Malentendus et préjugés et conflits entre les tout.e.s-petit.e.s et leurs parents

Plus un.e enfant est jeune et plus les conflits avec ses parents sont fréquents : les conflits avec des enfants de 2 ou 3 ans surviennent 2 fois plus souvent qu'avec des enfants de 4 ou 5 ans. Quelles en sont les causes ?

Plus un.e enfant est jeune et plus les conflits avec les parents sont fréquents : les conflits avec des enfants de 2 ou 3 ans surviennent 2 fois plus souvent qu'avec des enfants de 4 ou 5 ans.

 Lorsque les parents rencontrent des oppositions ou et des contradictions de la part de leurs enfants il.elle.s les interprètent à la fois et comme de la résistance à leurs demandes et comme des injonctions  contradictoires à leur égard ce qui fait que  l'idée ne leur vient pas de chercher à en comprendre les raisons du point de vue des enfants.

C’est sur ce malentendu éducatif qui’il.elle.s transforment - sans avoir vraiment la possibilité d’en prendre conscience parce qu’il est, dans la plupart des cas, transgénérationnel - ces désaccords en rapports de force. Rapports de force dont il.elle.s doivent sortir absolument gagnant.e.s au risque de perdre cette autorité dont il.elle.s pensent qu’elle devrait aller « naturellement » (« c’est moi qui suis l’adulte » implique forcément « c’est moi qui sais ») de soi et donc devoir être imposée le plus tôt possible aux enfants récalcitrant.e.s : "Il faut que les enfants comprennent dès le plus jeune âge que c'est moi qui commande" affirment-il.elle.s comme une évidence éducative (qui tire ses origines dans le conditionnement éducatif pavlovien qui ne peut donc pas être négocié).

Cela les amène à entrer dans des cercles vicieux de conflits sans fin pour le moindre désaccord de la vie quotidienne. Conflits qui leur paraissent devoir nécessiter qu'il.elle.s imposent de plus en plus d'autoritarisme pour installer définitivement cette légitime autorité qui leur vient de l'assurance acquise au cours de leur propre éducation que les adultes détiennent le savoir et l'expérience et qu’ils doivent donc transmettre ceux-ci - de gré ou de force - à leurs enfants pour leur « bien » forcément « supérieur ».

 Cela a pour conséquence le fait que les conflits sont incessants car tout devient objet de controverses sans fin. Ainsi, enfants et parents s’installent peu à peu dans un rapport de force permanent bien éloigné de l'image idyllique que les parents se faisaient de leurs échanges avec leurs enfants.

Au final enfants et parents seront perdant.e.s car leur relation sera marquée par une tension permanente source d'angoisse pour les enfants et d'irritation pour les parents - d'incompréhension réciproque pour tou.te.s.

La notion de "famille harmonieuse" se délitera peu à peu et l'amour des un.e.s pour les autres apparaîtra comme une utopie de moins en moins réalisable.

C'est pourquoi il est de la plus grande importance de réfléchir aux moyens de désamorcer les conflits et de trouver un processus de règlement de ceux-ci dans lequel personne n'aurait le sentiment d'être ignoré.e dans ses besoin, non pris.e en compte dans ses aspirations ou pire de perdre la face (ce qui est valable tout aussi bien pour les enfants - qui ont un très fort sentiment de leur dignité en tant que personnes à part entière - que pour les parents qui, craignant de voir être bafouée ce qu'il.elle.s considèrent comme leur autorité légitime et indiscutable, se ressentent comme indignes du rôle que la société assigne à la parentalité lorsqu’il.elle.s échouent à l’imposer « naturellement »).

De plus, avec la croissance rapide aussi bien physique que psychique de leurs enfants les parents doivent sans cesse s'adapter, négocier, évoluer… Il leur est donc difficile - si tant est que cela soit possible - d'adopter à chaque instant l'attitude la plus adéquate, le « bon » comportement ou de trouver le mot juste qui dénouera le conflit.

Ainsi leur faut-il accepter l'idée d'être mis.e.s en situation d'échec - ce qui ne signifie en l'occurrence ni de perdre la face, ni leur confiance en eux/elles ou en leurs enfants, ni de remettre en cause et l'amour que ceux-ci leur portent et celui qu'il.elle.s ressentent pour eux/elles.

Réagir ou entrer en relation ?

