Cher François,
Je vous regarde avec effarement prendre la parole à l’Assemblée Nationale. Vous vous empêtrez dans vos mensonges. Ma fille est assise à mes côtés, absorbée par la partie de bingo qui se joue sur son téléphone. La tension monte, il ne lui manque qu’un tirage pour toucher le Graal. Elle lève soudainement la tête en direction du téléviseur. Sur l’écran, votre visage M. Bayrou. Elle ne vous connait pas. Seulement de nom. Pourtant elle est en âge de voter depuis quelques semaines. Vous êtes trop vieux pour elle. Vous représentez une France conservatrice, moraliste, catholique qui lui est indifférente.
Sa partie se déroule à présent sans elle. Vous êtes parvenu à capter son attention et je vous en félicite. Elle bute sur vos mots : « [Est-ce que vous croyez que nous aurions scolarisés nos enfants dans des établissements dont il aurait été soupçonné ou affirmé qu’il se passe des choses de cet ordre (les choses étant les viols, agressions sexuelles et abus physiques bien sûr)]. Elle se tourne vers moi. Une petite explication s’impose. Petite, car elle a entendu parler de l’affaire Bétharram bien sûr. Elle se met à rire en me précisant que vous ne deviez pas les aimer beaucoup vos enfants pour les laisser dans un tel environnement scolaire. « Mais ma chérie, personne n’aurait voulu abuser d’eux sachant que leur père est député de la circonscription ». Elle acquiesce. Elle a déjà perdu sa naïveté. Il n’empêche. Toute cette histoire la met dans une colère noire. Elle ne comprend pas le silence autour de tels délits. Celui des représentants légaux et le vôtre surtout. C’est pour elle inconcevable. Vous représentiez l’autorité. Vous devenez donc complice.
Nombreux sont ceux qui s’accordent à valider votre implication dans la connaissance de tels méfaits. Les preuves en ce sens ne laissent aucun doute. Votre défense, alors que Paul Vannier, député LFI et Corinne Capdevielle, députée PS, vous acculent avec pugnacité, est si grossière. Encore une fois, vous faites preuve d’arrogance. Vous mettez en jeu votre probité. Ma fille s’en amuse. Elle me demande si vous êtes de confession catholique. Je lui réponds le plus sérieusement du monde que vous êtes un croyant pratiquant. Elle hausse les sourcils « Moi qui pensait que la parole du Christ était vérité et amour, ben là, je ne sais plus trop ». Il est vrai que question amour, avec l’affaire Bétharram, on repassera.
Vous voyez, cher François, vous êtes misérablement à contre-courant des préceptes catholiques. Vous êtes en fait misérable tout court. Alors que vous devez l’honnêteté à toutes les victimes, à tous vos citoyens, à votre peuple dont vous en êtes le représentant, vous déployez votre énergie à seulement sauver votre peau.
Alors parlons-en des victimes. De tous ces enfants que vous avez abandonné entre les mains d’adultes déviants. Surfant sur la vague de l’émotion, vous n’hésitez pas à les instrumentaliser pour semer le pathos et la culpabilité auprès de vos pairs à l’Assemblée Nationale. Vous avez d’ailleurs été couvert d’applaudissements par vos amis députés et je ne sais toujours pas s’ils vous félicitaient pour votre duplicité.
Vous n’êtes pas sans savoir qu’il suffit d’une brebis galeuse pour que le troupeau suive. Les faits de pédocriminalités au collège et lycée de Bétharram sont anciens, certains trop anciens pour être jugés d’ailleurs. Alors certes, il y a bien eu sanctions mais rien n’y a fait. Certes, une association de défense a tenté de se former pour dénoncer, certes des professeurs et surveillants ont mis en lumière les agressions et viols commis dans l’établissement mais tous ont subi la loi de l’omerta, celle que vous avez soutenue, François. Mais vous avez depuis longtemps abandonné toute humanité sur votre chemin.
Je vous regarde depuis des années. Vous avez toujours su vous mouler aux courants politiques en vogue, peu importe vos convictions. D’ailleurs je doute que vous en ayez. Ou si. Tout comme vos ambitions, elles sont uniquement personnelles.
Je revois avec quelle aisance vous avez rejeté la responsabilité sur le parti socialiste alors au pouvoir au moment des faits. Que vous étiez drôle ce jour-là, à l’Assemblée Nationale, lorsque vous avez pointé du doigt le gouvernement de Lionel Jospin en précisant d'un ton mélodramatique : ["Mais d'autres savaient"]. Votre mépris n’a donc aucune limite. Décidemment, votre système de défense est aussi prévisible que déplorable. Quel manque d’intelligence ! A moins que cela ne soit les premières prémices d’un individu en perdition qui tente de relever la tête. Pour preuve, votre désir de porter plainte en diffamation.
Vous pensez que la presse mène une cabale à votre encontre. Admettez que vous êtes du pain béni pour tout bon journaliste. Vos mensonges, votre manque de discernement et votre suffisance vous ont laissé croire que vous étiez intouchable. Vous avez tort. Rassurez-vous, je n’ai aucun doute sur votre capacité à rebondir.
En revanche, mes doutes s’orientent vers votre capacité morale à être à l’un des plus hauts postes de ce pays. Certes, vous êtes dans la cohérence gouvernementale choisie par Emmanuel Macron qui a oublié que le peuple français n’a en aucun cas élu un représentant de droite traditionnaliste au pouvoir et qui le fera savoir sous n’importe quelle forme.
Nous ne vous avons pas choisi. Au regard des valeurs morales citoyennes mais aussi religieuses que sont celles de votre peuple, vous ne pouvez pas le représenter.
Il n’existe qu’une porte de sortie qui s’ouvre à vous. S’il vous reste une once de dignité, vous devinez aisément laquelle. Mais là encore, je vous fais confiance. Vous vous accrocherez bec et ongles à votre fauteuil. Vous en avez tant rêvé.
Sylvie Duval