Vous connaissez sans doutes la fable "rat des villes, rat des champs". Ecrite par un Picard vers la fin du 17ème siècle.
Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,
D'une façon fort civile,
A des reliefs d'ortolans.
Sur un tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis :
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.
Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête,
Pendant qu'ils étaient en train.
A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit ;
Le Rat de ville détale,
Son camarade le suit.
Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt ;
Et le Citadin de dire :
Achevons tout notre rôt.
C'est assez, dit le Rustique ;
Demain vous viendrez chez moi.
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de roi ;
Mais rien ne vient m'interrompre ;
Je mange tout à loisir.
Adieu donc ; fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre !
Pourquoi ais-je précisé la région d'où provient l'auteur (Jean de la Fontaine), un détail. Sa maison peut d'ailleurs se visiter à Chateau Thierry.
Chateau Thierry, l'une des villes honnies depuis ce mois d'avril 2012. Honnie parce qu'une part conséquente des habitants a mal voté. Et oui, la marine a cartonné par là bas. Notez que ça n'est pas exactement un scoop, que les gens du crû votent pas comme il faut.
Ah. Voici sans doutes le moment où je dois me moucher : nan nan, je vote pas extrême droite. Les racistes, j'ai un peu de peine avec eux. En fait. Pour dire, si j'avais présumé que Hollande via Valls ferait du sarkdrom, je crois que je me serais abstenu. Non parce que voir la "gauche" mener ce genre de politique, comment dire, humaine c'est ça, bin ça me débecte. L'éventuel lecteur qui se serait égaré sur mon tchio blog pour la 1ère fois étant prévenu, on peut poursuivre !
Donc j'aime pas les racistes et autres fachos. Pour autant, il me semble pas que le fn soit interdit. Ce qui m'aurait semblé cohérent d'une certaine manière. Donc le parti étant autorisé, très largement médiatisé, je trouve un peu fort de café de charger la mule sur le dos des electeurs incompétents.
Et j'en arrive au point qui m'interesse. En plusieurs mois, quelques articles ont étés publiés sur médiapart, côté journal, sur le thème "comprendre l'electorat fn".
Et alors la parole a été donné a plein de sommités, sans ironie, des universitaires interviennent sur cette épineuse question. Sauf que moi, y a un truc qui m'a choqué. Une phrase "Ils ont tout faux, et ils le savent." Qui dit ça ? Qui a tout faux ? Que signifie avoir tout faux ?
Celui qui écrit cette phrase, c'est Laurent Davezies, un urbaniste, enseignant à l'IUP (institut d'urbanisme parisien), qui a beaucoup étudié les questions du vote en fonction des territoires. Donc le sujet, il masterise. Ironique ? Un brun. Mais je serais prêt à nuancer le ton si d'aventures j'avais tort sur cette petite phrase.
La première occurence de la phrase "Ils ont tout faux, et ils le savent", c'était dans Ouvriers, employés, ces oubliés qui vivent la rage au coeur, le 4 janvier 2012. Cette sentance désignait une population péri urbaine, "Ils se sentent méprisés par les élites: leur empreinte environnementale est considérable, ils vivent en pavillon, ils ont tout faux et ils le savent." C'est en page 2.
C'est bien ce qu'il m'a semblé en lisant Ces 6000 communes qui ont placé Le Pen en tête, le 07 octobre 2012, la petite phrase "ils ont tout faux et ils le savent", je l'avais déjà lue. Là, le contexte de la petite phrase est le suivant :
« les électeurs de ces territoires se sentent bêtes. Ils sont dans une situation qui fait qu’ils sont complètement rejetés. Ils sont sur un modèle que les intellectuels détestent : l’étalement urbain, les deux voitures. Les urbanistes en ont horreur, les écolos les traitent de salauds avec leur empreinte environnementale colossale. C’est comme si on déniait leur mode d’existence. Ils sont dans la mouise et en plus on leur dit : “Vous êtes des salauds !” Quelque part, ils ont tout faux, ils ont fait tous les mauvais choix. Et voter FN, c’est une façon de dire : “Ce n’est pas moi qui ai raté, c’est le monde qui ne va pas.” »
Bon, le contexte n'est pas si abrupt. De suite ça glisse mieux. Ou pas, pour ma part !
Alors à la lecture de ces 2 articles, je peinais à comprendre s'il s'agissait d'une interview recyclée, d'un travail universitaire recyclé ? Alors j'ai cherché un peu. Et j'ai trouvé un autre article : les fractures françaises que révèlent la percée du fn, le 28 mars 2011.
Alors c'est peut être grâce au mix de différents chercheurs, dont Laurent Davezies, que l'analyse me semble moins brutale, et donc audible.
Extrait de la page 4 :
"Cette crise urbaine silencieuse n'interpelle pourtant guère les politiques, qui ne la voient pas, la taisent, ou préfèrent mettre l'accent sur la disparition des services publics – phénomène bien réel, mais qui n'est qu'un aspect du problème. «En France, cette question fait l'objet d'un véritable déni», estime Sylvie Fol.
Selon Christophe Guilluy, le pire danger serait que la gauche renonce à proposer des réponses à ces questions sociales et ces enjeux territoriaux qui «sont ethnicisés parce qu'ils ne sont pas réglés».