Ce n'est pas seulement le comportement opposant de leur enfant qui pose des problèmes aux parents mais aussi la façon dont eux-mêmes ressentent la situation de conflit et la façon dont ils vont y réagir.

Pourquoi le "non" de l'enfant provoque-t-il aussi souvent une telle déstabilisation chez les parents ? Après tout, qu'un enfant dise "non" est banal et même sain : ce qui fait que la situation dégénère c'est la réaction du ou des parents face à elle.

Cette réaction dépend de deux éléments consécutifs : l'interprétation imaginaire de cette situation et le vécu émotionnel de celle-ci par rapport à cette interprétation de ce vécu.

 Toute situation est analysée par notre cerveau sous deux angles : 

 => Un angle externe (ou objectif) :

c'est l'observation des faits tels qu'ils se produisent : par exemple, si un.e enfant refuse de manger :

- observer qu'il.elle est bien portant.e, n'a pas l'air affamé.e et qu'il.elle est plein.e de vie et de gaîté est un constat objectif.

- penser qu'il.elle le fait pour s'opposer à la volonté de l'adulte, établir un rapport de force avec lui.elle est une interprétation subjective.

=>Un angle interne (ou subjectif) :

- la société, notre histoire personnelle, notre éducation, nos expériences positives ou négatives de la vie nous ont amené.e.s plus ou moins consciemment à adopter des règles de conduite et des mécanismes de pensée stéréotypés.

- bien avant d'être parents nous avons des croyances implicites sur l'art et la manière d'être un bon ou un mauvais parent.

Nos références sont le fruit de notre histoire personnelle qui peut nous amener à imiter nos parent.e.s ou à faire le contraire de ce qu'il.elle.s ont fait avec nous parce que nous en avons souffert. Nous anticipons donc sans cesse la relation que nous avons avec nos enfants non pas en fonction de qui il.elle.s sont mais en fonction de ce que nous avons vécu dans notre propre enfance par rapport à qui nous étions et des relations que nos parents ont établies avec nous.

Ainsi une des croyances les mieux ancrées est que si l'enfant dit "non" c'est qu'il veut entrer en conflit avec l'adulte cela parce que c'était ainsi que - lorsque nous étions enfants - nos parents ont interprété toute opposition venant de notre part. C'est donc ce sens donné alors à notre "non" qui va rejaillir implicitement et à la façon d'une évidence inconsciente sur ce que nous interprétons par rapport aux réactions de nos propres enfants.

L'ennui avec ces croyances c'est qu'elles s'activent sans que nous en ayons conscience. Face à une situation donnée, nos émotions, nos pensées, nos actions ne résultent pas uniquement des faits présents mais de tout un background dont nous n’avons plus conscience : nous ne pouvons retrouver cette conscience que par une opération de la pensée déconnectée de nos émotions actuelles ce qui demande - au départ du moins - un effort intense.

Lorsqu'un.e enfant nous oppose un refus nous pouvons émettre de nombreuses hypothèses pour comprendre celui-ci et ainsi - en prenant conscience de nos réactions émotionnelles face aux comportements de nos enfants - nous en apprenons beaucoup sur les personnes qui ont pris soin de nous : parents et autres éducateur.trice.s à une période dont notre mémoire ne garde aucune trace consciente mais qu'elle a néanmoins engrangée.

Par exemple si un.e enfant refuse de manger c'est peut-être qu'il.elle n'aime pas le goût de la nourriture proposée, qu'il.elle n'a pas faim ou encore qu'il.elle ne se sent pas bien, est écœuré.e etc... Cependant nous pouvons aussi penser que c'est un.e casse-pied, qu'il.elle a trouvé un moyen de pression sur nous, de rentrer en conflit avec nous et beaucoup d'autres interprétations que nous jugeons non seulement plausibles mais souvent aussi comme allant de soi, incontestables...

L'analyse de toute situation par le cerveau se fait en fonction des données réelles et imaginaires qu'il a engrangé dans le passé – en particulier lors des échanges interpersonnels.

Si une situation est neutre pour nous, qu'elle ne nous concerne pas personnellement ou que superficiellement, nous sommes capables d'élaborer des hypothèses et d'évaluer la probabilité de chacune d'entre elles d'être vraisemblable ou non par rapport aux autres en fonction d'arguments qui jouent ou non en sa faveur donc d’être objectif.ve.s et rationnel.le.s.

