GJ, BB, écolos : Convergence et consensus ne sont pas que des maux. Union sacrée !

Qu'elle est difficile à atteindre la convergence. Qu'elles sont nombreuses les raisons de vouloir s'opposer, et pourtant si ridicules comparées à ce qui nous unit en cette époque charnière de notre Histoire. Tour d'horizon des (plus perceptibles) défauts et qualités de chacun, et du besoin vital d'arrêter de se regarder le nombril pour véritablement créer un avenir commun. Autocritique générale !

Paris, le 5 octobre 2019, GJ, BB et écolos occupent ensemble le centre commercial Italie 2 © désobéisance-écolo-paris Paris, le 5 octobre 2019, GJ, BB et écolos occupent ensemble le centre commercial Italie 2 © désobéisance-écolo-paris


Il est trop simple de ne vouloir regarder que ce que l'autre fait de mal, sans lui trouver aussi des qualités. Il est aisé de fantasmer sur les origines et les motivations cachées de chacun. Il est trop facile pour le gouvernement de souffler sur les braises de la division pour asseoir sa domination et casser toute union populaire. Il est absolument suicidaire de penser que l'on a davantage raison que ses voisins et que notre avis est le meilleur ou le plus pertinent (celui qui suit inclus).

Cet article, à la volonté de vulgarisation affichée, vous apparaîtra peut-être comme inutile selon votre degré d'implication et/ou de point de vue, mais voici au moins un scoop d'entrée : Que nous nous réclamions des Gilets Jaunes, du Black Bloc ou des écologistes, nous n'arriverons à rien sans union sacrée. Soit on se regarde clairement dans les yeux, on apprend à s'écouter et on accepte de se tendre véritablement la main pour faire voler en éclats nos différences, soit on continuera à aller droit dans le mur en subissant chacun de notre côté sans pouvoir jamais réagir.

En ce sens, voici un début de reconnaissance des défauts et qualités de chacun. Cette vision purement subjective, et sûrement un brin stéréotypée, en appelle d'autres. Il est temps de faire notre autocritique, sans exception. C'est en s'acceptant, en se parlant, en se conseillant avec bienveillance, mais aussi avec honnêteté et franchise, que l'on pourra tendre vers nos idéaux communs. C'est en ayant conscience de certaines forces et faiblesses de chacun, en apprenant à mieux se connaître et à s'apprécier que l'on pourra s'unir efficacement. C'est en créant l'amalgame des luttes et des masses que nous reprendrons le contrôle sur nos vies.


 

Gilets Jaunes


Défauts récurrents :


- Difficulté organisationnelle sur le long terme.

La volonté permanente d'agir de manière horizontale empêche la cohésion générale. Les quelques têtes d'affiche du mouvement ont été insuffisamment capables de s'adapter et d'évoluer en fonction des événements, refusant quasi-systématiquement le rôle de leader tout en continuant à se mettre en avant.

Il est indéniable que le bordel général entourant la structuration de ce mouvement implique fatalement une lourde carence en matière de décision collective. En témoignent les divers appels nationaux les mêmes jours qui dispersent et qui épuisent, acte après acte, les forces jaunes.
Cette difficulté organisationnelle demande fatalement beaucoup plus de temps (déjà 11 mois que cela dure) pour que l'intelligence collective puisse se mettre en place et puisse s'exprimer à bon escient pour l’intérêt commun.

En attendant, on retrouve souvent sous les projecteurs les plus grandes gueules et les plus opportunistes. Autant de personnes, pas toujours drapées de mauvaises intentions, ni nécessairement coupables, mais permettant au pouvoir de décrier davantage un mouvement, dès lors qu'elles ne réussissent pas à le faire avancer ostensiblement aux yeux du public.


- Parti-pris politique.


Souvent impliqué dans un rapport (ultra) partisan à la politique, ou alors viscéralement abstentionniste, par désintérêt ou désuétude, une portion certaine de la masse Gilet Jaune s'est affrontée stupidement concernant les élections européennes, ainsi que sur d'autres considérations d'un temps déjà passé... Le piège évident qui effraie une partie de l'opinion.

