La Nature aussi fait partie des 99%

Note : Cet article fut écrit le 27 octobre dernier par Chip Ward, écrivain et activiste américain, traduit en français par mes soins et avec sa permission. Il est d'actualité.

 

La Nature aussi fait partie des 99%

 

L'économie est construite sur le concept d'une croissance irrésistible, ce qui est un désatre environnemental et sanitaire pour tous sauf les 1%.

 

Et si l'élévation du niveau des mers était une autre mesure de l'inégalité ? Et si la dégradation des systèmes vitaux pour la vie de la planète – son atmosphère, ses océans et la biosphère – allait de pair avec l'accumulation de richesse, de pouvoir et de contrôle de la part de ce 1% avide et corrompu dont nous entendons parler à Zuccotti Park ? Et si l'assaut contre la classe moyenne américaine et celui contre l'environnement étaient en fait le même ?

Il n'est pas difficile pour moi de comprendre comment la qualité environnementale et l'inégalité économique ont pu se retrouver chevillées ensemble. Durant toutes mes années en tant que coordinateur de base confronté à l'impact tragique d'environnements dégradés sur la santé publique, c'était toujours la même histoire : quelqu'un s'enrichissait et quelqu'un d'autre devenait malade.

Dans les batailles auxquelles j'étais impliqué pour freiner les pollueurs et préserver la santé publique, ceux qui voulaient des freins, de la responsabilité et des précautions se voyaient toujours dépassés en budget, plusieurs fois, par ceux qui ne voulaient aucune restriction à leurs effluents.

Nous creusions dans nos poches pour affranchir les lettres, ils avaient des comptes de fonctionnement. Nous faisions des flyers à glisser sous les essuie-glaces des voitures en stationnement, ils achetaient des pubs à la télévision. Nous prenions sur notre temps de travail pour rendre visite aux législateurs, pour découvrir qu'ils étaient partis déjeuner avec des lobbyistes professionnels.

Naturellement, les barons des industries chimique et nucléaire ne résident pas à proximité des décharges radioactives ou polluées chimiquement que leurs corporations créent ; par contre, des populations noires ou brunes et précaires vivent souvent près de telles zones écologiquement sacrifiées car ils n'ont pas les moyens de vivre ailleurs.

De la même manière, les communautés grillagées des hyper-riches ne sont jamais construites près de rivières-égouts ou de paysages de cheminées d'usine fumantes, mais les bidonvilles de la planète, oui. Ne pensez pas, cependant, que ce soit pour des raisons de valeur immobilière ou de paysage. C'est une histoire de santé, si vos gosses ont ou non du plomb ou des dioxines dans le sang. C'est une équation très simple, en fait : les disparités de revenus deviennent des disparités sanitaires.

Et voici une autre formule : s'il y a de l'argent à se faire, l'environnement et les travailleurs sont sacrifiables. Tout comme les emplois migrent si une main d'oeuvre moins chère peut être trouvée à l'étranger, je connais des travailleurs qui ont été jetés sur le bas-côté lorsqu 'ils tombèrent malades de l'air vicié ou des produits toxiques qu'ils rencontraient sur leur lieu de travail.

Le fait est : nous ne nous libérons d'un système économique injuste et dysfonctionnel que lorsque nous commençons à nous percevoir comme des communautés et non des anonymes. Ceci est un message clair de Zuccotti Park.

Les pollueurs s'éloignent régulièrement des sols qu'ils empoisonnent et attendent des contribuables qu'ils fassent le ménage après eux. En « externalisant » de tels coûts, les bénéfices sont augmentés. Les exemples d'empoisonnement des sols et d'abandon de terres sont trop nombreux à énumérer, mais la plupart d'entre nous peuvent se référer à un tel « site » non loin de chez eux.

Clairement, Mère Nature fait partie des exploités, de ceux qui galèrent, de ceux dont les droits sont bafoués.

 

 

Democracy 101

 

Les 99% payent l'écart de richesses par des emplois perdus, des maisons saisies, des retraites en berne et des services publics réduits, mais la Nature paye, aussi. Dans le monde que les 1% ont crée, les besoins d'écosystèmes entiers sont aussi aisés à ignorer que, disons, le besoin des jeunes d'avoir une éducation sans dettes ou des emplois enrichissants.

L'extrême disparité et la profonde inégalité génèrent un double système de valeurs aux profondes conséquences. Si vous êtes un PDG qui écrème des millions de dollars sur le labeur des autres, cela s'appelle un « bonus ». Si vous êtes une victime d'inondation entrant par effraction dans un magasin de sport pour prendre un gilet de sauvetage cela s'appelle du « pillage ». Si vous perdez votre boulot et prenez du retard sur le paiement de votre hypothèque, vous êtes expulsé. Si vous êtes un banquier/trader qui a mis au point des hypothèques toxiques qui ont fait perdre leurs toits à un million de personnes, vous obtenez une opulente résidence secondaire près d'un terrain de golf.