Par contre si nous sommes directement concerné.e.s, impliqué.e.s, que les enjeux sont importants pour nous, nos émotions vont entrer en jeu et influer sur notre analyse.

D'une façon générale nos émotions influent sur nos choix de penser. 

 Par exemple, si l'on est :

 - d'humeur joyeuse on valorisera les hypothèses positives,

 - angoissé.e.s on ne verra que les risques et les dangers,

 - déprimé.e.s tout deviendra négatif, insensé,

 - en colère nous ressentirons tout comme de la provocation…

 Un bruit intense et rapide, par exemple, peut nous faire sursauter et provoquer notre peur. Puis, très rapidement il se peut que nous réalisions qu'il ne s'agit que d'un pétard. Cependant notre cerveau nous aura fait réagir avant même qu'il ait pris le temps de décoder l'information. En décryptant le bruit comme une source de danger notre cerveau nous a rendu vigilant.e ce qui nous permet par la suite de décider rapidement en analysant la situation s'il valait mieux se sentir rassuré.e ou bien chercher à se protéger. Mais dans tous les cas cette réaction émotionnelle fait partie de notre kit de survie et nous ne pouvons éviter de l’éprouver, nous avons seulement la possibilité de tenter de lui redonner consciemment sa juste place.

 Nos réactions sont donc le résultat d'un travail intellectuel et émotionnel qui ne prend que quelques centièmes de secondes au cerveau pour les mettre en œuvre.

Comme nous ne sommes pas des machines, nous ne pouvons être neutres émotionnellement ce qui implique que nous pouvons nous tromper. L'important est d'être capable d'en prendre conscience et ainsi de tenter de comprendre pourquoi nous avons réagi ainsi.

 Il devrait ainsi devenir possible qu'il en soit de même par rapport à notre perception des réactions des enfants. 

De cette façon, peu à peu, nous pourrons apprendre à reconnaître un bon nombre de nos croyances toutes faites et ainsi à désamorcer leur portée émotionnelle sur nous.

Ce n'est pas donc pas l'opposition d'un enfant qui est gênante en soi mais les conséquences conflictuelles qu’elle est susceptible d’engendrer. Celles-ci s'installent parce qu'il y a, à un moment donné, impossibilité de communiquer verbalement ou d'exprimer - avec la possibilité d'être entendu.e, compris.e - ce qui est ressenti émotionnellement.

Il n'est pas aisé de contrôler ses propres réactions. Il n'est pas facile non plus de deviner ce qui se passe dans la tête d'un.e enfant surtout s'il.elle ne sait pas parler ou qu'il.elle ne sait pas elle/lui-même la source de son malaise ni pourquoi il.elle réagit ainsi.

Avant de considérer une situation comme conflictuelle il est donc nécessaire d'essayer de comprendre ce qui a engendré le problème. Il faut donc coûte que coûte tenter de rétablir la communication sur un autre mode que le conflit et l'opposition. Sans culpabiliser si on n'y arrive pas rapidement car on n'est ni devin, ni magicien.

Ainsi est-il important de ne pas personnaliser le problème : un.e enfant peut refuser de faire quelque chose par rapport à une difficulté qu'il.elle a avec ce qu'on lui demande et non pour entrer en conflit avec l'adulte.

Par exemple : refuser de mettre un pyjama dont il.elle ne supporte pas le contact avec la matière ou dans lequel il.elle se sent ridicule où encore parce qu'il.elle est angoissé.e à l'idée de devoir se coucher. Il.elle cherchera donc tous les moyens de reculer ce moment désagréable et/ou angoissant. Il.elle n'a (à moins d'une expérience désagréable préalable) aucune idée que son refus puisse exaspérer l'adulte ni des raisons qui amènent celui/celle-ci à l'être. Prendre comme une agression contre soi les réactions de l'enfant nous empêche de comprendre ses véritables motivations (puisqu'en croyant les connaître : « nous faire tourner en bourrique », par exemple, nous n'avons plus besoin de les rechercher) et déclenche notre colère : "comment ose-t-il.elle me résister, pour qui il.elle se prend ?" ; « c’est moi l’adulte, c’est moi qui sait » etc.

Pour éviter de se tromper il est nécessaire de prendre conscience des émotions qui nous agitent, de les mettre à distance et d'observer plus finement l'enfant en évitant le filtre de l'interprétation. Lorsque la communication est rétablie nous pouvons alors émettre des hypothèses jusqu'à ce que l'enfant nous dise - ou nous fasse comprendre - quelle est la bonne.

