Pourquoi la démocratie ?

Nos jeunes concitoyens ont eu l'honneur de plancher sur l'épreuve de philosophie du Bac 2013. Oh je ne me fais pas d'illusions, aimant personnellement la philosophie comme sujet absolu de l'humanité, j'ai trouvé tous les sujets fort intéressants mais je me doute que la philo n'est pas la tasse de thé de tous les bacheliers. Un sujet a retenu tout particulièrement mon attention, celui de la filière Économique et social : "Que devons nous à l'Etat ?" Rassurez vous ! nous n'allons pas tenter de répondre à la question mais il semble que l'on ne se pose pas assez les questions suivantes :

Qu'est-ce que l’État ?

Comment organiser la société ?

Qu'est ce que la démocratie et est-elle un gage de progrès humain ?

A l'heure où les chaines de TV s'éteignent en Grêce et où les mouvements fascistes se réclament démocratiques, il est urgent de rappeler l'idéal de développement humain en faisant appel à toutes les connaissances scientifiques anthropologiques et historiques.

 

I - L’État et le contrat social

Replaçons l'Humanité dans ce qu'elle est au juste : une espèce animale grégaire. En effet, nous vivons en groupe car notre espèce, bien que douée du néocortex et donc d'intelligence, est cependant assez peu adaptée à la vie dans la nature sauvage et c'est pourquoi nous avons créé une communauté pour survivre. Cette communauté se dote d'une organisation afin d'en garantir sa survie et son fonctionnement, c'est à dire :
- s'assurer que chaque individu dispose des ressources nécessaires pour vivre dignement et s'acquitter de son devoir vis à vis de la société
- maintenir la cohésion du groupe afin que la communauté ne fasse sécession. Cette organisation, c'est l’État.

L’État organise la vie politique de la communauté pour que des décisions soient prises quant à la bonne marche du groupe. Par exemple, en période de sécheresse, comment assurer la nutrition de tous alors que les récoltes sont mauvaises etc. En lui même, l’État n'est ni bon ni mauvais mais la société choisit de faire fonctionner l’État selon une logique sociale (ou contrat social) qui peut et doit évoluer. Au Moyen-Âge, l’État reposait sur un ordre simple : l'organisation en trois partie de la société. L'ordre le plus nombreux : la plèbe devait s’acquitter de la tâche de nourrir toute la société. Un autre ordre : la noblesse, assurait le fonctionnement politique et surtout la défense du territoire contre les envahisseurs ; en tant de paix, cet ordre est donc oisif. Enfin le dernier : le clergé s'assurait du maintien de l'ordre social avec le contrôle de l’Église sur les consciences.

1371737928-bv000004.jpg

 

On peut trouver ce système injuste mais il n'empêche que l’État féodal a fonctionné comme cela pendant des siècles jusqu'à la naissance d'une classe bourgeoise et la révolution qui balaya l'ordre féodal pour un nouveau paradigme de société. Le cœur de la société voulue par les révolutionnaires et notamment Robespierre était le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau.

"L'hypothèse de l'état de nature est étroitement liée au contrat social, en effet, si nul n'est par nature soumis à l'autorité d'un autre, il est évident que le droit de commander ne peut naître d'un contrat ou d'une convention par lesquelles les individus se dépouillent en faveur d'un homme ou d'une assemblée du droit naturel qu'ils ont de disposer pleinement de leurs libertés."

Contrairement à l'ancien régime, où le souverain tenait son pouvoir de Dieu, son autorité devenant naturelle et ses ordres, inébranlables, le peuple accepte désormais d'être gouverné mais selon un contrat qui ne peut être écrit que par lui car désormais le souverain : c'est le peuple.  C'est là qu'intervient le principe de démocratie.

