Face à 1000 CRS "malades", la macronie s'accorde en urgence avec leurs syndicats !

Avec le renfort dans la rue de la CFDT et à 5 jours d'une manifestation de grande ampleur, 1000 CRS étaient toujours "malades" ce jeudi. Une épidémie qui, si elle n'était pas rapidement endiguée, pourrait toucher les derniers anticorps du pouvoir. Panique immédiate au gouvernement et accord de principe obtenu, ce soir, avec l'intersyndicale des policiers pour tenter de stopper la contagion.

 © Syndicat France Police © Syndicat France Police


Il y a dû y avoir meilleure époque pour faire partie de l'administration policière qu'actuellement.

Non pas parce que l'on y aurait quelconque remords à ordonner aux gardiens de la paix de réprimer par une violence des plus insoutenables un mouvement social pacifique entamé il y a plus d'un an avec les Gilets Jaunes et à présent poursuivi avec la base syndicale autour de la question des retraites. Ni même parce que l'on instrumentaliserait à outrance les fonctionnaires de police en leur donnant des ordres visant des fins bien plus politiciennes que républicaines. Ni encore parce que l'on s'accorderait en permanence avec les syndicats policiers majoritaires sur le dos de ces mêmes fonctionnaires (notamment en trafiquant les élections syndicales pour mieux choisir ses interlocuteurs, comme le révèle ici Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat VIGI - police).

Non, il ne devait pas faire bon se trouver ces derniers temps dans le cabinet de Laurent Nunez (et de son bras droit, Christophe Castaner) pour la simple et bonne raison que l'on a dû sentir le couperet se rapprocher.

En effet, après un rassemblement monstre regroupant 1 à 1,5 million de personnes en France le jeudi 5 décembre et environ moitié moins le mardi 10 décembre, tous les regards sont à présent portés vers le mardi 17 décembre, date d'une manifestation annoncée comme encore plus importante que celle du 5, puisqu'elle voit l'arrivée, dans les cortèges, de syndicats qui n'avaient jusqu'à lors pas souhaité descendre dans la rue. À commencer par la CFDT, premier syndicat de France en terme d'adhérents et dont la réputation d'organisation réformiste s'entrechoque perpétuellement avec celle d'un syndicat pro-Macron. Son arrivée dans la rue, gonflant ainsi la masse populaire en colère, ajoutée à la perte sèche d'effectifs policiers disponibles et spécialisés dans le maintien de l'ordre, inquiétaient forcément le pouvoir actuel.


Vent de panique en Macronie, négociations en urgence !



C'est donc dans ce climat particulièrement angoissant qui régnait ces temps-ci au sein de Beauvau, mais aussi de Matignon, de l’Élysée et de la haute administration policière, qu'il a été décidé d'agir au plus vite. En témoigne ces nombreux appels du pied réalisées avec insistance à l'attention de Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, afin de le rassurer et de tenter de le faire revenir sur sa décision d'appeler à manifester. En témoigne également cet accord de principe trouvé en urgence avec les syndicats de police, ce jeudi soir, dans l'espoir de calmer la grogne des fonctionnaires, CRS en particulier, dont le nombre recensé comme "malades" atteignait hier le millier d'individus selon le syndicat VIGI - police.

On cultive ainsi du côté du pouvoir la volonté de combattre cette "maladie" rapidement. On relativise, on espère que l'opinion ne prenne pas (trop) conscience de l'existence d'une telle contagion possible. On s'égosille sur les plateaux TV, on communique, mais il s'agit bel et bien là d'une situation très hostile pour le régime macronien. Et il en a conscience. Si l'épidémie se propageait et que la maladie s'installait véritablement, tant du côté des CRS, que de celui de syndicats tels que la CFDT, qui lui sont habituellement favorables, il y aurait un vrai risque pour sa propre survie. Ses derniers anticorps lui faisant alors définitivement défaut.

 À quelques jours d'un rassemblement populaire conséquent, la balle est donc actuellement "dans le camp" de fonctionnaires de police épuisés par une année de mouvements sociaux et par des promesses maintes fois formulées, mais rarement tenues. Suivront-ils leurs représentants syndicaux une nouvelle fois, ou estimeront-ils que le compte n'y est toujours pas ?

Un syndicat de police dénonce une prise de décision sans son accord et quitte l'intersyndicale


D'autant que pour le Syndicat France Police - Policiers en colère, cet accord est une "trahison". Il dénonce le fait que les "syndicats de police soient les premiers à se coucher devant le gouvernement sans garantie sur le dossier des retraites". Ajoutant, "Jusqu'aux dernières nouvelles, le syndicat France Police - Policiers en colère faisait partie de l'intersyndicale.. Sauf que les syndicats de police macronistes ne nous ont pas demandé notre avis et parlent en notre nom au titre d'une intersyndicale de façade ! Suite à cette annonce unilatérale, le syndicat France Police - Policiers en colère claque évidemment la porte de cette pseudo intersyndicale !".

Une condamnation qui n'a pas non plus tardé à venir du côté de VIGI - Police, qui titre ainsi son communiqué en réaction à cet accord : "LA NOUVELLE TRAHISON DES SYNDICATS POLICE « REPRÉSENTATIFS » ENVERS LES POLICIERS ET LE PEUPLE".

À l'instar du reste du monde syndical, la mainmise des directions sur leurs bases est un enjeu hautement prioritaire pour elles, si elles ne veulent pas être débordées par ces dernières. Reste donc à savoir comment cette base syndicale de policiers interprétera les déclarations de leurs directions respectives. Réponse dans les prochains jours.


Par Wolf Wagner (https://www.facebook.com/journaliste.wolf.wagner)

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