Le burnout parental

La parentalité ce n'est pas que des moments heureux, gratifiants, de bonheur intense et de plaisir et de réjouissance partagées.

 

La parentalité ce n'est pas que des moments heureux, gratifiants, de bonheur intense et de plaisir et de réjouissance partagées.

Cela peut aussi être éprouvé comme un "travail" (dans le sens "torture") pénible, exigeant, contraignant dont on ne peut jamais démissionner. certaines personnes disent même avoir pris une condamnation à vie... ("j'irai au paradis car tu es ma pénitence sur terre") et c'est un ressenti extrêmement douloureux et destructeur.

 Il est impossible de prendre soin d'enfants sans éprouver du stress : par rapport à tous les accidents qui pourraient leur arriver que ce soit à la maison ou dans la rue quand ils vont à l'école, au parc avec leurs copains etc...

 A priori ce stress est positif car il permet aux parents d'être en situation de vigilance concernant les  dangers  dont les enfants pourraient être victimes.

Cependant, ce stress - qui est à la fois physique et émotionnel - conduit parfois à une perte d'énergie qui  crée une distanciation émotionnelle avec les enfants empêchant de prendre du plaisir à interagir avec eux/elles et peut dégénérer en burnout quand le.la parent.e est toujours trop angoissé.e, déprimée se sentant perpétuellement mise en situation d'échec alors qu'il.elle idéalisait le parentage.

 Ce burnout parental se traduit par un épuisement qui débouche sur un manque d'énergie dès qu'il s'agit de prendre soin des enfants et aboutit souvent à une parentalité froide, dénuée d'affection et à une perte d'épanouissement parental.

 Le.la parent.e atteint.e ne ressent progressivement plus aucun plaisir à interagir, parler et jouer avec ses enfants, il.elle trouve cela stupide, dévalorisant car il.elle le perçoit comme infantilisant et s'ennuie mortellement. Par ailleurs les exigences éducatives imposées par le milieu et qui font peser sur le parent un regard jugeant les met en permanence en difficulté

De plus ces parents rejouent souvent ce que leurs propres parents ont vécu et éprouvé à leur égard quand il.elle.s avaient l'âge de leurs enfants et s'identifient inconsciemment à ceux-ci.

Peut-on traiter le burnout ?

Pour pouvoir le faire encore faut-il pouvoir le repérer et ne pas le considérer comme "normal", "allant de soi" et être capable de prendre de la distance avec les manifestations émotionnelles et affectives des enfants sans les vivre comme "irritantes", "mal venues", "provocatrices" comme leurs propres parents leur en avait renvoyé l'image quand eux/elles-mêmes étaient enfants.

Il est aussi nécessaire :

- d'acquérir la capacité d'exprimer ses limites aux enfants en s'en appropriant la responsabilité ("quand tu fais, agis ainsi je ressens telle émotion (de la gêne, de l'irritation, de la colère...) et ce ressenti fait que j'agis de telle façon") ce qui permet à l'enfant de dire ses propres motivations qui sont souvent très éloignées de l'interprétation du parent.

- d'accepter ses propres faiblesses et de lutter contre le désir de perfectionnisme parental qui consiste à avoir un enfant "parfait" en toutes circonstances.

 Il est essentiel pour les parents qui ont pris conscience de leurs difficultés relationnelles avec leurs enfants et des souffrances que celles-ci induisent pour eux/elles-mêmes de parler avec des personnes de confiance avec lesquelles il.elle.s pourront les exprimer sans crainte d'être jugé.e.s. 

Cela leur permettra de prendre de la distance avec l'image de la mère, du père idéalisé.e.s qui leur est renvoyée socialement - souvent par le biais des publicités - comme un modèle incontournable car allant de soi et ainsi d'avoir avec leurs enfants des relations non contraintes par le regard social extérieur (intégré intérieurement) et de passer du temps de relations humaines authentiques avec leurs enfants. Cela réduira considérablement la pression de la société imposant un modèle parental parfait.

Les enfants ressentent intensément le burnout de leurs parents et culpabilisent, s'en sentant responsables, ce qui les amènent à avoir des comportements de mal être perçus comme désagréables, voire irritants par leurs parents.

Le burnout parental est plus important dans les pays du nord - dans lesquels l'éducation des enfants est une affaire privée au sein d'une famille et communauté réduite - que dans les pays du sud et les communautés autochtones où elle est sous la responsabilité de la collectivité villageoise ou/et familiale. Les USA et la France, par exemple, sont particulièrement concernés par ce syndrome de mal être parental parce que ce sont ceux parmi lesquels la pression sociale et institutionnelle est la plus forte et péjorative.

Les parents en burnout sont de plus en plus nombreux.ses bien plus que ceux/celles qui ont un stress modéré.

Les conséquences en sont lourdes : les parents ont des problèmes de santé physique, d'addictions, des envies suicidaires, de tout plaquer et peuvent devenir violents avec leurs enfants se ressentant persécutés par eux/elles...

En soi cependant, le stress parental est loin d'être négatif : c'est un système d'alerte qui prépare les parents à anticiper les besoins de leurs enfants et à protéger ceux/celles-ci de risques éventuels.

Ce sont les raisons sociales "éducatives" qui peuvent l'empoisonner en le détournant de sa fonction vitale première.

Être parent est un engagement que l'on prend pour la vie et si l'on n'est pas prêt à l'assumer ou si on le refuse psychologiquement cela a des conséquences plus ou moins graves :

- sur les enfants qui peuvent alors être victimes de négligences, de violences verbales, psychologiques, physiques sous prétexte de "châtiments" forcément "éducatifs" ("c'est pour ton bien").... 

- sur les parents qui se sentent persécuté.e.s par la parentalité et les obligations qu'elle leur impose qu'il/elle.s n'avaient pas anticipées (mais est-ce possible ?) ou sous estimées . Trahi.e.s par l'image idéalisée qu'on leur avait "vendue" de la parentalité.  

Il est particulièrement dur d'être parent dans une société qui a comme concept principal celui "d'éduquer" les enfants, c'est-à-dire de les obliger à se conformer à un modèle social préétabli qui ne tient pas compte de leurs particularités en tant que personnes à part entière à chaque moment de leur développement.

D'où un sentiment destructeur de mise perpétuelle en échec qui devient un cercle vicieux. 

 

 

 

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