Lettre ouverte à Monsieur Nicolas REVEL, directeur de la caisse nationale d'assurance-maladie

Le directeur de l'assurance-maladie Nicolas Revel présente l'utilisation du tiers payant pour les patients en ALD au 1er juillet 2016 comme un test de la capacité de l'assurance-maladie à réaliser le tiers payant généralisé en 2017. Il s'agit d'un leurre, car pour ces patients la prise en charge sécu est à 100 % sans intervention des complémentaires.

Monsieur le directeur,

Dans un interview donné au journal Libération le 15 décembre, vous avez, à propos du tiers payant, apporté à Eric Favereau la réponse suivante :

" L’enjeu pour l’assurance maladie sera d’être prêt dès juillet prochain, car le tiers payant sera alors ouvert à tous les assurés en affection de longue durée (ALD) ou en maternité. Les solutions que nous proposerons aux médecins pour cette première étape seront un véritable test de notre capacité à réussir le tiers payant généralisé en 2017 "

Je suis navré de devoir tempérer votre enthousiasme mais vos services ne  semblent pas vous avoir bien informé :  cette première étape ne sera en rien un test de votre capacité à réussir le tiers payant généralisé en 2017.

Car si cette étape était une étape du tour de France, elle démarrerait tout en haut d'un col pour se terminer dans la vallée : Il est possible de faire un trajet de ce type sans même  donner un coup de pédale.  Ce n'est donc pas un exploit !  Et cela ne préjugerait en rien de votre capacité à faire le chemin inverse, de la vallée vers le col, car, comme chacun le sait, toute  la difficulté quand on fait du vélo c'est de monter, pas de descendre.

Et bien dans le tiers payant toute la difficulté c'est de coordonner un paiement réalisé par trois payeurs : sécurité sociale, complémentaire et patient (pour la franchise). Pour cette coordination les dizaines de caisses de sécurité sociale ne sont pas prêtes, les 500 complémentaires non plus, et les praticiens refusent catégoriquement de faire ce travail. En matière de tour de France, ce serait l'équivalent d'un col hors catégorie par temps de neige.

Mais dans le cas des patients concernés par votre première étape, affection longue durée et femmes enceintes, la prise en charge  sécurité sociale se fait à hauteur de 100%. Il n'y a donc aucune intervention des complémentaires !  Ce tiers payant-là, il n'y a aucune difficulté à le faire fonctionner. D'ailleurs de nombreux praticiens l'utilisent déjà pour ces patients, comme ils le font pour les CMU, à condition toutefois que la caisse locale d'assurance-maladie ne leur mette pas des bâtons dans les roues.

La seule chose que vous ayez à faire, c'est un courrier à ceux de vos directeurs de caisse qui mettaient leur veto au tiers payant ALD en les priant de cesser d'importuner les praticiens qui souhaitaient en faire bénéficier leurs patients. Ces directeur-là, vous aurez d'ailleurs du mal à les convaincre que la généralisation du tiers payant à toute la population française est une bonne chose : ils sont, comme les médecins, persuadés du contraire !

Votre réponse peut donc leurrer le journaliste de Libération, Monsieur le directeur, mais pas les praticiens. Et il est très irritant pour ceux d'entre eux qui souhaitaient depuis longtemps utiliser le tiers payant social de vous entendre présenter comme une avancée un système qui fonctionnait déjà mais que vos services bridaient volontairement. Eux savent très bien qu'au 1er juillet vous allez tester dans une descente le bon fonctionnement du roue libre du coureur assurance-maladie, mais pas du tout sa capacité à monter une côte.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le directeur, l'expression de mes respectueuses salutations

Dr Xavier GOUYOU BEAUCHAMPS

 

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