La rancœur des «ouvriers picards» à l'égard de l'immigré qui incarne le dumping social – mais aussi du «bobo» parisien qui évolue dans la mondialisation comme un poisson dans l'eau – trouve ainsi un exutoire dans le discours du FN. Tout comme l'aigreur d'une partie des classes populaires contre les «jeunes de banlieue», entité façonnée par le discours médiatique et politique, qu'ils n'ont pas toujours côtoyée en vrai. Ou encore la colère des «petits-blancs» précarisés, ces hommes peu diplômés qui, rappelle Laurent Davezies, sont les «principales victimes depuis 20 ans de la disparition des postes de travail dans l'agriculture, l'industrie ou le commerce, car ces métiers étaient d'abord masculins»."
Là, via l'onglet prolonger, je vois que Laurent Davezies a publié un livre sur le sujet, La République et ses territoires (La Découverte, 2008). Du moins, je suppose que le bouquin traite du sujet, parce que c'est la seule référence que j'ai trouvé, et par ailleurs je n'ai pas lu le livre en question.
Donc je suppose vu que l'auteur des articles ne précise pas les modalités de recueil des citations.
Je suis disposé à croire que Laurent Davezies connaît le sujet. Qu'il y consacre beaucoup de temps. Et même, je veux bien aller jusqu'à croire que ses conclusions sont justes. Sérieusement, certains picards sont...épais de connerie, et discuter avec eux en restant serein relève de la gageure. De là à écrire, en étant dans le camp de l'élite (ne serait-ce qu'au regard des "étudiés"), "ils ont tout faux, et ils le savent" !!! Je suppose qu'il s'agit pas d'essayer de dialoguer avec les personnes visées ? Un enrobage, disons, plus diplomatique, serait peut être opportun, non ?
Je suppose beaucoup. C'est mon corolaire au doute. Payes ta médaille : face : tu doutes, pile : je suppose !!!
Le nord, nord est de la France, c'est contrasté comme secteurs.
Mais, au milieu de ces déserts, il y a beaucoup d'abandons. Abandons économiques. Abandons de l'Etat. Même les monuments aux morts de 14-18 sont en piteux état. Pour l'anecdote, certains des morts disposent de stèle marquant l'obédience religieuse / ethnique. Oui, c'est juste normal, ou la moindre des choses. Entretenir ces espaces serait juste normal, ou la moindre des choses. L'état des routes, la mort des centres villes, les fermetures de classe...non, c'est le rêve de vivre là bas.
Ce qui me chagrine le plus, dans les articles évoqués c'est le sous entendu implicite "ils sont responsables". Ah.
Et les urbanistes (au hasard), et les politiques ? Ils sont responsables de quelque chose, ou pas ? Le rejet de la voiture, c'est assez neuf dans les médias, mais les urbanistes sont sur le sujet depuis une bonne dizaine d'années. Et ce n’est pas tellement assumé par les politiques. Suffit de regarder Paris. Concrètement, le rejet de la voiture, c'est ce qui se fait via les Plan de Déplacement Urbain.
Alors à Paris, on veut tuer la voiture, et c'est réalisable sans être trop pénalisant du fait du réseau de transport, des offres alternatives vélib, autolib et autres taxis. Mais ce n’est pas assumé. Le pas trop pénalisant est relatif selon la localisation résidentielle et les mouvements pendulaires (domiciles travail) afférents. Mais bref, le fin fonds du 9-3, c'est déjà la picardie 'spa. Alors bon.
Dans les provinces décri(t)ées, elle est où l'offre transports publics ? Elle est comment l'offre de transports alternatifs ? Qui a rendu possible les pôles régionaux, qui favorisent l'empreinte écologique des idiots qui souhaitent faire des courses ?
Nombre des 36 000 communes françaises ont une existence ancienne. Il ne s'agit pas de "villes nouvelles" nées de l’imagination débridée d’urbanistes, architectes et hauts fonctionnaires d’Etat. L'étalement urbain, je le vois plus dans le fait que nombre de parisiens ont vu, à 1 grosse heure de paris, le moyen d'avoir une jolie maison de campagne moins cher qu’en Normandie. Ce qui a dopé l'immobilier, assez vite au détriment des autochtones. Le revers de la médaille. La carotte et le béton. Comment ça l'empreinte écologique du week end, les écolos, ce sont les urbanistes on a dit.
Ils assument comment, les urbanistes, le fait d’étouffer progressivement les campagnes ? Supprimer l'Etat, c'est « facile ». Et les habitants, on en fait quoi ? Rien, ils se débrouillent ? On attend qu’ils meurent ? Lorsque la désertification régalienne accompagne la mort industrielle, le cocktail est radical. Le Languedoc c’est un peu le même combat, bien que le tourisme offre une diversion notable. Quoiqu’il en soit, c’est un terreau formidable pour la « bouc émissérisation ». Donc le racisme.
Non, je trouve un peu simpliste de brocarder aussi sèchement les électeurs, les habitants de ces lieux.
Alors voilà où je voulais en venir avec la fable initiale. L'élite, le parisianisme, le respect, toussa.
Sinon, pendant ce temps là, les manifestations anti austérité continuent. En Espagne, d’après un sondage publié par El pais, 77% des espagnols soutiennent les manifestants. Neuf sur dix s’attendent à un durcissement du mouvement.
Mais quel rapport avec la choucroute ?
nb : cet article était rédigé le 07 octobre. Il a été assez largement remodifié depuis, mais j'ai conservé la conclusion.
nb 2 : un clin d'oeil en forme de spéciale dédicace :
et pour retourner dans la région :