La division, raison principale de la baisse de régime du mouvement et alimentée à l'extrême par le pouvoir, est l'un de ses cancers... soignables. Sans acceptation que la logique partisane de repli sur soi est la cause profonde de la division du peuple, il sera très difficile de changer les règles d'un jeu que l'on continue sciemment d'alimenter, tout en le condamnant. C'est l'histoire du serpent qui se mord la queue.


- Obsession idéologique.


Quelle qu'elle soit : Logique de partis, francs-maçons, anti-sionisme, illuminatis, pédophilie, satanisme, cause animale, etc... Qu'importe leur priorité intellectuelle, certains n'ont toujours pas compris qu'il ne s'agit pas d'imposer leur vision, mais de chercher le moyen de pouvoir la défendre.

Ce qui unit n'est pas tel ou tel sujet, aussi pertinent et important soit-il, mais bel et bien notre capacité à vouloir remodeler un monde qui permettra à chacun de faire valoir et entendre ses convictions les plus chères.
Avant de vouloir défendre des causes, il faut d'abord être en mesure d'être entendu. Ce qui apparaît, à l'heure actuelle, particulièrement difficile tant sur le plan politique, que médiatique.

D'autant qu'un sujet peu connu ou étiqueté comme complotiste, aussi réelle soit sa consistance, est de facto contre-productif lorsque l'on souhaite éveiller l’opinion. Pour que l'opinion s'éveille, encore doit-on être en mesure de lui faire parvenir les informations les plus pertinentes sur le sujet que l'on souhaite traiter, alors que celle-ci se complaît et se suffit principalement à écouter les uniques arguments contradictoires des plus puissants, qui sont rabâchés à longueur de journée par les médias dominants.

Jamais une obsession idéologique spécifique aussi marquée ne fera consensus national dans la société française actuelle, il semble ainsi important de savoir temporairement s'en émanciper pour être le plus utile possible. Il conviendrait, avant toute autre considération, de tous se recentrer sur l'essentiel : une refonte démocratique permettant le droit à la parole et à l'écoute de chacun, de manière à pouvoir ensuite traiter de tous les sujets sans tabou.



Qualités :


- Le point de départ, l'atmosphère

Une force historique. Un sursaut démocratique démentiel. Une ténacité hors du commun. Onze mois de lutte sans discontinuer. Les mots convergence et consensus ont précisément repris vie à travers les Gilets Jaunes. Pour la première fois depuis un temps ancien, nous avons vu des personnes de tous bords : Vieux, Jeunes, Femmes, Hommes, de Gauche, de Droite, Pauvres, Riches (et oui ! Riches n'est pas Ultras-Riches), Ouvriers, Patrons, Précaires, Chômeurs, Retraités, Handicapés, j'en passe et des meilleures... Tout ce monde a su se retrouver pour crier sa colère et son besoin de construire un avenir meilleur ensemble.
Un exemple qui restera éternel.


- Le nombre

Aucun mouvement populaire et indépendant dans l'Histoire de France n'aura vu autant de personnes sortir en même temps et dans un même but. Les chiffres du ministère de l'intérieur (que plus personne ne croit) annonçait 300.000 personnes dans la rue le 17 Novembre 2018. Tout laisse à penser aujourd’hui qu'il y avait en réalité 5 à 10 fois plus de monde ce jour-là. Raison première de la répression extraordinaire accompagnant ce mouvement, le pouvoir apeuré n'a pas su traiter autrement que par la force ce raz-de-marée citoyen monumental.

Preuve en est une nouvelle fois le 21 septembre, où plus de 7500 forces de l'ordre étaient déployées sur Paris pour officiellement encadrer quelques centaines de Gilets Jaunes mobilisés. Une vraie terreur que ce mouvement annoncé « mort » à maintes reprises pour que quelques individus nécessitent un tel branle-bas de combat du côté de l'administration policière et de la présidence de la République... à moins que les morts ne soient toujours vivants !


- La détermination, le courage.


Trop souvent moqués, concernant un hypothétique moindre courage que les manifestants d'Algérie ou de Hong-Kong, certains GJ ont fini par croire aux éléments de langage avancés par la macronie et par ses petites mains pullulant sur les réseaux sociaux.

