Le Cauchemar d'une famille

Le cauchemar d'une famille.

Il est 9 heures .Comme chaque Vendredi les Babel Andrieux, issus tous les deux de la fine fleur genevoise s'apprêtent à rendre visite à leurs quatre enfants. La vie de Sandrine et de son mari Serge 50 ans, a basculé il y a dix sept mois. « Nous nous battons depuis 17 mois pour récupérer Mathieu 6 ans autiste, Aurélien 8ans fibromateux qui a subit plusieurs interventions chirurgicales pour sauver sa jambe droite, Thomas 11ans prématuré opéré plusieurs fois de ses deux tibias et Raphael 10 ans qui connait subitement des problèmes oculaires. Je ne survis que grâce à un réseau de gens qui m'aiment et me soutiennent» révèle cette mère dont le visage aux traits tirés trahit une profonde inquiétude .

Mais que s'est il passé?

 Le théâtre de la journée du 17avril 2012, sera totalement surréaliste. Alors que les enfants sont à l'école, les assistants sociaux du service de la protection des mineurs -SPMI- accompagnés des gendarmes débarquent et enlèvent trois de leurs enfants terrorisés, sous les yeux de leurs camarades. Ils se rendent ensuite au domicile familial enlever le cadet. « vous subissez le même syndrome que celui des familles au moment de la rafle du veld'iv » dira plus tard une psychologue à Sandrine

Ce serait après avoir refusé de scolariser Aurélien du fait de son handicap, que la direction de l'établissement alerte le SPMI. Elle dénonce un manque d'hygiène et notamment selon la famille, une odeur mal odorante émanant de la jambe plâtrée d'Aurélien qu'i a depuis 4 mois, ainsi qu'une négligence vestimentaire .«Ce n'est qu'au bout de deux semaines que le tribunal nous avertit que Raphael et Thomas sont enfermés au foyer spécialisé et leurs frères en pédiatrie à l'hôpital deGenève. » déclare Sandrine Babel Andrieux. Le couple ne reverra leurs deux cadets que trois semaines plus tard et au bout d'un mois leurs deux autres fils.

Les avocats de la famille se livrent alors à une bataille juridique pour tenter de récupérer les 4 enfants. Le couple récupèrera provisoirement Aurélien en août 2012 et les deux ainés 3 mois plus tard «dans un pitoyable état psychique et physique» indiquera Marc Falquet, député du UDC depuis 2009 au Grand Conseil genevois

Madame Walter, experte psychiatre nommée par le tribunal rendra son rapport en octobre 2012 . Elle indique que Thomas régresse en présence de sa mère, et présente des troubles psycho affectifs. Elle ajoute que Raphael est sujet à un trouble somatique, qu'il joue de façon compensatoire au football, et enfin qu' Aurélien n'est pas aidé sur le plan psychomoteur. Quant à Mathieu, il est sujet un trouble envahissant du développement et sera interné en unité pedo psychiatrique . Le couple porte plainte le 26 novembre 2012 contre Madame Walter, le SPMI, l'école de Compesières, ainsi que le juge du tribunal pour enlèvement, séquestration, mauvais traitement, et mis en danger de mort sur les enfants. L'experte modifie son rapport, et conclu en décembre 2012 à un état psychotique chez Mathieu, lié aux parents. Pour pénétrer dans l'unité où Mathieu a été enfermé pendant 11 mois , un infirmier contrôle l'ouverture de la porte automatique. Une fois ouverte, un petit couloir mène à sa chambre. Une pièce dont le seul mobilier est un petit matelas à même le sol, recouvert d'un drap et d'une couverture, à côté duquel quelques jouets épars donnent les seules couleurs à cette chambre aux murs blancs, au périmètre restreint et dont la lumière filtre par deux fenêtres. «Nous avons mis 6 mois pour savoir dans quelles conditions était enfermé notre fils. Il avait des ecchymoses à l'oeil et aux jambes. Il ne parlait pas du fait de son autisme et ne pouvait nous raconter qui s'était passé. Lorsque je venais lui rendre visite je le voyais, sa petite tête appuyée contre la fenêtre à surveiller mon arrivée lorsque je le quittais, c'était un déchirement pour nous deux» révèle Sandrine.