 

II - La démocratie

1371737731-21433.jpg


Le contrat social de Jean-Jacques Rousseau part d'une simple problématique : les personnes qui détiennent le pouvoir ont tendance à l'utiliser à des fins personnelles et privées alors que ce pouvoir leur est justement confié pour administrer les affaires de l'Etat dans l'intérêt commun de la survie et du fonctionnement de la communauté. Si l'autorité n'existe pas dans la nature, si ce n'est par la loi du plus fort qui est injuste à l'égard des concitoyens, alors il ne peut exister qu'une unique forme d'autorité, celle qui est approuvée par un contrat social écrit par le peuple et c'est ce que nous appelons la Constitution.

La constitution est un texte par lequel le peuple donne à certains de ces membres le pouvoir de décider dans l'intérêt de tous avec la contrepartie de limiter leurs pouvoirs sur le peuple. La constitution sert de garantie que les décisions sont justement prises dans l'intérêt général. C'est pourquoi la constitution de la 5e République, le traité de Lisbonne ne sont pas bons pour le peuple parce qu'ils ont été écrits par les gouvernants et non par les gouvernés. Quelles garanties avons-nous que les rédacteurs et fondés de pouvoir du texte constitutif n'ont pas volontairement écrit ce texte pour se ménager des marges de manœuvre privée dans l'application du pouvoir ?

Une constitution écrite par le peuple est la base d'un régime démocratique. Ensuite, il y a un principe suprême de la démocratie qui va dans le même sens. Nous avons un intérêt général au bon fonctionnement et à la survie de notre communauté et cet intérêt général surpasse tous les intérêts privés. Par exemple, si un village n'a qu'une source d'eau pour alimenter tous ses habitants, il y a un intérêt général à s'assurer que cette source ne se tarisse pas et que personne dans la communauté ne se gave trop abondamment en eau au détriment des autres.

L'intuition de Jean-Jacques Rousseau et des philosophes des lumières est désormais vérifiée. Nous savons qu'il y a un intérêt général humain transnational : le maintien d'un écosystème supportant la vie et le développement humain sur terre. Donc tout intérêt privé, menaçant cet écosystème doit s'effacer devant l'intérêt général et donc il n'y a qu'une seule façon de gérer les affaires de l’État, il faut que le peuple se mêle des affaires publiques et que la démocratie pleine et entière soit le moteur de l’État sinon nous courrons à la catastrophe.

 

III - La république sociale

1371738027-lasociale2.jpg


Comment matérialiser la démocratie dans un régime politique ? En théori,e n'importe quel régime politique peut fonctionner selon la démocratie, même une monarchie. Cependant, l'histoire nous démontre que seule la République fait vivre la démocratie, mais alors une véritable république sociale. Jean Jaurès a dit :

"Le socialisme proclame que la République politique doit aboutir à la République Sociale"

Car si le pouvoir est accaparé par un groupe uniforme alors il gouvernera selon ses intérêts de classe. En URSS, le pouvoir était détenu par une caste d'apparatchiks du parti bolchévique. Actuellement, en Europe, il est détenu par les banques internationales insaisissables et tous leurs laquais. La démonstration en est faite chaque jour avec la politique d'austérité. Le peuple est pressé de toute part et le pillage des services publics continue pour maintenir la spéculation et l'enrichissement des 1% dont les avoirs échappent à l'impôt républicain via les paradis fiscaux mais aussi par des mesures aussi injustes que le bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy ou encore les arrangements entre "honnêtes gens" comme l'affaire Tapie l'a encore une fois démontré.

Nous ne pouvons accepter cela ! Il n'y a rien à vendre ni à négocier ! Les services publics sont la richesse commune de notre peuple et les ressources telles que l'eau, l'électricité, la terre ne sont la propriété de personne si ce n'est l'Humanité toute entière et doivent être gérées dans l'intérêt général via le service public et non par des prestataires privés soumis aux logiques de rentabilité abjectes des investisseurs cupides.

Nous n'aurons pas de changement de politique sans une révolution citoyenne, nous n'aurons pas l'écosocialisme sans la 6e République dont la Constitution aura pour unique règle d'or de réduire la dette écologique de l'activité humaine sur la Terre, notre bien le plus précieux.

6erepublique.jpg



Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.