Bayrou : Que faire ?

     Je n’ai pas de conseils à donner à François Bayrou. Simplement, je crois que la politique doit se faire dans la clarté à partir d’une analyse objective de la situation et des rapports de forces.
     Le premier tour de l’élection présidentielles 2012 révèle un paysage politique inédit :
     D’abord logiquement un Président sortant sur le déclin, détesté par une grande partie de la population et dont le bilan, en particulier sur le plan moral, est catastrophique.
     Ensuite, un Front National puissant, conquérant sans doute, mais dont la force est autant liée à l’antisarkozysme qu’aux valeurs qu’il défends. La démagogie sarkozyste a profité à la démagogie frontiste et on ne soulignera jamais assez la campagne inepte et indigne de l’UMP qui a consisté à courir après des thèmes que Marine Le Pen abordait moins : on était presque dans une campagne à fronts renversés ou l’extrême droite n’était pas celle qu’on croyait. La campagne de Marine Le Pen a été plus nationaliste que raciste ; celle de Sarkozy sentait le discours de Dakar et celui de Grenoble en y rajoutant d’autres boucs émissaires comme les chômeurs et les exclus.
     A gauche, Jean Luc Melenchon a fait un beau score, bien sûr, en surfant lui aussi sur la démagogie. Mais peut être que le peuple de gauche est moins réceptif  à ce langage et sait se prémunir des désillusions ; on lui a tellement fait le coup des lendemains qui chantent…d’ou ce résultat décevant pour lui.
     Reste François Hollande : une campagne intelligente même si elle n’est pas enthousiasmante, une campagne raisonnable, au fond. Il a réussi à ne pas se laisser entraîner sur le terrain de l’extrême gauche alors qu’en face Sarkozy courait après l’extrême droite au point de la dépasser si souvent. Une campagne de la raison donc. En y regardant de près, les promesses démagogiques sont peu nombreuses et ne seront probablement pas tenues ou de façon tellement édulcorée qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Une campagne de quelqu’un qui veut gouverner et qui sait que les choses ne sont pas aussi simples quand on est aux commandes..

Face à ce paysage, que faire ?
     Le Modem n’a pas vocation a regarder passer les trains. Il doit peser non seulement dans le débat mais dans l’action. Donc il faut choisir.
     1 - Tout d’abord, il doit aider à terminer la travail : c’est à dire aider à débarrasser la France de Nicolas Sarkozy et de l’UMP. Jamais une majorité n’aura fait en cinq ans autant de mal au pays : défaite sur le plan économique avec l’explosion de la dette en grande partie dûe à des baisses d’impôts clientéliste à contretemps des nécessités du pays ;  défaite sur le plan sécuritaire avec une vision dépassée des causes de la délinquance et des mesures uniquement et faussement répressives ; défaite surtout sur le plan moral avec la multiplication des affaires, conséquence logique du clientélisme et même du népotisme présidentiel.

      2 - Dans un second temps, et sur un programme précis, concernant en particulier la question de la dette et celui de la moralisation de la vie publique, il doit soutenir et éventuellement participer à un gouvernement d’union nationale avec François Hollande afin de réussir à redresser la France le plus rapidement possible. Sans union, le pays court à la catastrophe. On ne peut plus gouverner avec une France de droite contre une France de gauche avec une France centrale qui compterait les points. Il faut sortir la France de l’ornière et pour un temps, deux ans sans doute, peut être plus, cela vaut bien de mettre de côté la querelle des egos qui tue la politique française…Mais doit-on rappeler cette évidence ? : une union se fait à plusieurs !

      3 - Dans un troisième temps, il faut construire une force politique centrale, loin des errements du Sarkozysme, autour de l’idée européenne, de la nécessaire bonne gestion des finances publiques, d’une véritable décentralisation et de la solidarité de tous dans le combat pour une grande France, réellement démocratique et fière de ses valeurs de paix, en particulier la laïcité. C’est le combat du mois de juin aux élections législatives. C’est là que s’écrira le vrai programme de gouvernement.

     En résumé, tourner la page Nicolas Sarkozy / UMP ; participer sous conditions à un Gouvernement d’Union nationale ou du moins le soutenir le temps de redresser le pays, et enfin construire cette force centrale autour de nos valeurs dès les prochaines échéances.
Un pays uni, rien ne lui résiste….

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