Si vous traînez de lourds filets sur le fond de l'océan et pulvérisez un écosystème entier, mettant fin à des milliers d'années dévolution dynamique et privant les générations futures d'un océan sain, cela s'appelle la liberté d'entreprendre. Mais si, comme Tim DeChristopher, vous troublez une vente aux enchères de terres publiques à des compagnies pétrolières ou gazières, cela s'appelle un crime et vous prenez deux ans ferme.

Dans les campagnes pour rendre les corporations polluantes responsables, mes voisins de l'Utah et moi avons appris cette vérité simple : les choix concernant ce que nous devons permettre dans l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons et la nourriture que nous mangeons se traduisent sans tarder en expériences de chair et de sang, bien réelles de la vie quotidienne. Il est donc primordial que ces décisions, concernant la qualité de l'environnement et la santé publique, soient prises ouvertement, inclusivement et de manière responsable. C'est Democracy 101.

Les corporations qui déchirent les habitats et contaminent votre air et votre eau sont tout sauf démocratiques. Faites la queue pour avoir vos 30 secondes devant un micro à une audition publique devant décider de l'emplacement d'une centrale nucléaire, l'effluent d'une ferme industrielle ou l'ablation d'un sommet de montagne et vous comprendrez très vite : les corporations qui profitent d'une telle destruction écologique sont distantes, arrogantes, dissimulatrices et insensibles.

Les 1% sont prêts à dépenser des milliards pour gêner les initiatives démocratiques, ce qui fait que chaque problème soi-disant écologique est également un problème de construction d'une culture démocratique.

 

Tuer d'abord l'EPA, ensuite la Sécurité Sociale

 

Au-delà de la rhétorique sur la liberté des nouvelles stars du Parti Républicain, la stratégie est assez simple : obstruez et désinformez, puis portez la faute au bordel qui s'ensuit au « gouvernement ».

C'est une immense arnaque.

Dites aux électeurs que le gouvernement ne marche pas puis, une fois élu, prouvez-le. Et en premier sur la liste des institutions publiques qu'ils veulent

Occupy Earth

 

Il faut donner le crédit là où il est dû : c'est le génie des manifestants de Zuccotti Park d'avoir déplacé le débat public vers l'équité de la distribution des devoirs et récompenses économiques et si le dit système nous grandit, nous unit ou nous réduit et nous divise.

Il est difficile d'imaginer comment nous allons adresser nos crises écologiques convergentes sans d'abord contester la manière dont la concentration de richesse et de pouvoir a capturé le système politique. Tant que Washington sera dominée et intimidée par des multinationales pétrolières, les spéculateurs de Wall Street et les entreprises qui peuvent acheter l'influence et même instaurer les règles qui rendent l'achat d'influence possible, il n'y a pas de moyen substantiel de guérir l'addiction de notre économie au charbon, au gaz et au pétrole et ses conséquences dramatiques.

Les 99% de la Nature sont une communauté d'espèces d'une merveilleuse diversité. Elles se nourrissent, partagent et recyclent dans une trame de relations si dynamiques et complexes que nous avons encore à comprendre comment tout se tient si bien ensemble. Ce que nous avons excellé à faire jusqu'à maintenant a été de briser les choses en leurs morceaux et ensuite les ré-assembler ; c'est, après tout, comme çà qu'un baril de pétrole devient du comburant pour fusée ou une chaise de jardin.

Quand il s'agit de phénomènes de la vie plus chaotiques et moins linéaires tel le climat, les écosystèmes, les systèmes immunitaires ou le développement foetal, nous commençons à peine à comprendre les seuils et les boucles de feedback, la manière dont LE TOUT EST DAVANTAGE QUE LA SOMME DES PARTIES. Mais au moins savons-nous que les parties sont profondément importantes et que, avant de pouvoir complètement les comprendre, nous les perdons à un rythme qui s'accélère. Les forêts se meurent, les pêcheries disparaissent, l'extinction a pris des anabolisants...

Dégrader les systèmes actifs de la planète pour grossir la ligne du bas de l'addition est stupide et irresponsable. Cela nous nuit à tous. Non moins important, c'est inique. Les 1% s'engraissent pendant que le reste d'entre nous tousse et endure.

Après Occupy Wall Street, n'est il pas le temps d'Occupy Earth ?

 

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