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Billet de blog 27 mars 2021

Interdire l'UNEF

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Il faut interdire les réunions non-mixtes et dissoudre les syndicats étudiants ; voici pourquoi.

La lutte contre le fascisme étant la grande des priorités en France, il est faux de dire que les choses sont ce qu’elles paraissent. Trente enfants qui s’assemblent sous le prétexte d’évoquer leur douleur et ferment la porte à ceux qu’ils estiment ne pas les comprendre forment un rejet ; ce rejet n’est pas loin de l’exclusion, qui ressemble au communautarisme, on doit donc bien parler de sentiment d’impunité, lequel a partie liée à la violence ; or c’est bien par la violence qu’on arriva à la brasserie de Munich.

Les gens qui ferment la porte à ces réunions où l’on blâme les discriminations font subir un affront abominable à ceux qui restent à l’extérieur, parce qu’ils ne peuvent pas aller pleurer avec eux et restent dans le couloir. Il est donc juste qu’ils soient punis.

Ils font d’ailleurs subir, par là, le même mal à ceux qui restent à l’extérieur que celui dont ils se plaignent, attendu que se voir refuser l’entrée à une porte tient du même genre de discrimination que celle d’essuyer le refus d’un emploi sous prétexte de sa couleur de peau, d’entendre dire qu’on a des intentions terroristes parce qu’on porte un voile sur la tête, ou de subir les regards insistants, les paroles moqueuses ou les gestes déplacés des hommes quand on est une femme.

Il n’est pas bon que la parole se libère en France, parce qu’alors on habituera les gens à se plaindre de tout, à ne considérer que la misère dans tout, et on verra bientôt des députés unijambistes, noirs, musulmans et homosexuels à l’Assemblée. Le rapport de force étant, par le nombre, considérablement en leur faveur, il ne fait aucun doute qu’ils submergeront toutes les instances du pouvoir, et qu’alors on ne pourra plus respirer dans le pays.

La jeunesse, qui n’est par ailleurs que la jeunesse, ne doit pas surtout pas avoir droit de parole en démocratie, parce qu’étant le régime le plus libéral, c’est celui où elle est le plus tôt habituée à écouter ce qu’elle sent a priori, sans dogme ni doctrine ; elle voit ce qui lui tombe dans l’âme, et le dit, sans réfléchir, qui plus est avec sérieux. Il est donc nécessaire que ce qu’elle tient pour fort naturel et fort juste n’est que ce qui lui arrive ; mais elle le croit juste parce qu’elle n’a fait qu’écouter ses instincts intérieurs, qui, comme chacun sait, révèlent toujours la part la plus misérable et la plus fausse de l’homme.

C’est d’ailleurs ce qu’a bien compris le Parti socialiste, qui, dans sa profonde connaissance des choses, a dit qu’il se désolidarisait de ces organisations. Le Parti socialiste ayant, surtout à notre époque, toujours été facteur de progrès social, et ayant porté plus qu’aucun autre les idées de solidarité et d’entre-aide, il faut écouter ce qu’il dit, parce que ce serait autrement manquer de sagesse.

La République étant un principe avant d’être un gouvernement, elle se gouverne avec des principes. Il est donc bon d’interdire des choses simples et naturelles au nom des principes républicains, parce que cela donne aux gens l’idée que la République n’est pas encore atteinte, alors que sans cela on tomberait dans l’erreur de penser qu’on y vit. Comme chacun sait, elle n’est qu’un but visé, et la gérer au jour le jour avec des décisions un peu concrètes et de bon sens serait quelque chose de bien mesquin au regard de l’idéal qu’elle se propose d’atteindre ; ceux, donc, qui disent et qui pensent qu’on exclut au nom du principe d’universalisme ne savent pas ce qu’ils disent.

Ces gens qui s’assemblent font d’ailleurs bien voir qu’ils n’aiment pas la France, parce qu’en s’assemblant pour discuter ils montrent qu’ils ne recherchent pas le dialogue, ni la prise de parole, ni cette invitation au courage qui fait qu’on ose s’en saisir pour exprimer son point de vue là où ils seraient plus timides ailleurs, mais seulement à en priver les autres, c’est-à-dire nous, qui nous voyons ainsi, comme on le constate, réduits au silence.

