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Billet de blog 21 juillet 2013

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Histoire de Pe Zanno et de Ti-Foufou

Conte de Marie-GalanteJolis oiseaux, poids plume !

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Conte de Marie-Galante

Jolis oiseaux, poids plume !

Il était une fois un homme qui s’appelait Pe Zanno.

Il vivait du produit de la culture des patates et des pois des bois.

transfaire.antilles.inra.

Un jour que les pois des bois venaient juste de fleurir un petit foufou vint en butiner les fleurs.

Lorsque Pe Zanno le vit faire il se mit en colère et le menaça :

- «  Tu me détruis, toutes mes fleurs, tu vas le payer ! »

Il alla chercher un pot de glu et très tôt le matin, il choisit l’arbuste le plus fleuri, l’inonda de glu et se cacha.

Ti-Foufou en arrivant alla droit vers cet arbuste et il resta aussitôt collé à la fleur qu’il avait commencé à butiner. Il y avait tellement de glu répandue que son bec mais aussi ses ailes et ses pattes en furent tout imprégnées.

Pé Zanno sortit alors de sa cachette :

- « Ah ! Te voilà bien attrapé, scélérat » et, saisissant Ti-Foufou par le cou, il ajouta : « je vais te tuer »

 Ti-Foufou apeuré s’écria :

- « Pé Zanno, je vous en prie, écoutez-moi : j’ignorais totalement que vous cultiviez ces pois des bois, croyez-moi, je vous jure que je ne le savais pas ! »

Mais Pé Zanno ne voulut rien savoir et il prit un bâton.

Voyant cela Ti-Foufou s’affola davantage encore et pleura :

- « Pé Zanno, je vous en supplie, ne me tuez pas, qui sait si un jour vous n’aurez pas besoin de moi ?»

Pé Zanno ne répondit pas et marcha longtemps en gardant le silence, puis il finit par dire :

- « Allez, vas-t-en, mais n’y reviens pas car il n’y aura pas de deuxième fois : si je te vois encore rôder autour de mes pois, ce sera tant pis pour toi ! »

Ti-foufou s’éloigna du mieux qu’il put avec toute cette glu qui le gênait dans ses mouvements. Il eut le plus grand mal à s’en débarrasser. 

Longtemps après, Pé Zanno alla chercher du  bois de campèche. Arrivé au milieu de la forêt  il vit un géant qui avait une barbe touffue lui arrivant jusqu’au nombril. Celui-ci vint droit sur lui et lui dit :

-   « Comment vas-tu Pé Zanno ? »

-  « Ça peut aller »

-  « Voudrais-tu m’aider ? »

-  « T’aider à quoi ? »

-  « A raser ma barbe, regarde comme elle est longue ! »

-  « Comment ferais-je, je n’ai pas de rasoir ? »

-  « Ah, mais moi j’en ai un tout neuf ! »

-  « Bon, assieds-toi là ! Mais ta barbe est trop longue, trop touffue, ça va me prendre trop de temps et j’ai très faim, moi ! » 

Pendant que Pé Zanno rouspétait le gros homme s’était affalé sur une souche.

Pé Zanno fut bien obligé de faire ce qui lui était demandé. Mais plus il coupait de barbe plus il lui semblait qu’il y en avait.

Quand enfin il arriva à raser une joue entière, il entendit un bruit de pas lourds dans son dos. Il se retourna et se retrouva face à une femme énorme. Il comprit que c’était la femme du géant.

Elle le regarda sans rien dire.

Il reprit son travail, la femme restant derrière son dos.

Quand il eut finit le géant se leva, sortit un éclat de miroir brisé de sa poche et s’exclama :

-  « Ah ! C’est comme ça que je suis ? Ça ne me va pas du tout ! Pé Zanno  rends-moi la barbe que tu m’as enlevée ! »

-  « Par tous les diables de l’enfer, espèce d’abruti, c’est impossible ce que tu me demandes de faire !  Fallait pas me demander de la couper ! »

La femme du géant gronda :

-  «  N’insulte pas mon mari, c’est toi l’abruti et puisque tu parles de diables, tu vas en voir pas plus tard que maintenant ! »

Elle frappa sur son ventre et plein de petits diables avec qui une scie, qui un couteau, qui une machette en sortirent.

 Ils firent immédiatement cercle autour de Pé Zanno en se tenant par la main et en chantant :

-  « Pé Zanno rends sa barbe à papa ! Et plus vite que ça ! »

Il était impossible à Pé Zanno de s’enfuir.

Soudain, il se mit à tourner sur lui-même à toute vitesse.

Ti-Foufou passant par-là vit que Pé Zanno était en danger.

Comme il aimait jouer du violon, il eut une idée : il alla chercher son instrument et, dès qu’il fut de retour, se mit à en jouer avec entrain.

Vecteur composition florale à l'hibiscus

En entendant la musique, les diables se mirent à danser de manière frénétique.

Cependant, cela désensorcela Pé Zanno qui en profita aussitôt pour s’enfuir.

Après avoir descendu une morne sans faire de bruit, il courut du plus vite qu’il put.

Pendant ce temps-là Ti-foufou jouait du violon de plus en plus rapidement et de plus en plus fort. Et tous les diables continuèrent à danser sans se soucier de Pé Zanno.

Tous ? Non ! Il y avait un tout petit diable qui tenait la robe de sa mère et lui ne dansait pas !

Il criait :

-  « Vous ne faites que danser, danser, danser et vous ne voyez même pas que Pé Zanno n’est plus là ! »

Ti-foufou tenta de couvrir sa voix avec la musique de son violon mais à la troisième fois que le petit diable cria que Pé Zanno s’était enfui, les autres diablotins s’arrêtèrent net de danser pour pour se mettre à sa poursuite.

Mais ils ne le retrouvèrent pas.

Ti-foufou se posa alors sur le toit de la maison de Pé Zanno et lui dit :

-  « Pé Zanno vous vouliez me tuer pour protéger vos fleurs de pois, mais sans moi contre les diables vous n’auriez pas fait le poids ! »

Pé Zanno couché dans son lit encore tout tremblant de peur dit à Ti-Foufou :  

-  « Ti-Foufou, merci de m’avoir sauvé la vie. Vas, mon fils, vas : tu peux sucer toutes les fleurs de pois que tu voudras ! »

-  « Non, je ne le ferai pas car je ne savais pas que vous vous nourrissiez de ces  pois des bois . Comme je passais par là et que j’ai vu l’arbuste, j’en ai sucé quelques fleurs. Mais vous m’avez trop fait souffrir ! Vous m’avez laissé en vie, je vous ai sauvé la vie : nous sommes quittes mais je ne veux pas de vous pour ami.

paysagesdeguadeloupe

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