi où les écrivains se retrouvaient à table et finalement il y avait une connivence : on finit par se rendre compte qu'on connaît les mêmes gens, que l'on a des amis communs…… et finalement, finalement ce qui nous sépare est plus faible que ce qui nous unit, on fait partie de la même classe etc., etc... Et il ":je ne fais jamais ça parce que quand on commence à ressentir cette espèce de camaraderie fausse entre humains on perd la clarté de sa vision intellectuelle."


Et donc, moi je dirais - au moment où tous ces gens se réveillent et se rendent compte qu'ils ont aidé et facilité un pédocriminel parce qu'en fait, en l'amenant à la télévision, en le vantant etc., ils ont normalisé sa présence et ce qu'il faisait ces gens se retrouvent face à eux-mêmes et ça leur est très difficile.

En fait, je pense que c'était accepté par tout le monde parce que - spoiler - c'était accepté par tout le monde.
Je sais que la phrase a l'air idiote : "c'était accepté par tout le monde parce que c'était accepté par tout le monde" : il y avait des gens qui pouvaient se dire "ah c'est quand même chaud ce type qui encule les gamins de 9 ans et qui paye les gamins de 10 ans : bin non, tout le monde autour de moi a l'air de trouver cela normal c'est que cela doit l'être" et donc quand la boussole de tout le monde indique le sud et que ta boussole interne, ton sens moral indique le nord, déjà il faut avoir un sens moral mais il faut avoir aussi suffisamment d'orgueil pour dire "bin moi je vais partir tout seul dans cette direction et je vais tenir cette direction alors même qu'elle semble opposée à tout le monde."

Et quand Denise Bombardier va lui dire son fait chez Pivot, c'est important que des personnes comme elle existent. Denise Bombardier je vais la croiser…. Je m'approche d'elle pour aller m'asseoir dans l'avion et je lui dit "vous êtes Denise Bombardier est-ce que…" et son premier réflexe cela a été un mouvement de recul parce qu'elle avait l'habitude d'être agressée pour ce qu'elle avait fait. ….

La question fondamentale posée par toute ce préambule et qui nous concerne tou.te.s c'est pourquoi les gens au courant de cette pratique pédocriminelle qui ne se cachait pas - bien au contraire - l'ont cautionnée ?
Une partie de la réponse vient du fait que lorsqu'une personne a une reconnaissance, un prestige social on éprouve l'envie de faire partie de son cercle d'initiés, cela rejoint le côté grégaire.

Vanessa Springora explique qu'il la drague, qu'il va la chercher à la sortie de son collège alors que son père l'a laissée tombée depuis longtemps, c'est la première fois qu'elle voit un homme la désirer comme ça, elle va expliquer ensuite que - un peu comme dans barbe bleue - il y a des livres qu'il lui interdit de lire en lui disant "c'est pas bon pour toi" et puis un jour il va partir dans un congrès et elle lit ses livres comme l'épouse de barbe bleue qui ouvre la porte interdite et c'est là qu'elle se rend compte qu'il fait du tourisme sexuel à Manille, qu'il paye des gosses et elle a une réaction qui est ce que j'appelle "le sens moral" c'est à dire - elle doit avoir 14 ou 15 ans à l'époque - et elle lit que son amant magnifique paye des enfants pauvres pour les baiser et sa réaction n'est pas seulement : "je suis trahie, je suis jalouse" mais : "je suis complice d'un pédocriminel".

Alors se pose la question : si une gamine de 14-15 ans folle amoureuse de l'homme qui l'a initiée est capable d'avoir ce choc, cette réflexion qu'est-ce qu'il manquait aux adultes ?

Une des grandes forces de matzneff a été de dire "ça c'est le moralisme des petites gens, là on est dans les très hautes sphères citant lord byron, oscar wilde etc. on ne va pas s'arrêter à ces histoires de morales etc."
Mais ce n'étaient pas des histoires de morale mais des histoires criminelles : c'est la destruction d'enfants parfois tarifés - moi j'appelle ça le clergé culturel.

Il y a un questionnement autour de la morale derrière tout ça dans le fait qu'il y avait des gens que les agissements de matzneff choquaient qui n'ont pas parlé pour ne pas avoir l'air d'être des moralisateurs, des pudibonds.

Effectivement matzneff et ses souteneurs mettaient bien en avant le fait que si tu parles c'est que tu es un pudibond moraliste qui n'aime pas le sexe. MAIS CELA N'A RIEN A VOIR : il n'est pas question de sexe comme le disent très bien les féministes : IL N'EST PAS QUESTION DE SEXUALITE IL EST QUESTION D'EMPRISE, DE CRIMINALITE : les êtres autour de matzneff sont tous des objets, il est le seul sujet de sa vie : il n'a aucune empathie et il a réussi à entraîner dans sa perversion plein de gens autour de lui. Ce n'est pas être moralisateur qu'avoir une définition de ce qu'est le mal : LE MAL C'EST DE CONSIDERER QUE L'AUTRE EST UN OBJET. L'AUTRE N'EST JAMAIS UN OBJET !. ​​​​

 

https://youtu.be/QcfRW6CudPE

 

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