La dette étudiante Américaine fait trembler le monde

Bonjour à tous.

Ce texte est issu de la "Chronique du Vendredi" du site du Parti de Gauche de la Marne. Bonne lecture

 

La France est de nouveau officiellement en récession pour la première fois depuis 2008. Ce fait découle directement des politiques menées dans les divers pays de l'OCDE pour maintenir le système financier néo-libéral en place depuis 1980 et la dérégulation de Reagan et Thatcher aux Etats-Unis. Nos pays ont déjà du mal à maintenir des conditions de vie acceptables en ne changeant pas cet ordre injuste et antidémocratique via les politiques d'austérité, qu'adviendrait-il alors si une nouvelle crise financière s'abattait sur nous ? L'économie est tellement phagocytée par les marchés financiers qui pillent l'économie réelle à leur propre compte qu'elle a bien du mal à s'ajuster à la demande des fonds d'investissements. Mais rappelons nous que c'est le marché financier qui a provoqué la crise et que nous avons créé via la dérégulation les conditions d'une catastrophe financière qui a eu lieu en Juillet 2008 : ce fut la crise des subprimes.

 

I - La Crise des subprimes 

Cette année là, l'Amérique et le monde se rendent compte que des prêts qualifiés "sans risque" dont les avoirs représentent 1000 milliards de dollars ont été consentis à des Américains qui n'avaient plus les moyens de les rembourser (à titre de comparaison : PIB américain = 15 000 milliards, PIB France = 2 770 milliards de dollars). A cause de la spéculation devenue mondialisée, cette bulle dont tout le monde avait profité pour engranger des profits a contaminé l'ensemble des établissements financiers dont l'argent des épargnants était investis dans les subprimes sans le savoir. Résultat : un système bancaire en faillite, les gouvernements de tous les pays obligés de recapitaliser les banques pour sauver l'épargne de tous, explosion de la dette souveraine.

La crise des subprimes fut un véritable tremblement de terre qui mit à genou le colosse aux pieds d'argile, et nous en subissons encore les conséquences. Cet élément déclencheur des subprimes a eu un tel impact pour trois raisons :
- au delà du bon sens et de la prudence nécessaire pour tout type de crédit, il y a eu un délit délibéré de contournement de la réglementation sur la solvabilité bancaire
- la revente des obligations risquées sur le marché financier qui a fait tomber tout le monde comme des dominos
- la non séparation des banques de dépôts et d'investissement : les banques étaient trop grosses pour les laisser tomber. Lorsque les Etats recapitalisèrent les banques (ie. qu'ils nationalisèrent sans le dire), il y a eu une absence de volonté politique de changer quoique ce soit dans l'organisation du monde financier, si bien qu'un tel événement peut tout à fait se reproduire. Et en effet, après le séisme de la bulle des subprimes, nous sommes en train d'attendre la réplique de la bulle du prêt étudiant.  

 

II- La menace de la dette étudiante américaine

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Les Etats-Unis, pays du libéralisme, possède sans aucun doute les Universités les plus prestigieuses du monde. Mais derrière ces fleurons de connaissance et de recherche se cache le quotidien de milliers d'étudiants Américains : celui de la dette. Pour compenser la baisse des dépenses publiques dans ce secteur touché par la crise et sans politique de soutien financiers des universités de l'Etat fédéral, les frais d’inscription ont doublé en une décennie ; de toutes les autres formes de dettes contractées par les Américains, le crédit étudiants est le seul à augmenter. Il est même devenu le deuxième poste d’endettement des ménages, se glissant même devant les cartes de crédit.

En moyenne, la dette accumulée pour un jeune diplômé atteignait 23 000 $ en 2008 et elle atteint aujourd'hui les 25000 $. Le principe est simple, les étudiants pour faire face à ses frais de scolarité empruntent de l'argent pour financer leurs études et commencent de rembourser une fois le diplôme acquis. On comprend bien que ce système fonctionne du moment que l'étudiant devient, grâce à son diplôme, un salarié et qu'il perçoit un revenu pour pouvoir rembourser son crédit. Seulement voilà où en est le crédit étudiant : le montant total des prêts étudiants atteint la somme de 1000 milliards de dollars, chiffre qui comme nous venons de le voir a été suffisant pour déclencher la crise des subprimes.

En quoi y a-t-il un raison de s'inquiéter ? Le problème vient de la situation économique américaine. Si jusque là ce système arrivait à fonctionner, c'était que les frais d'inscriptions restaient raisonnables (similaires à certaines écoles de commerce en Europe) mais surtout qu'il y avait du travail à la sortie pour les jeunes diplômés. Or la concomitance de l'augmentation des Frais de scolarité, puis de la forte augmentation du chômage des jeunes (14% pour les 20-24 ans) aux Etats-Unis, pays en récession, crée cette énorme bulle financière. La réalité de la vie des diplômés est bien loin des promesses des universités car pour rembourser les crédits, la plupart prennent ce qu'ils peuvent, des jobs au rabais qui n'ont rien à voir avec leurs qualifications. Un quart d’étudiants sont en retard de plus de 30 jours pour rembourser leurs prêts. Quant aux défauts de paiement, ils frisent les 10%, le double d’avant la crise.

Pour se rendre compte du niveau d'endettement que cela représente pour un jeune américain, il faut savoir que Barack Obama finit de rembourser son prêt en 2004, lorsqu'il fut élu sénateur de l'Illinois.

III - La réponse du gouvernement fédéral Américain 

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Cette nouvelle bulle pour l'instant fait tout de même peur au gouvernement fédéral qui cette fois ci, ne minimise pas l'impact que pourrait avoir l'éclatement de cette bulle. Pour l'instant, la seule mesure prise pour réduire le problème a été la décision de geler les taux d'intérêts des prêts pour les étudiants en Juillet 2012. Cette mesure électoraliste a été prise 4 mois avant l'élection présidentielle pour assurer les votes des jeunes dont une majorité avait voté Obama en 2008. Cependant dans les faits, cela ne résout aucun problème, au pire elle l'aggrave. En effet, si les taux sont gelés cela peut donner une plus grande incitation au crédit mais le problème reste le même : des frais de scolarité indignes d'une puissance comme les États Unis et l'absence de débouchés sur le marché du travail pour tous les jeunes diplômés.  

  Alors quelles conséquences pour le monde ? Encore une fois, la panique pourrait prendre d'assaut les marchés suite à l'annonce de pertes records du secteur bancaire et cette fois ci, une impossibilité pour les États de recapitaliser les banques dû à l'importance de la dette souveraine. Les banques pourraient donc s'effondrer avec l'épargne de beaucoup de monde en même temps. Il est donc temps d'engager les réformes structurelles du secteur bancaire pour limiter l'impact qu'un tel séisme pourrait avoir car il est peu probable que le gouvernement américain finance les frais de scolarité de ses propres citoyens par pur idéologie politique et économique. Pour aller plus loin, je vous conseille la lecture du livre du secrétaire national du PG : François Delapierre, La bombe de la dette étudiante, édité par Bruno Leprince        

 

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