Lettre au Président

Mercredi 11 mars 2009,

Monsieur Le President de la République,

Vous venez Monsieur Le Président de me faire vivre les heures les plus difficiles de ma vie d’infirmière de secteur psychiatrique. Vous venez de violer l’espace protégé de mon Hôpital en y faisant entrer des chiens, des vigiles, des militaires, un hélicoptère , pour une grande chasse à l’homme. Vous venez d’enfreindre d’une façon ultra violente un espace de tout temps hautement protégé par des humains vigilants à apaiser la souffrance humaine. C’est de cette protection là dont nous avons besoin Monsieur Le Président. Cet espace là constitue ce que ANZIEU nomme "l’enveloppe psychique", limite symbolique nécessaire à la reconstruction d’espaces psychiques en souffrance. Cette sécurité là est assurée par des humains ! qui travaillent ensemble, qui pensent ensemble, qui s’affrontent parfois dans leurs différences, et surtout qui prennent le risque de la rencontre avec un autre qu’"eux", dont ils se sentent aussi le semblable, parce qu’ils savent que c’est à trtravers l’échange de ces regards croisés que l’on peut se rapprocher au plus près de ce qui fait la magie du fonctionnement psychique. Sachant sans cesse s’enrichir des confrontations, des limites toujours fluctuantes entre les individus, sachant aussi se laisser "bousculer", confiants et sereins. Vous pourriez Monsieur Le Président instaurer une muraille autour de cet hôpital, il en sera pourtant toujours ainsi de la nature humaine : elle aura toujours besoin de s’affronter aux limites, quelle qu’elles soient.Vous savez brillamment l’illustrer tous les jours. Vous m’avez blessé Monsieur Le Président, et, une fois l’état de choc dépassé, il me reste aujourd’hui suffisemment d’énergie pour lutter encore pour les valeurs humanistes qui sont les miennes. ET plus grave encore :Vous avez blessé bien plus profondémment ,Monsieur Le Président, des humains en souffrance à la recherche d’une terre hospitalière et sereine qu’on leur avait venté tel une terre promise, à l’abris des tempêtes d’un monde en crise. Je ne trouve aucun mot Monsieur pour vous exprimer l’intensité des émotions que vous me faites vivre en ce moment, tant tout ceci me conduit dans un univers jamais imaginé. Aujourd’hui, je me sent l’âme guerrière. Vous serez surpris Monsieur Le Président d’avoir su réveiller avec autant d’intensité la conscience collective d’un peuple absolument conscient des enjeux politiques du moment.

Je vous assure Monsieur Le Président, du profond respect que je porte à votre fonction. Valérie Wiand Infirmière de secteur psychiatrique

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