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Billet de blog 1 novembre 2025

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Pôvres Riches!... Ils ont encore gagné

Ils ne lâcheront rien.Les Grandes Fortunes ont encore gagné lors du vote à l'assemblée nationale. La recherche d'un "compromis" a-t-elle un sens?

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En préparation du vote à l'Assemblée Nationale sur le budget; ils sont venus, ils sont tous là sur les plateaux télé pour se plaindre. « ... il y en a marre de cette haine contre les riches... ». Ils en ont marre, les pôvres, d'être critiqués, mal compris, si mal aimés. Ils sont pourtant le sel de la terre, Ils font les emplois, ils font les richesses, ils font le progrès, ils font la nation. Ils sont l'incarnation de la liberté. Sur les plateaux, il y a avec eux tous les politiques et chroniqueurs défendeurs de la très difficile raison du plus fort.

Hier, à l'Assemblée Nationale la proposition de la taxe Zucman aurait pu être consensuelle ; elle ne concernait que les 1800 plus grandes fortunes sur les 19 millions de foyers imposables. Il s'agissait de taxer de 2% des fortunes qui ne paient que 26% d’impôts alors que les autres contribuables en paient 56%. Non, ils ne lâcheront rien, ni deux ni un : Rien. Ils ont encore gagné.

Alors, de la macronie au RN, tous ceux qui font la politique au service de ces fortunes ressortent la rengaine du « compromis responsable ». «... c'est la crise.. il faut trouver un compromis... ». C'est la phrase répétée inlassablement à la tribune, devant les caméras. « … mais la France n'a pas la culture du compromis... », et patati et papata, et chacun de promouvoir le compromis, le fameux « gagant ; gagnant » qui se trouve exactement au point du « juste milieu ».. Ah ! si seulement au lieu d'être aux extrêmes tous étaient au « juste milieu » aussi raisonnables que le « bon sens ».

Si on parle budget de la France et répartition des impôts, c'est simple :le juste milieu serait entre les 150 milliards d'euros(à peu près – on est pas à quelques milliards d'euros près) de la famille de Bernard Arnault la plus riche de France et 250000 euros de patrimoine d'une famille française d'age moyen, soit 600000 fois moins. Ou bien il serait entre 3 milliards d'euros de revenus annuels pour Bernard Arnault et 17000 euros pour un salarié au smic soit 180000 fois moins. Ces chiffres sont vertigineux, on a du mal voir ce qu'ils représentent. Mais rassurons nous, pas la peine de calculer. Bernard Arnault, grand ami de Trump et de ses méthodes a tout de suite indiqué où se trouvent son juste milieu et les limites du compromis et du « gagnant-gagnant ».

Pour lui, l'économiste Zucman qui a proposé un compromis consistant à taxer à hauteur de 2% les 1800 plus grosses fortunes de France est un extrémiste de gauche. C'est dire le cadre qu'il impose à la négociation. On aura bien compris que lors du débat à l'assemblée il ne s'agissait donc pas de « bon sens » ou de « raison » mais de pouvoir. Et Bernard Arnault en a.

Mais ça ne fait rien, nos députés, ministres et chroniqueurs « fortunistes » (partisans des fortunés) continuent de vanter les vertus du compromis. « Nous ne lâcherons rien... mais faites un compromis ». On en voudrait bien pourtant du « compromis », du « juste milieu » du « raisonnable » où raisonnablement, égalitaire-ment, fraternellement nous discuterions d'un partage équitable... Mais voilà, Bernard Arnault et ses amis grand fortunés n'en veulent pas. Alors ? Comment on fait ? Qu'est ce qu'il reste pour arriver à bon un compromis? Hé bien nous pardi ! C'est à nous de faire le compromis. C'est à nous qu'il faut prendre encore plus de service public, qu'il faut réduire l'accès aux soins, à qui il faut prendre des années de retraite à nous dont il faut briser toutes les solidarité.

Et tous les chroniqueurs officiels, toute la Macronie toute la droite plus quelques socialistes terrorisés d'être accusés d'être extrémistes d'entonner le couplet de ces Français qui en abusent trop : trop de retraite, trop de santé trop de solidarité trop de droits. Le RN, malin, ne se montre pas trop sur ce terrain par peur d’entamer son capital électoral. Mais il soutient systématiquement tout ce qui favorise les profits des grandes fortunes, prêt à supprimer toutes les libertés, pour ça .

A bien y réfléchir, Bernard Arnault a peut-être raison. Toucher, aussi peu que ce soit aux capitalistes et à leur système, il faut appeler un chat un chat, est d'extrême gauche. Le système est enrayé, il n'a pas de solution pour sortir de la crise qu'il crée et perpétue. Alors pour trouver une solution, il faut bien toucher au système. On voudrait bien, nous, discuter de ça raisonnablement sans invectives, sans « extrémisme », en connaissance de cause ; mais même Zucman dont la proposition est tout ce qu'il y a de plus réformiste de plus sage et de plus consensuel possible est précipité dans le camp des révolutionnaires. Les réformistes sont des extrémistes de gauche, les écologistes des eco-terroristes, les grévistes sont des preneurs d'otages et des saboteurs, les manifestants sont des casseurs,

Nos chroniqueurs zélés voient bien que ça coince. Paniqués ils cherchent qui peut être le plus fort dans cette situation instable. Ils regardent vers le bas, ils nous regardent. Ils voient beaucoup de division, peu de détermination beaucoup de difficultés pour trouver le chemin, beaucoup de faiblesses, il faut le dire. Puis ils regardent vers le haut du coté de Bernard Arnault et de ses amis. Ils voient le lien de ce dernier avec Trump. Ils écoutent Eric Larchevêque 378ième fortune de France qui milite pour le port d'arme afin de pouvoir se défendre, Ils voient jusqu'où sont prêts à aller ces fortunés pour défendre leur bien. Ils voient la brutalité dont ils sont capables. Ils voient qu'ils ont les moyens de s'acheter des milices et tout ce qu'il faut pour se défendre. Ils voient que les Retailleau, Darmanin et autres ministres de l'intérieur mettent à leur disposition tout l'arsenal répressif (80000 policiers pour contenir les manifestations populaires des 10 et 18 septembre - un état de siège -). Ils voient que le RN sera toujours là pour défendre les fortunes et finir le sale boulot s'il le faut. Alors, la peur et la lâcheté, le salaire aussi tiennent ces chroniqueurs de l'ordre établi . Alors « ...ils sautent sur leur chaise comme un cabri en disant  un compromis !  un compromis !... » mais, comme disait l'autre : « … on ne peut faire de la politique que sur des réalités ... »

Parce que pour que la société tienne, pour que la planète tienne, il faut que les grandes fortunes fassent beaucoup de compromis : sur le budget , sur les salaires, sur la répartition des richesses, sur la pollution , sur le réchauffement de la planète, sur l'équité... Trop, beaucoup trop ! Bernard Arnault et les siens ne lâcheront rien, même pas 2 %. Pourtant il ne s'agit pas tellement d'une revendication ; il s'agit de survie y compris la leur et celle de leur descendance. Bernard Arnault ne veut pas le savoir ; jusque là tout va bien pour lui. Il rejette tout compromis, il renvoie tous ceux qui en proposent à l'extrême gauche. Espérons! c'est peut-être le commencement de la solution: la force des laissés pour compte, c'est le nombre.

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