Pourtant, dans les faits, quel pays dit démocratique autre que la France, quel pays qui n'est pas en guerre, ou qui ne sort pas d'une guerre, peut se targuer d'avoir à la fois autant mutilé, blessé et enfermé ses opposants politiques ? Aucun.

La violence subie, la terreur ressentie, la peur permanente d'être une nouvelle victime, ou à nouveau victime, n'a pas empêché les GJ (et les BB) de repartir chaque samedi au combat. Et cela demande un courage exceptionnel. Une détermination de tous les instants. Une résilience inimaginable qui force le respect.



Black Bloc


Défauts :

- Manque d'adaptation, action stéréotypée, orientation de la violence incomprise.

Le mode opératoire figé à la destruction de mobilier, de vitrines et à la lutte avec les forces de l'ordre, sans aucun autre objectif apparent que celui de vouloir foutre le bordel, dessert énormément la démarche du bloc aux yeux de l'opinion, publique et militante. Plus que la violence exprimée, c'est l'absence de cible stratégique d'importance qui dévalue l’intérêt et la réputation du bloc durant un mouvement social aussi insurrectionnel que celui que traverse actuellement notre pays.

Il est bien de reprocher aux autres de ne pas vouloir suivre, de ne pas oser s'insurger davantage, encore faut-il aussi être en mesure de se remettre en question, de s'adapter aux événements et de chercher des modus operandi plus consensuels, capables de rassembler le plus grand nombre. Un cordon de CRS n'a aucun autre intérêt en soi que celui de la confrontation directe. Sauf si ce-dernier cherche à empêcher une foule d'accéder à un lieu stratégique précis. Or les forces du bloc en présence ne sont que trop rarement orientées sur des points stratégiquement et politiquement viables. C'est principalement ce seul constat qui donne de la matière au pouvoir pour dénigrer toute action des BB aux yeux de l'opinion et de certains manifestants.


- L'amateurisme d'une partie

Le Black bloc, ensemble protéiforme du point de vue de sa composition et sans origine caractérisante, a le défaut de sa qualité. S'il propose l'anonymat, il permet aussi l'infiltration en son sein de tout et n'importe quoi... et notamment de pseudos-révoltés, plus attirés par l'adrénaline que provoque un moment insurrectionnel que par son sens réel. Tout comme certains, par pur amateurisme chronique sur le terrain, entraînent trop souvent tout un bloc au casse-pipe et en prison parce qu'ils ont voulu (mal) joué un rôle.

Loin d'être une majorité, ils restent néanmoins un problème récurrent du bloc lors des « grands jours », surtout à cause de leur ignorance tactique. Exactement comme les GJ, souvent incapables de s'adapter de manière efficace aux blocs les plus expérimentés.


Qualités :

- Précurseurs et visionnaires :

Le bloc a depuis plusieurs années en France (et dans le monde) cherché à créer un climat d'insurrection, à insuffler une prise de conscience générale sur le besoin de se révolter et de prendre en main son destin en étant offensif, plutôt que passif. En visant des symboles bien ciblés (banques, magasins ultra-libéraux et fraudeurs fiscaux), en sachant distiller des messages aussi philosophiques que révoltants sur les murs entourant les cortèges, les hommes et femmes en noir ont en permanence cherché à éveiller leurs congénères sur le besoin de dire stop à un système qui va droit dans le mur depuis si longtemps.


- Bras armé, avec tactiques de guérillas indispensables pour, à minima, se défendre :

Pour les groupes les plus expérimentés et profondément acquis à la cause, qu'ils soient anarchiste, autonomiste, libertaire, antifas, anticapitaliste, ultras de foot... le cœur du black bloc, celui qui surgit lors des très grands événements en France, a une structure et un entraînement parés pour la gestion d'une foule de révoltés. Aguerris aux déplacements millimétrés et coordonnés sous pression, conscients des risques encourus, mais capables de l'impossible quand la cause le demande, le black (& yellow) bloc a ouvert des brèches au sein du pouvoir (notamment les 1er et 8 décembre 2018) qui ont permis d'entrevoir qu'un changement de fond était possible par la rue.