 A partir de là il sera plus facile de trouver un terrain d'entente satisfaisant aussi bien pour l'enfant que pour l'adulte.

 D'une façon globale l'opposition peut être définie comme la mise en présence de deux éléments qui ne vont pas dans le même sens. Cela n'implique donc pas nécessairement l'existence d'un conflit mais peut contribuer à son apparition.

 L'éducation ne saurait être un modelage. Pour arriver au statut d'adulte responsable de sa vie, de ses choix le petit humain doit passer par un certain nombre d'étapes dont des phases dites d'opposition qui, en réalité, sont des phases d'affirmation de soi consécutives à l'évolution de sa capacité de se penser lui.elle-même et de penser le monde qui l’entoure.

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La grande majorité des adultes portent en eux/elles le fantasme de l'enfant parfait qui les dédouanerait de leurs propres imperfections et aussi du fait d'avoir déçu leurs parents : ''Regardez, je ne suis peut-être pas un.e adulte parfait.e mais mon éducation, elle, l'est puisque cet.te enfant dont je m'occupe est parfaitement élevé.e grâce à elle" (idée de réussir avec ses enfants ce que leurs parents ont échoué avec eux.elles) 

Cependant les enfants ne peuvent pas comprendre l'importance de cet enjeu pour l'adulte parent (ou éducateur professionnel) : il.elles sont ce qu'il.elle.s sont, c'est à dire des enfants qui - par définition – sont autocentré.e.s, insouciant.e.s, veulent tout connaître et tout faire  sans limites, agissent sans avoir la capacité d'anticiper les conséquences de leurs actes et découvrent le monde d'un regard neuf.

 Il.elle.s sont perpétuellement dans la première fois.

Il.elle.s émettent des hypothèses sur la réalité qui les entoure et font des expériences qui confirment ou infirment ces hypothèses.

 Il.elle.s doutent, recommencent, tâtonnent, se trompent, essaient autrement. Il y a là toute une activité psychique qui s'élabore et ne s'arrêtera plus. 

 L'adulte, par son amour, sa patience, sa compréhension, sa bienveillance, son indulgence, son attention discrète peut accompagner cette petite activité psychique, l'encourager, l'aider à développer tout l'éventail de ses possibles. Il.elle peut soutenir l'enfant en lui renvoyant une image positive de lui.elle-même, et cela même et surtout si l'enfant commet des erreurs : il.elle permettra ainsi à l'enfant de découvrir ses propres capacités, limites et d'utiliser cette connaissance au mieux pour se sentir en accord avec lui.elle-même et les autres. 

Si l'enfant peut commettre des erreurs sans courir le risque d'être disqualifié.e, de perdre l'estime de l'adulte, il.elle acquiert la possibilité de prendre de lui/elle-même conscience des conséquences concrètes de ses actes. 

 L'erreur de la plupart des éducateur.trice.s est d'imaginer que l'éducation de l'enfant puisse faire l'impasse sur l'expérience personnelle, sur le vécu. Pour savoir, il faut apprendre et pour apprendre la théorie ne suffit pas : il faut se confronter au réel et la pratique est donc indispensable : on ne sait que ce que l'on a expérimenté et compris par soi-même. 

Les enfants ne peuvent pas faire l'économie du vécu et ne vivre qu'une vie virtuelle où la parole de l'adulte tiendrait lieu d'expérience. Il a besoin de se confronter à la réalité et de ressentir que le feu et la glace brûlent mais d'une façon différente l'un et l'autre.

Malgré toute notre attention nous ne pouvons leur éviter toute souffrance, toute angoisse, toute frustration. Nous ne pouvons l’empêcher de faire des erreurs mais nous pouvons être attentif.ve.s à ce que les conséquences de ces erreurs ne soient pas disproportionnées ou trop douloureuses physiquement, émotionnellement ou affectivement. //

Par exemple, pour avoir une idée de ce que signifie le mot "casser" il est nécessaire de l'avoir expérimenté plusieurs fois avec différents objets. Si - en prenant les précautions nécessaires on permet à l'enfant de jouer avec des objets en verre il.elle aura l'occasion à un moment ou à un autre de vérifier ce qu'on lui a dit, de mettre un sens concret sur le mot "casser" et ainsi d'apprendre à faire attention en manipulant des objets fragiles.

