Photojournalisme et médiavores

L‘apparente catalepsie des supports de presse face aux révolutions de l’image numérique laisse pantois les auteurs photojournalistes

L‘apparente catalepsie des supports de presse face aux révolutions de l’image numérique laisse pantois les auteurs photojournalistes, brutalement projetés dans une déliquescence quasi universelle des systèmes de financement du reportage.

Les images qui envahissent notre quotidien échappent aux droits acquis d’une profession mêlée de certitudes convenues, d’aristocratie ou de légendes baroudeuses.

Et pourtant, ce sont encore des professionnels engagés qui meurent en reportage, ce sont des photographes en mission qui nous attestent d’incroyables visions du monde et ce sont de jeunes photojournalistes qui vont chercher à voir ce que le regard désuet des photophones ignore.

Sans doute au-delà des technologies d’assistance, savent-ils la lumière et les noirs, le cadre et la peau qui font parler l’image, mais avant tout, au moins deux éléments fondamentaux caractérisent leur travail: l’initiative et la certification.

L’engagement à la rencontre des faits est une position radicalement différente de celle de la spontanéité du témoin opportuniste de l’événement.

Quant au contrat de véracité que nous accordions aux images, il ne peut exister qu’au travers de l’engagement attesté d’un auteur, de son affirmation claire des sources, de la réalité et des attenants des images qu’il rapporte.

 

Massimo Berruti est l’un de ces photojournalistes engageant sa responsabilité sur les images qu’il va quérir pour rendre compte.

Ce qu’il nous donne à voir est de l’ordre du regard et son ascèse de vérité est toute entière dans le cadre de ses dispositifs photographiques.

Mais Massimo Berruti n’a pas 30 ans et n’a pour seule tension que cette volonté de savoir que lui donne la confusion du monde.

Il voit que les prêches des uns ne sont que les démentis des harangues des autres, il sait que les paroles font des discours mais il voit que les regards, les corps et les choses parlent aussi.

Il est du parti de la photographie.

Quand alors Massimo rencontre l’audience d’un prix comme celui que lui a décerné la Ville de Perpignan, il ne sait pas que ceux du parti de l’écrit ne veulent pas le cantonner et lui demandent de dire ce que ses images auraient tu.

Et là, pas de chance, ce qu’il dit n’est pas ce que nous entendions de ses photos.

Il exprime comme une nécessité du journalisme le doute à porter aux discours officiels des politiques et par on ne sait quel manichéisme, cette position de rigueur déontologique vient assourdir son travail photographique sur la révolution des avocats au Pakistan, au profit d’un incroyable procès en conspirationnisme complotophobe !


Mais quel abus de ces médias qui lynchent une ombre !

L’initiative intelligente de Claire Guillot qui s’interroge dans les colonnes du Monde sur la pertinence d’un texte desservant une photo, se trouve dénaturée par la triste désuétude de quelques voix audiencivores capables d’avancer n’importe quelle avanie.

Non Massimo Berruti n’est pas un conspirationniste qui se fait de l’argent en prônant des thèses imbéciles.


« Suite àcette polémique absurde, vous pouvez écrire que :

1) Je ne suis pas un fondamentaliste et que je ne suis pas plus sous l’emprise du conspirationnisme.

2) Je ne veux pas être montré comme tel, et ce comme je le disdepuis le début, vous pouvez le certifier.

3) Je partage les doutes qu’un grand nombre de gens ont face aux discours officiels, mais ce n’est pas pour autant que je crois aux OVNIS.

4) Claire Guillot a sans doute amplifié mes mots, mais je vous confesse une incontournable mauvaise compréhension de la langue française.

5) Les choses que j’ai dites n’ont rien à voir avec le film« Loose change » que je n’ai jamais évoqué.»

 

"Massimo BERRUTI - Prix du jeune reporter de laVille de Perpignan – 2009"

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