- Dress code optimal et bons samaritains

A l'heure d'une répression féroce, force est de constater que l'équipement utilisé dans le bloc est le plus utile pour éviter les violences et la répression policière. Il suffit de comparer les 2 infographies de la presse Française concernant les (gentils) manifestants « pro-démocrates » d'Hong-Kong et les (méchants) « casseurs » du Black bloc français, pourtant habillés et équipés exactement de la même manière, pour constater que la beauté est dans l’œil de celui qui regarde et que, selon les cas de figure, cela démontre avant tout que l'opinion valide sans broncher ce choix d'apparence physique dès lors qu'il lui semble être justifié.

Par ailleurs, coiffés d'une image de violents décérébrés et aussi paradoxal que cela puisse paraître vu de l'extérieur, les membres du bloc sont plus souvent des personnes soucieuses de protéger les plus faibles autour d'eux. Beaucoup n'ont pas compris comment des GJ avaient pu basculer du coté des BB. La réponse est simple : malgré des divergences certaines, entre la théorie médiatique et la pratique des manifs, les GJ ont constaté dans leur ensemble que les membres les plus sérieux du bloc se souciaient avec rigueur de la sécurité des manifestants (et des passants) les plus fragiles face aux divers dangers rencontrés dans les cortèges.




Écolos (pas XR particulièrement) :

Défauts :

- Condescendance :

Arrivée tardivement dans la bataille de fond démocratique que traverse notre pays depuis bientôt 1 an, qu'elle l'accepte ou non, la frange écologiste la plus massive dans la rue, incarnée par Extinction Rebellion et par les marcheurs pour le climat, a souvent eu une approche très structurée, très codifiée des choses, leur donnant parfois l'illusion qu'elle savait mieux faire que les autres.

Une qualité d'organisation en soi qui ne saurait être occultée, mais qui a tendance à donner le sentiment que la vérité et la marche à suivre ne peuvent venir que des groupes écologistes... lorsqu'il s'agit bien au contraire de trouver un consensus général dans une lutte de longue haleine, tout en tendant au maximum vers une omniscience indéboulonnable avec le besoin d'accepter la complémentarité et le savoir-faire de ses alliés.

Le récent tract de XR, ayant fait suite à la prise du centre commercial Italie 2 et appelant notamment toute personne à se plier aux larges et très personnelles règles de cette (très jeune) organisation sous peine « de se voir prié de quitter les lieux », est une insulte à l'esprit libertaire du mouvement GJ&BB et à la convergence des luttes désirée.
Une communication TRÈS maladroite et TRÈS mal reçue du côté des deux autres parties présentes à Italie 2. D'autant que ce soir là, ils étaient également nombreux les écolos à avoir enfreints lesdites règles. Consommation d'alcool et de drogues en tête. Cette leçon et cette pilule sont donc mal passées.



- Ignorance et entre-soi (bourgeois?)

Il n'a pas fallu beaucoup de temps aux habitués des manifestations pour se rendre compte de la différence de traitement qu'il peut exister dans la gestion de l'ordre selon l'origine sociale du manifestant, selon ses revendications.

La macronie a stratégiquement décidé de limiter la casse lorsqu'elle traitait le mouvement écologiste, dont la classe sociale, dans son ensemble, est plus élevée que celle des GJ. Le tout afin de ne pas se mettre à dos une partie de l'opinion qu'elle ne peut pas se permettre de perdre.

Le gouvernement a en revanche fait le choix de réprimer par l'ultra-violence le mouvement des Gilets Jaunes, représentatif des classes sociales les plus faibles en France et, entre autres, demandeur d'une démocratie réelle et plus directe, de vivre dignement et de l'arrêt de la corruption des élites dirigeantes.

Un contraste de traitement effarent entre les deux mouvements qui provoque de l'incompréhension au sein des GJ.

Le but semble néanmoins clair du côté du pouvoir : prouver à l'opinion publique et aux écologistes que si violence il y a eu autour des Gilets Jaunes, cela était avant tout dû à ces derniers, et que dès lors qu'une force militante pacifiste, « subtile et intelligente », souhaitait manifester, elle aurait alors pleinement le droit de le faire sans n'avoir à subir aucune violence policière.

