Tunisie : le chercheur Bettahar a-t-il été assassiné ?

Le franco-tunisien Hatem Bettahar, décédé le 13 janvier à Douz, était maître de conférence (HDR) en informatique à l'Université de Technologie de Compiègne : balle perdue ou assassinat prémédité

Le franco-tunisien Hatem Bettahar, décédé le 13 janvier à Douz, était maître de conférence (HDR) en informatique à l'Université de Technologie de Compiègne : balle perdue ou assassinat prémédité

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Fait qui n'a guère été relevé pour l'instant dans les médias, il était spécialiste de la sécurité des réseaux informatiques (Security in sensor networks) dans une unité mixte du CNRS. Or, selon des proches de M. Bettahar, cet homme n'a pas été pris dans les violences d'un mouvement de foule, atteint par une balle perdue. Il sortait d'une librairie et regardait la manifestation, alors qu'il a été atteint en pleine tête.

Etant donné les stratégies de contrôle d'Internet par le gouvernement tunisien par la censure et la violence, on peut s'interroger : est-ce vraiment le hasard qui a poussé une balle de policier à se loger dans la tête de l'un des plus brillants chercheurs de Tunisie, qui enseignait aussi à la faculté des sciences de Gabès ? La fédération internationale de la ligue des droits de l'homme appelle à une commission internationale pour enquêter sur les crimes systématiques actuellement perpétués en Tunisie ; Michèle Alliot-Marie, qui souhaite apporter davantage de sécurité aux tunisiens, soutiendra-t-elle cette commission ?

Rappelons que les manifestations en Tunisie sont nées du suicide d'un vendeur ambulant devant la Préfecture, qu'elles sont principalement le fait des classes moyennes tunisiennes éduquées, et que Ben Ali souhaite éradiquer la corruption en Tunisie ; mais la corruption ne provient pas de "la haute fonction publique tunisienne, qui est plutôt saine", selon Vincent Geisser, chercheur au CNRS. Le besoin d'une enquête sérieuse est donc d'autant plus important que toutes les classes sociales semblent menacées par l'actuel gouvernement.

Mise à jour 18/01 : Notez qu'il ne s'agissait pas d'un simple responsable de la sécurité, mais d'un grand spécialiste des réseaux de capteurs sans fil (source : google scholar), peut-être le meilleur en Tunisie. Les articles que j'ai lus sont en effet contradictoires : certains le disaient en mission en Tunisie depuis plusieurs mois, d'autres en vacances chez sa mère... quoi qu'il en soit, il travaillait aussi en Tunisie.

Parmi les applications possibles des capteurs sans fil (aide à l'environnement), il existe des applications militaires importantes comme la surveillance de l'ennemi. Il est donc possible, voire probable, que le régime de Ben Ali lui ait demandé de participer à ses propres "systèmes de sécurité", et qu'il ait refusé. Ou encore qu'il soit au courant d'informations sensibles, voire qu'il les ait diffusées pour faire son devoir de citoyen... un régime à la dérive, dictatorial, aux abois, qui surveille et torture, peut tout à fait préméditer un meurtre comme celui-là, parmi bien d'autres. Ce peut-être aussi une façon d'avertir des collègues, ce peut-être aussi une erreur en raison d'un excès de paranoïa, que sais-je ?

À mon humble avis, c'est un assassinat, avec ou sans motif scientifique. J'espère que des enquêtes sérieuses auront lieu un jour sur toutes ces tragédies. Hommage à toutes les victimes !

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