Par ailleurs, une des difficultés principales rencontrée par les adultes pour faire des apprentissages est de croire que l'on devrait savoir avant d'apprendre. Or apprendre demande de passer d'abord par l'expérience et la mentalisation de celle-ci. L'expérience des autres peut nous aider à condition de se l'approprier en en vérifiant soi-même la pertinence et en la réélaborant soi-même. Apprendre n'est pas seulement un acte intellectuel, c'est aussi et surtout une mise en pratique. Sinon, il n'y a pas apprentissage mais répétition d'un discours ou pire tentative de divination de ce que l'autre veut nous transmettre.

 L'individu alors, au lieu d'être un adulte responsable et autonome n'est que le répétiteur des idées en cours et se fait le fidèle zélateur de la conformité sociale.

Au moment de la découverte du langage, les jeunes enfants découvrent l'impact des mots : certains font plaisir, d'autres sont mal perçus par les adultes. Les petits trouvent ainsi un moyen de s'affirmer et d'exprimer leur personnalité sans comprendre la signification ou la portée des mots qu'ils prononcent.

Par exemple : une petite fille a émis plusieurs hypothèses sur le sens de "gros mot"

1/ c'est un mot très long à prononcer

2/ un mot compliqué à prononcer

3/un mot dont le sens est difficile à comprendre 

4/un mot qui est le nom d'un objet, d'un animal, d'une personne de grande taille.

Le fait qu'un mot qu'il.elle prononce mette un.e adulte en colère ne permet pas à l'enfant de comprendre pourquoi ce mot a un tel impact mais cette découverte pourra lui permettre de trouver des armes pour atteindre l'adulte lorsque celui/celle-ci sera frustrant.e ou ressenti.e comme méchant.e.

Chaque milieu socio culturel a ses propres contraintes, ses propres exigences, ses propres tolérances. Celles-ci sont bien souvent contradictoires d'un milieu à l'autre, d'une génération à l'autre - chaque milieu, chaque génération créant ses propres codes distinctifs marquant une appartenance sociale ou/et générationnelle.

L'opposition verbale est salutaire : qui ne râle pas quand on le.la tance en lui rappelant les règles de vie en société quand il omet de les respecter ou quand on le frustre dans des envies qu'il.elle estime légitimes.

On ne peut répondre à toutes les demandes des enfants parce qu’il arrive souvent que cela soit impossible. Toutefois il est essentiel de prendre en compte que tout refus est frustrant et engendre du mécontentement. Les enfants, surestimant la toute-puissance de l'adulte, ressentent de façon très intense cette frustration et quand celle-ci touche à quelque chose qu'il.elle.s investissent comme essentielle cette frustration les envahit avec une telle intensité qu'il.elle.s ont le sentiment qu’il.elle.s ne pourront pas lui survivre. C'est pourquoi il est si essentiel qu'il.elle.s aient la possibilité d'exprimer la violence d'un ressenti qui les déborde et qu'il.elle.s sont incapables de maîtriser. L'enfant qui ne peut le faire, pour quelque raison que ce soit, va accumuler une tension qui va vite le.la dépasser et l'amener à exploser - ce qui est, contrairement aux idées reçues, une réaction extrêmement saine.

Par contre s'il.elle peut externaliser la violence de son ressenti émotionnel au fur et à mesure que ses émotions prennent possession de lui/d'elle cela lui permet de se libérer peu à peu de cette tension et de surmonter la dureté d’une déception qu'il.elle ressent comme persécutive : l'adulte, d’abord perçu comme tout puissant, volontairement frustrant donc "méchant", la désamorcera par son accueil bienveillant de cette violence et, du même coup, rassurera l’enfant.

Il arrive souvent aussi que l'enfant ne puisse exprimer un malaise ressenti autrement que par un comportement de refus et/ou d'opposition. Les raisons en sont multiples : absence de maîtrise du langage oral chez le nourrisson, peur de mal dire, d'être incompris.e, de décevoir, éducation qui met en avant les droits des autres avant les siens.

Il est extrêmement difficile pour qui que ce soit de mettre en mots son ressenti. L'enfant qui n'arrive pas à le faire – souvent par manque de vocabulaire - peut en éprouver une violente frustration qu'il exprimera par de la colère. C’est pourquoi il est important de mettre des mots sur ce que l’on comprend de son ressenti jusqu’à ce qu’il.elle se sente entendu.e.