Quelle belle pièce de théâtre proposée là. On ne vous montre qu'un bout de la lorgnette et vous ne verriez donc plus que cela ?
Pourvu que le gros des troupes écolos et GJ ne tombent pas dans ce panneau prosélyte et médiatique grossier, que l'entre-soi et l'absence de vérifications poussées rendent très difficiles à déceler.

Si les GJ et les membres formant les blocs semblent avoir des difficultés d'adaptation face à l'époque que nous traversons, une partie des écologistes représentée par XR est tout autant convaincue qu'elle n'a pas besoin de s'adapter aux autres pour viser des objectifs touchant au bien et à l'intérêt communs.
Erreur stratégique patentée qui risque de réduire son nombre, récemment appuyé par l'apport de GJ et de BB qui se désolidariseront à terme, s'ils sont méprisés par leurs nouveaux compagnons de lutte.

D'une façon ou d'une autre, s'ils deviennent un jour dangereux aux yeux du pouvoir, les écolos seront les mêmes pestiférés, victimes de la même répression. Ne soyez pas dupes, le gouvernement et l'administration policière dénigreront progressivement les écologistes en fonction du potentiel impact de leurs actions sur l'opinion. Ségolène Royal en appelant « à réprimer fortement » XR a déjà lancé les hostilités. Quelle que soit votre affinité actuelle, soyez tous lucides sur la manière dont on cherche à vous diviser.


- Désobéissance civile, ou l'incapacité à se défendre face à la répression injuste et injustifiée

Il faut croire que les méthodes employées par Extinction Rebellion ne font aucunement reculer le gouvernement du point de vue politique. Pire, comme expliqué ci-dessus, il s'en sert pour consolider sa propagande.

Combien de temps faudra-t-il à cette méthode pour porter ses fruits ? Danser et chanter, comme à la Villette, ou s'asseoir en attendant les gaz, comme sur le Pont de Sully, ou les coups, comme à Italie 2, a ses limites.

La méthode des gilets jaunes était la même. Il y a eu des sit-ins, des marches pacifiques gigantesques pendant des mois, il a été démontré que quelle que soit la méthode utilisée, la violence est toujours savamment orchestrée depuis le centre de commandement des forces de l'ordre (et ce, dès le 1er décembre en empêchant tous les manifestants de quitter la place de l'étoile pendant de longues heures).

Pour quel résultat final 11 mois plus tard ? Des milliers de blessés et d'incarcérés, des dizaines de milliers de manifestants arrêtés arbitrairement, des amendes illégales, un recul terrifiant des libertés individuelles en France.

Si cette stratégie de désobéissance civile a des atouts indéniables et est nécessaire dans nombre de situations pour laisser le seul usage de la violence gratuite et illégale à l'État, elle n'est toutefois pas une fin en soi. Elle ne propose rien d’innovant et qui n'ait pas déjà été tenté. Elle n'est pas la solution idoine tombée du ciel qui permettrait de venir à bout d'un gouvernement qui n'entend pas répondre aux revendications populaires. Et elle n'empêchera pas la répression. Aujourd'hui XR France mobilise 500 personnes maximum sur une action d'envergure comme celle d'Italie 2, elle ne représente pas un pouvoir de nuisance réel aux yeux de l'État. Elle l'embête tout au plus. Il n'est donc pas nécessaire de la réprimer et de la persécuter à outrance, contrairement aux Gilets Jaunes qui eux se comptent par plusieurs centaines de milliers et qui peuvent à tout moment resurgir massivement dans la rue de manière tout aussi pacifique.

La meilleure preuve fut apportée lors de ce blocage du centre commercial Italie 2 à Paris, le 5 octobre dernier. La méthode passive des membres d'Extinction Rebellion (et des autres écologistes) aurait sans nulle doute donnée de belles images permettant de jouer sur la victimisation qu'engendrerait une arrestation plus ou moins brutale (les gaz ne sont pas des LBD) et sur leurs conséquences judiciaires, mais sans l'apport des GJ et des BB, via la tenue de barricades et du contact direct établi avec les forces de l'ordre pour les empêcher d'entrer, les écologistes auraient été délogés bien plus rapidement et assurément violemment compte tenu du nombre important de personnes ayant convergées sur place.