Les Babel Andrieux se refusent de se soumettre à des tests psychiatriques suite à quoi le tribunal retire le droit de garde aux parents..

Les enfants revivent un mauvais remake aux aurores du 22 aout 2013. Le SPMI assistés des policiers pénètrent dans l'appartement familial. Ils neutralisent la nurse la plaquant contre un mur.Les enfants sont réveillés brutalement. Ils s'en emparent. Alertés, les parents rentrent à la hâte. Ils s'acharnent sur le téléphone. Tout passe en revue, les services de police, foyers, et autres hôpitaux «Nous avons pu joindre Mr Branbilla du SPMI qui nous a dit nous avoir enlevé nos enfants car deux d'entre eux sont malades».

Les quatre frères sont depuis enfermés aux foyers Pierre Grise et Sous Balme à Genthod. Les parents ont un droit de visite d'un jour par semaine concernant les trois ainés, et un droit de garde de leur petit cadet chaque week-end. Thomas ne comprend pas ce qui lui arrive ainsi qu'à ses frères. Il reste prostré au fond de son lit, ne s'alimente presque pas, ne veut pas se mêler ni parler avec les autres enfants. Ses plats sont servis dans sa chambre. Ses jambes douloureuses ne semblent pas être suffisamment soignées par les éducateurs qui parfois perdraient patience. Ils évoqueraient que tout ceci ne serait que psychosomatique. Cela fait une semaine que Thomas ne s'est pas été lavé. C'est sa mère qui s'en charge lorsqu'elle vient lui rende visite. «Il ne reçoit pas ses 10 gouttes journalières de Tramal pour calmer ses douleurs. Les infirmiers prétextent ne pas retrouver l'ordonnance ! On met mes enfants aux anti- dépresseurs ce qui les rend malade, et les détruit » s'indigne leur mère révoltée devant le manque de réactivité du personnel hôspitalié, mettant en danger la vie de son fils. Roland Bugnon l'avocat des époux Andrieux écrit à la présidente du tribunal le 26 septembre dernier afin que le Tramal nécessaire à Thomas lui soit administré, et que le personnel éducatif veille à son hygiène. Il soulève également la santé préoccupante de cet enfant qui ne s'alimente pratiquement plus.

Marc Falquet a déposé plusieurs requêtes afin que les actions du SPMI cessent qui jusqu'alors, n'ont pas été entendues avec sérieux.« Beaucoup d'enfants sont enfermés dans les foyers dont certains sont même en sur nombre. Des enfants y sont depuis des années. Les Babel Andrieux ne font l'objet d'aucune plainte pénale. Excellents parents leurs enfants ont été enlevés sous de faux prétextes. Mathieu, déclaré autiste léger, a été enfermé pendant plus de dix mois en pédopsychiatrie par le juge du tribunal . Ce juge assume t -il le quotidien d'un gosse interné avec pour seul meuble un matelas posé au sol ? L'experte psychiatre nommée par le même juge a émis un faux diagnostic dit de « psychose » chez cet enfant. Mathieu souffre en réalité d’un trouble du spectre autistique , diagnostique rendu en octobre 2012 par Hillary Wlide Wood expert de l'autisme sur le plan international».

. Florence Kraft, conseillère municipale PLR s'insurge. Elle dénonce les dysfonctionnements de l'institution. «Mathieu n'est pas scolarisé ! Notre loi de 2008 oblige les écoles à scolariser tout enfant handicapé avec le suivi et moyens spécifiques, dont une infirmière. Paradoxalement, nous avons une structure qui enlève les enfants à leurs parents parce que le handicap est mal vécu et mal connu. On se borne à criminaliser les parents et les enfants. Cela est totalement absurde. Selon les normes de l'Organisation Mondiale de la Santé, on a pas le droit d'enlever un enfant handicapé à sa famille, surtout s'il est autiste. Mathieu et ses frères se doivent de réintégrer d'urgence leur univers. »

