Expulser papa : réponse de la préfecture à une famille demandeuse de régularisation

En attente de régularisation depuis 2019, l’horizon qu’offre la France à Butrint Popaj, père de famille de 2 enfants scolarisés à Bordeaux, semble se préciser ces dernières semaines. Expulsés de leur domicile fin Août dernier, la famille est laissée à la rue et le père placé en rétention. Ce dernier se voit à présent offrir son billet de retour, seul, sous escorte policière, pour le Kosovo.

Butrint & Dafina Popaj sont arrivés en France en 2011, où sont nés leurs 2 enfants, Paris et Apollon, âgés aujourd’hui de 5 et 9 ans. Une famille « sans histoires », comme on dit poliment de ces gens qui ne troublent pas l’ordre public. Des histoires, ils peuvent tout de même en raconter quelques-unes : des nuits passées dehors faute de place d’hébergement d’urgence, des violences subies dans les squats ou autres lieux de vie…

Fin Août 2018, ils avaient trouvé une forme de stabilité : Avec l’aide d’une association militante dans l’accès au logement, ils ont pu s’installer dans un logement à Bordeaux : une échoppe, laissée à l’abandon depuis plusieurs années et dans un état de délabrement déjà avancé. Sans avoir pu trouver d’accord avec le propriétaire, résidant dans une échoppe voisine, la famille s’était malgré tout maintenue dans ce lieu, faisant au mieux pour ne pas générer davantage de nuisance au propriétaire : les accès au jardin ainsi que les volets ont été maintenus fermés toute la durée de l’occupation. L’ouverture du compteur électrique a été faite au nom des époux Popaj, qui s’acquittaient de leurs factures. Ne manquait finalement que l’eau chaude et l’étanchéité du toit…

La famille Popaj au complet, quelques jours avant le placement en rétention du père La famille Popaj au complet, quelques jours avant le placement en rétention du père

En 2019, ils entament des démarches de régularisation à titre exceptionnel. Leur situation justifiant a priori de l’obtention d’un titre de séjour. Au-delà des enfants nés sur le sol Français et scolarisés dès leur plus jeune âge, la famille s’exprime et comprend parfaitement notre langue, et justifie de plus de 5 ans de présence sur le sol. Il aura tout de même fallu attendre plus d’un an pour que la préfecture, après avoir été relancée, daigne répondre à leur requête… par une obligation de quitter le territoire, assortie d’une interdiction de retour de 2 ans.

Au terme de nombreux déboires, la famille est actuellement recueillie chez des parents d’élèves. Le père a été placé en rétention jeudi 23 septembre pour être expulsé vendredi 24 au matin. Suspendue par le dépôt d’une demande de réexamen de la demande d’asile, le père reste sous la menace d’une expulsion imminente. L’association des parents d’élève de l’école se mobilise autour de la famille pour faire valoir ses droits.

Journée de rentrée particulière cette année 2021, la famille Popaj ayant trouvé refuge chez des parents d'élèves Journée de rentrée particulière cette année 2021, la famille Popaj ayant trouvé refuge chez des parents d'élèves

La position de la préfecture est abjecte tant elle reproche à la famille la situation de précarité dans laquelle sa propre autorité la plonge (ni domicile, ni revenus). Elle l’est davantage encore par l’utilisation d’arguments mensongers, la préfecture reprochant au père de ne pas avoir respecté une assignation à résidence tandis que celui-ci présente des preuves irréfutables de son respect total.

La lettre ouverte, jointe ci-après, est adressée aux élus et représentants des institutions dans l’espoir de rendre cette situation visible et d’y trouver une issue favorable.

Lettre ouverte aux élus et représentants de l'Etat (pdf, 62.6 kB)

Vous êtes invités à soutenir cette famille et suivre l’avancée des démarches via la page https://www.facebook.com/SoutienAuxPopaj

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