L'opposition fait donc partie intégrante du développement normal de tout enfant, elle en est même un passage obligé et ne peut être évitée quoique l'on fasse, quelle que soit la compréhension qu'on témoigne à l'enfant à ce moment-là. Mais la façon dont les adultes ont été capables ou non d'appréhender le problème aura d'immenses répercussions sur la personnalité de l'enfant et lui servira de référence plus ou moins consciente dans ses relations avec les autres personnes.

Le développement de l'enfant se fait par étapes organisatrices. A chaque étape il.elle apprend de nouvelles stratégies adaptatives et prend de nouvelles responsabilités. Il.elle doit renoncer peu à peu à certaines de ses croyances intuitives et s'ouvrir ainsi à une vision progressivement plus pertinente du monde qui l'entoure et de la place qu'il.elle y occupe. Cela est souvent douloureux : ces étapes sont essentielles pour son évolution mais elles induisent de la souffrance pouvant provoquer des régressions.

Cependant son intense désir de grandir, d'être libre est une puissante motivation qui donne à l’enfant la force de surmonter les épreuves qu'il.elle rencontrera inévitablement sur son chemin vers l'indépendance.

Face à un comportement de refus, de blocage d'un.e enfant il est nécessaire de se poser plusieurs questions avant de lui coller l'étiquette de volontairement oppositionnel et provocateur :

- nos exigences à son égard sont-elles réellement adaptées à son stade de développement intellectuel, physique, affectif, émotionnel ?

Les consignes que nous lui avons données sont-elles assez précises : nous avons tendance à énoncer des consignes trop floues, trop inconsistantes et relatives : "sois sage" ; "sois gentil", "ne fais pas de bêtises" etc... Il n'est pas simple pour un.e enfant surtout s'il.elle est petit.e de comprendre ce genre d'injonctions : une expérience passionnante du point de vue d'un.e enfant peut se révéler être considérée comme une bêtise par un.e adulte ou être preuve de créativité pour un.e autre : tout étant une question de point de vue.

Si un.e enfant ose exprimer sa frustration avec un.e adulte c'est qu'il.elle a confiance en la capacité de celle/celui-ci de le comprendre ou d'entendre positivement ses motivations ce qui implique que la communication avec cet.te adulte est de bonne qualité.

Un.e enfant peut être, poussé.e par la colère, amené.e à insulter un.e adulte. Cela n'implique pas un jugement de valeur définitif, inscrit dans le marbre mais bien plutôt un état émotionnel fugitif qui l'a débordé.e. Les jeunes vivent intensément l'instant présent avec ses émotions agréables ou non, ses ressentis affectifs plaisants ou douloureux, ses doutes sur le jugement que l'adulte porte sur lui.elle, son amour propre et son sentiment de dignité personnelle... et tout cela peut émotionnellement se transformer en un torrent qui bouscule tout sur son passage. Mais une fois le calme intérieur retrouvé - souvent avec le soutien compréhensif de l'adulte - ces débordements laissent alors place à une relation positive.

 Pour qu'il y ait provocation il faut non seulement qu'il y ait un.e provocateur/trice mais aussi et surtout une personne qui interprète un comportement donné comme une provocation. 

Il serait dommage que les relations adultes-enfants soient principalement fondées sur des rapports de force. 

Eduquer ce n'est pas imposer ses principes et sa façon de voir mais permettre à l'enfant de trouver des stratégies pour faire face aux difficultés.

 Avoir un enfant modèle qui dit oui à tout cela s'appelle une intelligence artificielle. L'indisponibilité des adultes est une des causes d'opposition des enfants. S'ils ne peuvent pas obtenir que l'on s'occupe d'eux.elles, les enfants y obligeront les adultes au prix de disputes et de conflits car la relation avec les adultes est un besoin fondamental pour eux/elles.

Tous les enfants utilisent l'opposition pour s'adapter à une nouvelle période de leur vie et pour acquérir leur autonomie. S'opposer est donc un passage obligé,nécessaire et salutaire pour un bon développement : si un enfant est capable de s'opposer c'est qu'il va bien, s’il peut le faire en toute sécurité affective, émotionnelle et physique c’est que sa relation avec l’adulte est positive.

 
 

  

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