Mr Gauthier député PLR déclare quant à lui «C'est une histoire complexe que le cas de la famille Babel Andrieux que je connais très bien. Nous nous devons à la confidentialité puisqu'il s'agit de mineurs. Dans l'état et malgré l'article de presse du journal Vigouss et la virulence des propos de Monsieur Falquet, je crois que ce dernier ne peut pas être totalement affirmatif dans sa prise de position contre le SPMI et la juridiction.»Laurent Moutinot directeur du SPMI jusqu'en février 2013, et Conseillé d'Etat PS jusqu'en 2009 qui a très bien connu le cas Babel Andrieux, nous rapporte «Je n'ai rien à dire concernant cette histoire. La famille Babel- Andrieux est une famille puissante qui n'a pas arrêté de porter plainte. Les parents sont complètement hors de la réalité. C'est notre système judiciaire qui a décidé du placement des enfants» .

Plusieurs questions restent en suspend. Pourquoi, Marina Walter, la pédopsychiatre qui dans son rapport en date du 19 décembre 2012 relate « Que le développement de Mathieu serait compromis s'il restait auprès de ses parents en raison de son fonctionnement psychotique» nous affirme désormais: «je n'ai jamais parlé d'état de psychose concernant cet enfant

Pourquoi Mathieu est il enfermé au foyer Pierre Grise alors que son directeur, s'avoue incompétent en matière d'autisme dans un email qu'il adresse à la famille le 8 août 2013? Pourquoi Mr Laurent Moutinot, dans un courrier adressé à la juge en mars 2013 demande que Mathieu reste hospitalisé « compte tenu de sa problématique de santé», alors que l'hôpital a émis un avis contraire ce dont il fait état dans le même courrier?

Raphael, Thomas et Aurélien réclameraient leur droit à la parole, or à ce jour ni le tribunal, ni le SPMI ne semblent y prêter attention. Pour quelles raisons selon la famille, les curateurs de Mathieu et des ses frères ne les ont-ils jamais rencontrés? L'un d'eux que nous avons contacté nous déclare ne pas vouloir s'exprimer à ce sujet.

Nous nous sommes rendu a proximité de la cour de l'école. Au milieu de ses camarades, Aurélien est isolé et semble perdu. Il boite, et se déplace avec difficulté et gravit péniblement les escaliers de la cour du fait des 10 cm qui différencie sa jambe droite de la gauche puisqu'elle n'est pas dans son axe naturelle . A une centaine de mètres de là, une rampe d'accès pour handicapé est installée. Pourquoi cet enfant ne peut il pas en profiter, et qui plus est, ne bénificit- il d'aucune aide médicalisée?

La direction de l'école de Compesières reste prudente sur le cas de cette famille « de manière générale, l’enseignement public genevois n’est en aucun cas discriminant en ce qui concerne les élèves en situation de handicap. Au regard des conditions de chacune des écoles primaires du canton, les dispositifs et les solutions apportés peuvent être différents, étant entendu que notre priorité reste en tout temps d’assurer aux élèves une scolarisation régulière et normalisée lorsqu’une difficulté ponctuelle ou chronique apparaît » nous affirme elle .

Le 30 septembre 2013, la présidente du tribunal Emmanuelle de Montauzon a restreint l'autorité parentale sur la santé de leurs enfants car ils «s'opposent de manière récurrente à toutes les démarches entreprises en faveur de leurs enfants ».La famille va déposer plainte auprès de la Cour Européenne des droits de l'homme pour non- assistance à personnes en danger. Maitre Bugnon a envoyé le 18 octobre un fax a la présidente une requête relatant «que le placement de leurs enfants en foyer est un échec total, que la santé et le développement de chacun d'eux s'étant à l'évidence nettement péjorés»

A ce jour Mathieu n'a toujours pas de thérapie et n'est pas scolarisé. Lui et ses frères ne se voient plus, puisqu'ils sont placés dans 3 endroits différents. Seul le cadet rentre chaque week-end. La santé de Thomas s'est gravement détériorée . Enfermé en unité pédopsychiatrique depuis plus d'une semaine jours, il y passera même son 12eme anniversaire . Il est examiné par les psychiatres dans une petite chambre sécurisée, sous surveillance vidéo. Même la nuit on n'y éteint pas la lumière. «Je veux rentrer à la maison!» sont ses uniques parole.

