Lettre ouverte à Harlem Désir suite aux ateliers du changement à Reims

Monsieur Harlem Désir,Mercredi 29 mai, j'étais présent à ce que le parti politique dont vous êtes le premier secrétaire appelle : « Les ateliers du changement » et j'avoue que vous avez presque réussi à m'endormir. Je veux dire : politiquement parlant.

Monsieur Harlem Désir,

Mercredi 29 mai, j'étais présent à ce que le parti politique dont vous êtes le premier secrétaire appelle : « Les ateliers du changement » et j'avoue que vous avez presque réussi à m'endormir. Je veux dire : politiquement parlant.

La vidéo qui nous a été donnée à voir au début m'avait pourtant, d'emblée, mis la puce à l'oreille : c'est un montage. Il faut dire que les coupures étaient tellement grossières. Le rythme, si haché. Le tout, creux et prévisible. Première mise en bouche, donc... ou plutôt : mise en tête.

Puis vint le temps du premier lot de questions. Ici aussi, le début sonnait faux (comprendre : préparé). Toutes venaient de la même rangée sans que les personnes qui sont intervenues n'aient à lever le doigt. Que vos explications ont alors été claires et limpides ! Pour donner une ligne directrice au reste du débat, il n'y a pas meilleure méthode... Bravo !

Parlons donc d'emploi ! L'affreux gauchiste que je suis vous fait grâce de n'avoir pas remis en cause cette institution. Après tout, qui cela intéresse-t-il d'avoir conscience que l'emploi, c'est la contrainte capitaliste au travail, la rollex y remplaçant juste le fouet ou la promesse d'une place au paradis ? Il faut choisir entre rester réformiste ou devenir transformateur. On ne peut pas collaborer avec l'idéologie dominante et y résister.

Il est vrai que « le poids de la crise »... blablabla... la « politique irresponsable avant »... blablabla... la « sécurisation du parcours professionnel », le « monde de demain », la « bataille de la mondialisation », la « lutte impitoyable »... blablabla. Vos éléments de langage ont été entendus (au moins autant que les « énergumènes » qui, devant la salle, manifestaient contre le mariage pour tous). Mais rien sur l'économie sociale et solidaire ! Rien non plus sur les atouts locaux propres de notre belle région ! Et trois fois rien sur le social, mot que vous n'avez prononcé que 2 fois en tout, contrairement à économie, que j'ai renoncé à compter.

Outre le ton condescendant de l'animateur, j'ai été réellement admiratif de votre capacité à ne pas répondre. Bien sûr, vous avez parlé. Beaucoup, avec fluidité et en montrant bien que vous aviez retenu qui vous avait interpellé. Mais, dans les faits, je ne peux m'empêcher de penser que le grand afflux de questions est une bonne excuse pour ne répondre qu'à celles qui vous dérangeaient le moins.

Quid du Grand Marché Transantlantique ? Quid de la RGPP modifiée en MAP ? Quid des moyens mis en œuvre pour lutter contre l'évasion fiscale dont vous avez si bien rappelé les chiffres ? Quid également de la transition énergétique, de ce qui reste de l'éducation, des conditions de travail (si je puis dire) que va entraîner la loi sur la « flexisécurité » (très bel oxymore, soit dit au passage) ?

Allez... comme je suis de bonne constitution, j'avoue avoir été d'accord sur le fait que, vu l'ambiance actuelle suite à l'adoption du mariage pour tous, le droit de vote des étrangers (extra-communautaires, il convient de le rappeler) n'était pas à mettre en chantier pour l'instant.

Pour le reste, mon analyse (partisane) est que, pour lutter contre la droite en général et le Front National en particulier, le gouvernement (dont vous êtes en toute logique le premier soutien) tente de plaire à ce qu'on appelle « les classes moyennes », cet électorat qui peut tout faire basculer si, comme les « classes populaires » déjà aujourd'hui, il se sent parfois abandonné, et souvent trahi. Cela fait donc de votre mouvance au sein du PS la DC (Droite Complexée). Comme slogan pour de prochaines élections, je vous propose donc « Vivre plus pour travailler plus » (les plus sont optionnels), ou bien « la social-démocratie assise », ou bien encore « Ce n'est qu'un début, continuons le changement ! ».

Je suis parti avant la fin, avant de m'endormir pour de bon. Honte à moi ! Mais j'avais ma dose de soupe. Avouez que, quand ça sent la soupe, que ça a la consistance de la soupe et que ça s'avale comme de la soupe... c'est de la soupe !

Cordialement,

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