L'impact du blocage aurait alors été bien moindre de par sa durée. Le fait que la population soit partie se coucher sans savoir ce qu'il allait advenir de la suite du blocage a beaucoup influé sur le ressenti spectaculaire provoqué par cette action sur l'opinion, bien plus que si les gentils écolos s'étaient fait (re)gazer. Un côté spectaculaire devenu condition sine qua non pour capter l'attention d'une population française qui ne consomme quasi-exclusivement plus l'actualité que sous cette forme.

Le blocage sur la durée de la nuit a très certainement offert une visibilité bien plus importante à cette action, aux écolos et à XR, que s'il n'avait été défait en début de soirée sans l'aide des GJ et des BB.



Qualités :

- L'organisation et des militants depuis toujours voués à la cause :

Le chaînon trop souvent manquant côté GJ et BB, cette capacité structurelle des écolos, et notamment celle démontrée par XR France, offre une possibilité de déploiement et de préparation durement atteignables par les 2 autres camps. Si elle était capable de prendre en compte les aspirations et les besoins de chacun pour s'inscrire dans une lutte aux revendications élargies et communes, cette qualité pourrait être l'élément clé permettant à l'ensemble de la convergence sociale actuelle de prendre une forme victorieuse. La logistique déployée par XR pour atteindre ses membres hors des réseaux sociaux, organe indispensable et traître envers le Gilet Jaune, est une force incommensurable. Elle leur a certainement permis d'investir le centre commercial sans être inquiétés. Reste à voir comment réussir à la mettre en place à l'échelle supérieure en troupes que représente celle des Gilets Jaunes.

De même, la décision de quitter Italie 2 dans la nuit a pu être décriée sur le moment. On peut considérer qu'il restait suffisamment de forces en présence pour tenir les lieux jusqu'à l'arrivée de nouveaux manifestants le matin, mais compte tenu des conditions générales, il faut reconnaître que le choix de partir sur une victoire fut certainement sage.

Par ailleurs, c'est cette même capacité organisationnelle et militante qui a permis a de très nombreux groupes écologistes de tenir des points de blocage tout au long de notre Histoire contemporaine. Pas besoin de remonter jusqu'au Plateau du Larzac pour avoir entendu au cours des dernières années l'importance de certains combats gagnés au prix du sang et des larmes par les écolos (et les BB), comme à la Notre-Dame-des-Landes ou à Sivens.

- L'alliance internationale.

Par son essor mondial, le mouvement écologiste dans son ensemble a une visibilité hors du commun. L'une des raisons premières qui empêche le pouvoir de mater par la force cette révolte d'écolos, entreprise lors des marches pour le climat et lors des actions menées par XR, est précisément le fait qu'à la différence d'un mouvement purement national comme celui des GJ, il est impossible de réprimer dans l'indifférence générale des groupes qui jouissent de tels relais internationaux.

La répercussion de toute action menée par XR et/ou par les marcheurs pour le climat s'inscrit dans un ensemble planétaire. Et cela change tout. Qui n'a pas entendu après le 21 septembre 2019 et la marche pour le climat : « La France, seul pays à avoir fait usage de violences sur les manifestants écologistes » ? Le poids des images et de la comparaison négative avec l'extérieur est particulièrement difficile à justifier d'un point de vue étatique et est certainement l'une des raisons probables pour expliquer la mansuétude policière actuelle à l'égard des actions entreprises par Extinction Rebellion.

Là où les GJ ont été machiavéliquement isolés, en les rendant invisibles à l’international - très peu de contenus ne franchissent les frontières pour informer dans le détail la population mondiale sur ce qu'il se passe réellement en France - les empêchant ainsi de s'unir efficacement avec des peuples étrangers (Algérie, Hong-Kong, Équateur, Iraq, etc..), tout en les dénigrant sur le plan national - en les ayant stigmatisés et en les ayant rendus invisibles aux yeux de l'opinion, via une communication calomnieuse de l’exécutif largement relayée par les médias dominants - la présence d'organisations écolos dans le monde entier offre à leurs manifestations une visibilité inégalable pour toute autre lutte sociale en France.