LE SPMI une institution sans contre pouvoir !

C'est par la fusion de deux institutions liées aux services des mineurs que le SPMI voit le jour le 1er juillet 2006. Ses locaux sont installés à Genève, face au tribunal de la protection de l'enfance et de l'adulte. Il compte en son sein environ 80 assistants sociaux au pouvoir décisionnaire de placer en foyer tout enfant en danger. Considérée comme «divine» leur parole ne fait aucun doute auprès des magistrats. Sur simple dénonciation, les assistants sociaux sont habilités à débarquer et si besoin, assistés des forces de l'ordre pour s'introduire dans les habitations de ces familles qu'elles soient Suisses ou de nationalité étrangère. Problématiques? les familles se devraient de payer la facture suite à l'enfermements de leurs enfants Une fois les enfants ôtés, les familles reçoivent la facture dont elles doivent s'acquitter chaque mois envers l'état. «Nous payons environ 1000 francs suisse par mois et par enfant!» souligne Sandrine Babel Andrieux.

Selon le député Falquet, ces enlèvements serviraient il un commerce juteux? «Tout le monde y trouve son compte, l'Etat, les foyers, les psychiatres, dont Genève compte la plus grande concentration dans le monde, mais aussi le médical payé par les assurances obligatoires». Mais que se passe t-il lorsque les familles ne peuvent pas payer ? Elles sont poursuivies par les huissiers. La famille R. vit à ce jour cette situation. «C'est suite à la dénonciation calomnieuse de nos voisins que les assistants sociaux sont venus nous reprocher d'élever nos deux enfants en compagnie de notre chien ! Le SPMI nous a obligé à prendre un éducateur spécialisé sous peine de nous retirer nos enfants. Cela nous coûte 1600 francs suisse par mois. Je fais des ménages, mon mari est électricien. Asthmatique, il a fait un arrêt respiratoire dû à ce stress. Nous n'arrivons plus à payer nos impôts. J'ai peur qu'on nous enlève nos enfants». Certains se retrouver alors dans une spirale d'endettement dont la situation les pousse vers la précarité. De ce fait, il arrive que père ou mère dérive vers la dépression. Ils seraient  contraints sur ordonnance de justice, à se soumettre à des examens psychiatrique. Il pourrait en résulter  une restriction voir une interdiction de leur droit de visite sur leur enfant dont le SPMI aurait motivé au préalable la justice aux fins de leur placement.

Plus d'une dizaine de députés PS avaient déjà en 2004 déposé vainement une motion et relatent les dysfonctionnements du SPMI. Ils proposent d'autres alternatives, comme des aides financières aux familles plutôt qu'un placement systématique en foyers

En novembre 2010 le syndicat des services publics Genevois a rendu public le livre noire du SPMI. Celui-ci nous fait part de ses dysfonctionnements inquiétants avec un manque de formation de ses assistants sociaux en sous effectifs. Il dénonce la vétusté de ses locaux ou règne un total manque d'hygiène, des sols sales où les enfants trainent par terre. Les entretiens entre familles et assistants sociaux sont difficiles, conflictuels, avec un manque total de confidentialité. Aucune coordination entre les dossiers qui ne sont pas mis à jour. Les courriers ont des retards considérables ou ne partent pas, grave problématique qui interfère également sur la santé de ses employés. Une enquête de santé au sein du SPMI révèle en 2009, que 40°/°des assistants sociaux sont dépressifs.

Comment la juridiction peut elle valider la parole des assistants sociaux du SPMI? Pourquoi la juridiction ne s'interroge t elle pas sur les dysfonctionnements troublants comme l'indique le livre noir du SPMI et cette troublante enquête de santé sur ses employés? En Avril 2012 le réalisateur et scénariste Suisse Markus Imbodem met en avant avec son film « l'enfance volée » la problématique des enfants placés, schéma peu connu de l'histoire Suisse .

Enquête et texte william Abenhaim

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