Il ne fait de toute façon aucun doute que la meilleure façon de régler les problèmes dont souffrent les minorités est de ne pas les évoquer en public, ce qui se voit clairement par le fait que les violences faites aux femmes ont commencé avec le mouvement Meetoo, personne n’ayant jamais entendu dire qu’elles existaient avant lui.

Il faut du reste que les souffrances soient bien inégales, pour qu’on se sente en droit d’interdire l’accès à une réunion où l’on s’assemble et on se plaint. Or, à y regarder de près, les offenses faites aux minorités ne sont pas si grandes depuis qu’on a instauré la discrimination positive, par laquelle nous vivons dans une grande démocratie universelle, où la parole d’un noir, d’une femme, d’un immigré, d’un homosexuel, d’un musulman, d’un transsexuel, vaut à peu de chose près celle d’un homme blanc hétérosexuel. On le voit au fait que tous vivent mélangés dans les mêmes quartiers, ont accès aux mêmes études, occupent par la suite des postes où la qualification et la rémunération sont similaires, et se voient accorder l’accès à une représentation politique tout à fait équitable.

Quand les gens commencent à se plaindre de quelque chose, il est bon de le leur interdire : le temps aidant, ils finiront peu à peu par oublier de quoi ils se plaignaient, et, sans parole ni prise de conscience publique, la situation reviendra d’elle-même à son équilibre naturel, ce qui s’est vu par le fait que le cinéma et l’église ont tous deux réglé leur problème de viols et d’abus dans le silence sans même qu’il n’y eut besoin d’en parler.

Ceux qui pensent que ces exclusions des personnes représentant la majorité dominante des réunions ne sont que temporaires, et que cela fait un mal pour un bien qui aidera à libérer la parole ont tort de le penser ; on énervera beaucoup plus les esprits et les consciences en les faisant échanger les uns avec les autres qu’en les étouffant avec un couvercle, comme on a pu le voir dans les manifestations de Black lives matter, qui se sont passées dans un calme des plus circonspects, et en toute modération.

Il faut d’ailleurs que ces gens soient bien hypocrites et de mauvaise foi en interdisant l’accès à leurs réunions à ceux qu’ils tiennent pour représentants de la classe dominante. Imaginerait-on une réunion d’hommes blancs du XVIe arrondissement de Paris, qui aurait pour but d’évoquer les souffrances qu’ils endurent devant les autres communautés, les moqueries, les préjugés, les discriminations, les contrôles au faciès, et ce genre de choses bien détestables, et que pour se sentir plus à l’aise ils fermaient leur porte aux noirs, aux femmes, aux musulmans, aux homosexuels, ou que sais-je encore, ce sont ces mêmes gens qui demandent aujourd’hui à garder leur porte fermée qui râlerait de voir que, là, elle n’est pas ouverte. A souffrance égale il faut des mesures égales, autrement ce n’est pas réciproque; et chacun sait que ces souffrances sont égales.

Il est faux de penser que l’écoute, l’entraide ou la compréhension est le grand principe fondateur de la démocratie. Le principe noble au nom duquel il nous faut gouverner, c’est la peur, parce que la peur seule permet de se défier des petites décisions qui semblent n’avoir pas de portée, et voir où la grande chaîne commence et jusqu’où elle mène ; or il est indéniable que trente jeunes qui s’assemblent doivent susciter la peur et la défiance, parce que c’est ainsi que se sont formés les grands partis fascistes.

Ceux qui pensent, par ces assemblées de jeunes et leurs considérations communautaristes, que les hommes blancs hétérosexuels ne sont plus chez eux en France ont parfaitement raison. Ils doivent craindre que demain le drapeau musulman, ou noir, ou lesbien, flottera au-dessus de chez nous, qu’alors on leur fera sentir, en sens inverse, une discrimination pareille à ceux qu’ils purent leur faire subir ; et cette crainte serait fondée.

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