- Le climat, l'autre cause fédératrice.

Si la quête et la demande d'une démocratie réelle, plus directe et plus juste, est un thème fédérateur et légitime pour l'ensemble d'une population, il apparaît évident pour les GJ et BB qu'après près de 11 mois de lutte, cette idée n'est pas ressortie comme absolument vitale pour l'ensemble de la population française au point de lui faire accepter l'idée de se révolter. Ils n'ont pas (encore) réussi à la rassembler autour de cette nécessité absolue de devoir refonder en profondeur le système politique qui nous gouverne. Certains citoyens ne voulant pas voir la réalité en face, d'autres estimant que cette cause n'était pas une priorité dans leur vie, ou qu'elle était mal défendue par ce mouvement. Toujours est-il qu'il faudra encore du temps à l'opinion pour prendre conscience de l'urgence de mener cette reconstruction politique. Tout comme les zadistes, qu'ils soient écolos, bb, autonomes ou autres, ont eu tant de mal à convaincre l'opinion du bien-fondé de préserver le site de Notre-Dame-des-Landes.

Avec le climat, et compte tenu des changements que nous observons tous depuis plusieurs années, l'enjeu est encore davantage rassembleur à court terme. Cette cause climatique, étroitement liée à une demande de reprise en main du pouvoir par le peuple, pourrait devenir un élément essentiel vers une convergence générale. Elle est le déclic potentiel permettant de toucher un plus grand nombre d'individus habituellement totalement hermétiques aux revendications sociales et aux manifestations qui en découlent, mais qui se sentent individuellement concernés par cette question du réchauffement climatique et par la crainte qu'elle suscite en eux.

Ne pas vouloir s'appuyer sur la dénonciation extrêmement fédératrice actuellement faite par les écologistes, avec le potentiel d'éveil des masses que cela représente,. Ne pas chercher à mixer nos revendications pour ne former plus qu'une seule lutte commune. Vouloir omettre volontairement les nombreux ponts existants entre lutte sociale et climatique, tout en feignant de ne pas voir que les origines des problèmes sont identiques. Tout cela, pourrait s'avérer être une erreur aux effets dévastateurs pour l'union sacrée citoyenne indispensable à la sortie d'une crise politique majeure.




Conclusion :

Il est venu le temps des cerises. Le temps de la reprise en main. Tous le disent, tous essaient à leur manière de rassembler... mais tous cherchent des raisons de s'opposer en permanence, de trouver des raisons de se diviser. STOP !

Tout le monde a ses qualités et ses défauts (non-exhaustifs et évolutifs), mais tout le monde est la clé de la réussite.

Si chacun ne met pas de côté ses désaccords, ses ressentis, ses préjugés, si chacun ne pense pas l'autre dans son entièreté et ses imperfections quand il part au combat à ses côtés, alors il saborde lui-même l'entreprise qu'il tente de mettre en place.

Entendons-nous bien, Gilets Jaunes, BB, écolos, et osons le mot une fois : syndiqués, qu'importe le nom qui vous caractérise le plus... à la fin ce n'est pas une vision marquée ou partisane qui gagnera. Ce n'est pas votre idéologie qui l'emportera dans son intégralité. C'est précisément cette absence de recherche de consensus qui décime toujours toute avancée politique populaire et citoyenne !

Vu de l'extérieur, les écolos français entre eux se disputent sur des nuances incompréhensibles. Des gamineries en quelque sorte. Les GJ, entre eux, et les BB se déchirent sur des considérations politiques, tout aussi puériles la plupart du temps.
A présent, on retrouve un rapport de défiance entre écolos d'un côté, GJ et BB de l'autre. Exactement comme hier entre GJ et BB.


Tout ce beau monde étant plus enclins à fixer sur les 10% de désaccords qu'ils nourrissent avec leur voisin, au lieu de cibler les 90% de points communs qui leur permettraient de viser une victoire conjointe. C'est absurde ! Presque désespérant !

