"Smart Borders" - Les Nouvelles Frontières Hi-Tech de l'Europe

Big Brother Is Watching You


Des chercheurs critiquent les nouveaux concepts de l'Union Européenne en termes de
sécurité aux frontières comme une exagération inutile. Une étude allemande dit que les projets sont
coûteux et inefficaces.

A l'avenir, des « smart borders » (« frontières intelligentes ») devraient protéger les
frontières extérieures de l'Union Européenne – à la fois contre les immigrants illégaux, les criminels
et les terroristes.

La Commission Européenne, qui rédige les projets de lois correspondantes, entend déployer
la haute technologie pour sécuriser les frontières. Elle a initié plusieurs projets en 2008, sous les
auspices du European Border Surveillance System (Système Européen de Surveillance des
Frontières, EUROSUR), dirigé principalement contre l'immigration illégale.

Mais la Fondation Heinrich Böll, un institut de recherche affilié au parti des Verts allemand,
a commandé une étude sur le sujet, qui a été publiée sous le titre « Borderline ».
Un des auteurs est Ben Hayes de l'organisation britannique de défense des droits de l'homme
Statewatch. Il dit que l'assurance de la Commission Européenne qu'EUROSUR aidera à sauver les
vies d'immigrants en bateau sur la Méditerranée cache ses réelles intentions : « Nulle part dans le
projet y fait-il mention que les réfugiés doivent être sauvés ou de ce qui doit leur arriver. A la place,
des soit-disantes 'opérations de repoussoir' sont utilisées pour garder tous les réfugiés loin des
frontières de l'Europe. »

La Commission prétend que l'introduction de systèmes de frontières intelligentes avec des
contrôles biométriques a pour but de détecter des « traînards », des personnes qui entrent dans l'UE
légalement, comme avec un visa, mais qui ensuite restent illégalement même après que le visa ait
expiré. Mais les auteurs de l'étude Borderline doutent que les bénéfices en justifient l'énorme coût.
Après tout, quelques 100 millions de personnes traversent les frontières de l'UE vers des pays tiers
chaque année. Capturer chacun d'entre eux demanderait la création d'une base de données d'une
taille sans précédent – un cauchemar pour ceux qui sont concernés par le respect de la vie privée.

Techniquement, les visées d'EUROSUR sont extrêmement complexes et ambitieuses – le
projet est censé pouvoir détecter le moindre petit bateau bougeant vers l'Europe sur la Méditerranée
et l'Atlantique Nord.

Ceci inclura de nouveaux systèmes de surveillance comme des drones et des satellites –
mais, selon Borderline, l'UE a manqué de commander une étude de viabilité technique ou financière
de la part d'experts indépendants. « Les seules personnes à qui on a demandé si ça pouvait marcher
techniquement étaient les entreprises de technologie en sécurité, » a dit Hayes.

Hayes croit que la décision de compter prioritairement sur la technologie pour s'occuper de
l'immigration illégale repose sur un lobbying efficace de l'industrie de la sécurité. « Vous n'avez pas
besoin d'être un génie en mathématiques pour vous rendre compte que les entreprises de sécurité et
de technologie vont gagner beaucoup d'argent si des systèmes de contrôle des frontières intelligents
sont installés à chaque passage de frontière et chaque aéroport des 27 pays membres de l'Union
Européenne, », a-t-il ajouté.

Bien que la Commission Européenne ait lancé le projet smart borders en 2008, le Parlement
Européen n'a pas voté à ce sujet avant 2012. Le parlement a été présenté avec un fait accompli,
disent les auteurs de l'étude.

L'euro-députée des Verts Ska Keller, qui a initié l'étude, partage leurs craintes. Formellement
parlant, le parlement pourrait toujours rejeter le projet, mais ce ne serait pas réaliste après que tant
de temps et d'argent ait été investi. Peut-être que des améliorations peuvent être faites en termes de
respect de la vie privée, dit Keller : « Si vous construisez de si grandes bases de données, comme
prévu, cela suscite des envies très rapidement. »

Keller dit qu'elle manque d'objectivité politique sur tout le débat sur la sécurité aux
frontières de l'UE : « Il n'y a pas eu de réflexion autour de ce qu'est le problème et de ce qui pourrait
être une solution appropriée. On nous offre une solution hi-tech pour un problème qui n'existe pas à
cette échelle. »


Auteur : Rachel Gessat / sgb
Editeur : Ben Knight
Source : http://www.dw.de/dw/article/0,,15995226,00.html

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