La petite musique reprend, répétée à qui veut (et ne veut pas) l'entendre sur tous les plateaux TV et toutes les stations de radio : le programme du Nouveau Front populaire est bien gentil, mais il n'est pas réaliste. Je laisserai aux économistes le soin d'argumenter plus précisément, avec de belles courbes et de beaux graphiques pour montrer, dixièmes de points de PIB à l'appui, que ce n'est pas vrai. Ici, je veux proposer une réponse politique, qu'on pourra à notre tour répéter à qui veut (et à qui ne veut pas) l'entendre.
Premièrement, qui le dit ? Bruno Lemaire ? Gabriel Attal ? Emmanuel Macron ? Le Medef ? Ahah mais au secours ! En 7 ans ils ont aggravé la dette de l’État de 1 000 milliards d'euros. 1 000 milliards ! Mettons tous les zéros juste pour la blague : 1 000 000 000 000 € ! Alors les "Mozart de l'économie", passons.
Mais ce n'est pas un argument suffisant. Le seul argument est que toujours, toujours, la bourgeoisie s'est opposée à la redistribution. Et toujours, toujours, les victoires populaires ont été durables. Imaginez simplement en 1936, lorsque le Front populaire a imposé les deux premières semaines de congés payés pour tous les travailleurs et à toutes les travailleuses. Imaginez seulement le traumatisme pour la bourgeoisie. Maintenant, imaginez lorsque le Conseil national de la Résistance a imposé la sécurité sociale, la retraite par répartition et les nationalisations. Imaginez seulement le traumatisme pour la bourgeoisie. Est-ce que la France a sombré ? Est-ce que l'économie s'est effondrée ? Deux semaines de congés payés, sur 52 semaines, ça représente tout de même une contribution de près de 4%, et sans parler des augmentations de salaire obtenues à l'époque. La sécurité sociale, la retraite par répartition et les nationalisations cela représente un magot gigantesque spolié aux capitalistes. Et que se passe-t-il depuis ? Cela fait maintenant 90 ans que la bourgeoisie essaie de détricoter les acquis du Front populaire, 80 ans qu'elle essaie de détricoter les acquis du Conseil national de la Résistance. Et malgré les innombrables assauts répétés, la retraite par répartition tient encore à peu près, la sécurité sociale aussi, et les congés de même.
Alors l'argument à répéter inlassablement est celui-ci : dans tous les cas, la poignée de perdants et ses laquais vont hurler à la mort, mais si on gagne, si on gagne. Si on gagne, ce qu'on aura obtenu, les capitalistes mettront des décennies à le reprendre, ils devront mener des assauts, affronter des mobilisations d'ampleur pour gratter un morceau de ce qui aura été obtenu.
Le Nouveau Front populaire une fois élu votera ce programme. Aucune manifestation ne viendra perturber cela. Qui sera dans la rue pour râler contre le rétablissement de l'ISF ? Personne ! Qui sera dans la rue pour râler contre la retraite à 60 ans ? Personne !
Alors oui, l'effervescence sera de courte durée. Durant 2 ans, jusqu'aux prochaines élections, le programme sera voté avec enthousiasme à l'Assemblée nationale, puis viendra le temps où les élus voudront être réélus et auront pour cela besoin du soutien des médias des milliardaires et des riches. Alors oui, le PS dira "attention à la dette", le PS dira "il faut revenir à une bonne gestion des finances publiques" et sera fini le temps de l'opulence. Mais je vais vous dire : peu importe. Peu importe, je m'en fiche complètement que le PS trahisse dans 2 ans. Je m'en fiche complètement parce qu'entre temps, en deux ans, nous aurons gagné beaucoup de batailles que la bourgeoisie mettra des décennies à détricoter.
Donc d'ici le 30 juin, on va faire campagne pour celles et ceux qu'on apprécie, mais aussi pour celles et ceux qui nous trahiront dans deux ans, mais on fera campagne avec le sourire car pendant 2 années, elles et ils voteront toutes les lois du Nouveau Front populaire, et le gagnant dans toute cette histoire, ce sera le peuple !