Le chemin que nous avons tous décidé d'emprunter est celui de la réunification, de l'acceptation de la parole de l'autre, de la tolérance envers celui qui ne pense pas comme nous, mais avec qui on veut et on doit former une collectivité. Comment cela pourrait-il fonctionner autrement ?


Ce sont les bases d'une nouvelle société que nous devons décider de créer tous ensemble. Sortons de nos cases. Émancipons-nous massivement, ensemble. Il existe déjà des citoyens tout aussi GJ, que BB ou qu'écologiste. Il nous faudrait être en mesure de chercher le consensus en permanence. Se recentrer constamment sur ce que nous voulons construire en commun et, en tout temps, inclure chaque partie de la société à cet ensemble. Il sera alors ensuite beaucoup plus aisé de trancher les désaccords, plutôt que d'être condamné à se battre entre citoyens, plutôt que de se sentir forcer de chercher à imposer sa vison de peur qu'elle ne soit noyée dans la longue liste des doléances inexploitées par nos gouvernants successifs.

Ce n'est pas tel groupe ou telle cause qui décide ou qui revendique telle action, c'est un ensemble de forces citoyennes présentes qui décide en bonne intelligence d'optimiser au maximum leur complémentarité pour servir un objectif commun. Ce ne sont pas les écolos, ni Extinction Rebellion, qui font un blocage d'envergure et qui se l'approprient, mais c'est l'ensemble des citoyens qui se regroupent pour lutter conjointement et pour reprendre le droit de décider de leur avenir. Ce ne sont pas les GJ et les BB qui imposent aux autres leurs obsessions et leurs préjugés, ni leurs manifestations comme seule possibilité de révolte, mais c'est un appel général à tous les citoyens de s'approprier l'espace public.

Les GJ et les BB ont gagné ensemble les quelques miettes lâchées par le gouvernement en décembre.
Les écolos et les BB ont gagné ensemble le retrait du projet de Notre-Dame-des-Landes en tenant la ZAD.
La convergence des trois entités semblent inéluctable. Il n'y a pas de secret, l'union est la seule voie possible.


Divisez-vous si vous le préférez, cherchez à vous différencier les uns des autres selon que vous voudrez appartenir à un camp plutôt qu'à un autre, que vous vous sentiez plus en galère financière qu'apeuré par les évolutions climatiques, ou l'inverse, mais remarquez que vos maux sont les mêmes : vous n'êtes ni entendus, ni écoutés. Et cela n'est pas prêt de changer si vous continuez à vous opposer et à vous disperser.

Dès lors, ne crachez pas sur votre allié avant d'avoir balayé devant votre porte. Si vous participez de près ou de loin à la division, toute future défaite trouvera également une paternité en vous, en nous. Ayez-en conscience au moment de choisir la critique hâtive et contre-productive. Vous n'êtes rien de plus ou de moins que celui qui vous accompagne, et sans lui à vos côtés dans cette lutte, vous n'êtes rien tout court. Seulement ensemble, vous parviendrez à faire entendre vos voix et vos revendications.

A Italie 2, l'union sacrée a fonctionné, les écolos ont pris la place, les GJ et les BB l'ont tenue. Une grande victoire pour tout le monde ! Une complémentarité nette et sans bavure !

Et à en croire certains, il faudrait donc déjà se chercher des poux ? Est-ce bien sérieux ? Est-ce raisonnable ? Pouvons-nous faire l'économie d'une telle alliance ?

On fait quoi sinon maintenant ?

On retourne chacun de notre côté ? On tombe dans le piège de la division et du mépris de l'autre, ou on décide réellement ensemble de comment reprendre en main notre destin commun ?

La balle est dans notre camp ! Mettons nos égos de côté. Acceptons nos différences. Focalisons sur nos nombreuses ressemblances, les prochaines actions se doivent d'être exceptionnelles en terme de convergence. Pensons-nous comme une union citoyenne transpartisane et totalement indépendante, ou il est fortement à craindre que l'entre-soi et les tentatives d'entrisme nous tueront inlassablement à petit feu.

Par Wolf Wagner
( https://www.facebook.com/journaliste.wolf.wagner )

(article réédité)

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