Crise de la dette ou crise tout court ?

Un article passionant de Médiapart intitulé CRISE DE LA DETTE AMERICAINE : LES PLUS PAUVRES EN PREMIERE LIGNE (comme s'il pouvait en être autrement) m'inspire plusieurs remarques un peu générales sur la situation que rencontre les USA et à mon avis l'Occident d'une manière générale dont bien entendu l'Europe.

C'est au quotidien que l'on entend dire qu'il faut moins d'Etat un peu comme s'il s'agissait de faire de ce postulat un objectif ultime à atteindre. Un tel raisonnement implique une privatisation d'à peu près tout, et un seul régulateur : Le marché dont les règles sont plus "Darwiniennes" qu'autre chose.

Stangle for life ? Non ... Strangle the life tout court.... Que le plus fort l'emporte et tant pis pour les autres. Au passage tournons le dos à tout ce qui fait la civilisation...

Dans l'article, il y a un passage où il est dit que "le plus gros des dépenses de l'Etat reste en effet ce volet social." Que des intérêts privés et financiers parlent ainsi on peut le comprendre mais que des politiciens, que la notion même d'Etat, à amené là où ils sont scient à ce point la branche sur laquelle ils sont assis me laisse un peu sans voix.

A quoi peut servir un Etat où tout est privatisé, qui ne redistribue plus rien et qui ne s'occupe même plus du volet social d'une société humaine ? Serions nous face à la fin de la notion d'Etat et d'appartenance à un groupe social ? En a t-on mesuré les conséquences réelles ?

Comment des élites politiques qui prônent de telles choses espèrent elles se maintenir en dehors des effets d'une décadence complète de l'Occident ?

Il y a quelques mois, j'avais expliqué que j'étais surpris d'entendre aux USA ou en Angleterre des arguments que l'on retrouve en Europe mais aussi ailleurs ... "Ils font exploser nos dépenses militaires, ils continuent d'offrir chaque année des réductions d'impôts aux plus riches et ils sont responsables de cette curie économique" Cela ne vous dit rien ?

Personne au sein des élites occidentales ne réalise qu'il y a comme une "internationalisation" de constats accablants et de revendications assez identiques dont ils sont la cible lorsqu'il s'agit de désigner les coupables. Alors même que l'espérance de vie à cessée de croître aux USA, l'Europe et la France s'engage dans une réforme des retraites en utilisant l'argument d'une espérance de vie qui vient de voir passer cette dernière de 77 ans à 78 ans pour un homme après plusieurs décennies...Quand même !!

"Qui paiera pour cela et pour le remboursement des médicaments, excessivement chers aux Etats-Unis..." Mais vous ma bonne dame ou mon bon Monsieur sauf... Sauf si bien entendu vous aviez le bon goût de mourir avant ! Nous verrons dans 20 ans si les centenaires sont si nombreux que celà !

Dans un registre plus général, mais toujours lié à cette déraison qui gouverne le monde sans jetter un oeil sur l'avenir, il y a une remarque dans l'article disant que "... La plupart des aides vont directement aux retraités, aux personnes souffrant d'un handicap ou aux services à l'enfance..." Il s'agit de celles qui sont sur la sellette bien entendu ! Si l'on y regarde de près, ce qui pourrait être se voir remit en cause c'est ni plus ni moins que le droit de mourir et de débuter dignement dans la vie. Une telle apologie de l'individualisme est tout simplement criminel !! On ne s'y prendrait pas autrement pour dynamiter un pays et la société qui le compose!! Mais où se situe la notion d'avenir dans un tel raisonnement ? Qui pourrait encore vouloir des enfants dans un monde où la formation et la mort ne sont pas organisées ? Qui ?

Certains passages nous ramènent à un moyen âge que l'on pensait révolu :" ...de la possibilité pour des millions d'Américains d'acheter à manger, de payer leurs factures, leur loyer ou leurs emprunts, bref de survivre tout simplement...» On y retrouve l'espoir dans un sursaut de lucidité pour les uns : "... Si ces chèques ne sont pas envoyés le 3, ce serait tellement catastrophique pour tellement de personnes que je ne pense pas que ce sera le cas.» et de vaines tentatives d'avertissement pour les autres : "... S'il n'y a rien à manger, ils vont aller en ville, commencer par attaquer les magasins puis tout casser..." Dans un cas comme dans l'autre personne n'étant responsable tout le monde se rejettera la culpabilité et resteront sur le carreaux les plus faibles comme d'habitude.

Bien entendu que ce sera voté, mais il s'agira de reculer pour mieux sauter et rien d'autre tant il n'est pas question de remettre en cause le système qui nous conduit dans le gouffre.

Tout ne devient qu'illusion y compris dans le contrôle que l'on peut avoir de la situation "...Ces millions de retraités, forts de leur poids politique dans la campagne présidentielle à venir..." Quel poids politique quand il n'y a plus d'Etat ? Quel poids politique dans un société qui se morcelle tellement qu' aucun groupe social n'y est plus représentatif ? Lequel ????

"le gouvernement devra trouver d'autres coupes budgétaires moins dangereuses politiquement." Ben voyon !! Et avec quelles marge de manoeuvre ? N'est-ce pas un empereur Romain qui expliquait que si l'on pouvait tondre les moutons il ne fallait jamais les écorcher ? Les USA envisagent maintenant d'en vendre la peau. A quand la viande ?

"La crise de 1995 avait duré deux mois", mais celle qui arrive est une tourmente d'une utre ampleur à mon avis... "Ils ne peuvent pas faire ça, ou bien alors je vous préviens que je vais foutre le bordel... un sacré bordel..." Mais si "ils" le peuvent car de toutes manières personne n'est réellement responsable. Et seul les plus faibles seront touchés par ce "bordel" .... C'était bien essayé !! Mais ce sont des polices privées largement soutenue par des lois d'exceptions tuant ce qui restera de démocratie qui feront cesser "le bordel"

Bien entendu, mon billet n'a pour seul intention que de constater le mouvement d'une roue que j'ai largement participé à faire tourner en mon temps et à mon humble niveau ... Comme nous tous d'ailleurs, sauf que la roue nous a échapé et que personne ne saura la stopper ... Enfin jusqu'au premier ravin !!

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