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Billet de blog 23 août 2021

Décès de Marie Françoise Blanc

Grande tristesse d'apprendre aujourd'hui le décès de Marie Françoise Blanc. Ci-dessous, mon article du 25 aout 2009 paru dans Libération :

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Désirs d’éducation

Inconnue/Connu 7/9. Marie-Françoise Blanc par Christophe Girard. Le «ministre» de la Culture de Paris fait découvrir une institutrice drômoise aux idées avancées sur l’éducation, le féminisme et l’homosexualité.
par Christophe Girard, adjoint au maire de Paris (PS), chargé de la culture.
publié le 25 août 2009 à 6h52

Marie-Françoise Blanc est une Provençale, plus exactement une Drômoise née à Valence. Son père se nomme Blanc, André. Elle aurait pu, ou dû, s'appeler d'un autre nom commençant par G, si son père génétique, notable drômois, voisin et toujours en vie, avait eu le même courage qu'elle a mis à le rechercher et à le retrouver en 2000, mais il lui raccrocha au nez d'un : «C'est une erreur de jeunesse.»

Ce voyage à la recherche de la vérité laisse des traces et des blessures profondes mais chez elle, elles sont sans amertume. Ses idées sur les hommes, le machisme, la lâcheté, la maternité ou sa compréhension et son appréhension de l’homosexualité, tant féminine que masculine, sont solidement argumentées et défendues. Son père officiel, qui la reconnut quand sa mère était enceinte, est un héros. Directeur d’école, arrêté par les Allemands en 1944, otage torturé puis fusillé à Bron, près de Lyon, son nom est aujourd’hui celui d’une école à Saint-Marcel-lès-Valence. Elle est fière de lui à double titre.


Elle ne s’est mariée qu’une fois, avec le père de ses enfants, aperçu sur un stade et choisi pour ses mollets sublimes. Ses trois enfants sont beaux et talentueux. Une fille cadette chef cuisinière qui fit ses classes chez Troisgros. Un fils aîné ingénieur qui construit des autoroutes au Chili, en Argentine et en Australie. Et un second fils directeur artistique d’une agence de publicité à Cape Town. Une célibataire et deux mariés. Tous les trois ont des enfants qu’elle adore.

Institutrice, laïque, militante de l’éducation populaire, des droits de l’homme et de l’enfant, directrice d’école, dans les années 80, elle vit des années fortes et courageuses en quête d’indépendance pendant son long séjour malgache. Puis, prétextant une visite familiale urgente, elle invente un retour provisoire en France, fait rapatrier la marmaille et quitte ainsi son mari, pas assez bon père ni époux à son goût.

Elle n’est pas femme à se remarier même si aujourd’hui, à 66 ans, elle partage délicieusement sa vie avec un beau Gérard, urbaniste décontracté, bon compagnon car moins bavard et volubile que sa moitié volcanique.

Quand elle avait 21 ans, Marie-Françoise Blanc prit la suite de sa mère qui dirigeait un établissement primaire à classe unique au pied du mont Ventoux. Maîtresse d’école, Marie-Françoise l’est restée et elle est sans doute la grand-mère dont on a tous rêvé. Belle, coquette, chic, cultivée et pédagogue, elle explique le monde à ses sept petits-enfants, âgés de 17 à bientôt 2 ans, comme elle le faisait dans ses écoles aux enfants des autres.

Maîtresse de son jardin potager, cuisinière-pâtissière hors pair de sublimes et inoubliables confitures et sorbets aux framboises, écolo ma non troppo, elle écrase furieusement les escargots qui détruisent ses salades. Pratiquante régulière de Scrabble et de bridge, âme de joueuse qui se cache un peu, derrière une coupe de champagne si possible, elle aime inviter chez elle, réunir ceux qu’elle affectionne pour qu’ils se connaissent, mais il est difficile de la contraindre car elle a toujours un concert, une charité, une exposition ou un débat programmé des mois à l’avance à travers la France et des gens en difficulté à aider.

Si les qualités humaines et sociales sont là, j’imagine aussi combien elle peut irriter par sa nonchalance et son côté papillonnant. Si le mari du temps de Madagascar ne lui convenait plus, était-elle pour autant l’épouse et la mère idéale? Et faut-il forcément l’imaginer en victime ? Elle a parfois avec ses enfants un rapport de grande sœur. Si elle joue, échange et discute avec ses petits-enfants quasi quotidiennement, a-t-elle envie que ses enfants l’appellent une fois par jour ? Elle donne parfois l’impression de courir après le temps et de fuir la réalité. Elle a ce défaut des gens impatients, elle ne finit pas toujours ses phrases et quand elle joue au Scrabble, il lui arrive de tricher, en douce, en repoussant du bout des doigts dans le sac du jeu quelques lettres mal venues.

Tout ça, ces qualités, ces défauts, ces faiblesses qu’elle cache pour être toujours impeccable aux yeux des autres, font d’elle un être humain, terriblement attachant et avec qui on ne peut et ne veut se fâcher.

Engagée pour l’école publique et laïque, elle croit dur comme fer que la gratuité de l’éducation est la condition d’accès nécessaire comme elle l’est pour la santé, le sport et la culture. Un temps chevènementiste, elle revendique la nécessité et la vertu de l’effort individuel pour l’épanouissement de l’être humain en collectivité. Elle se désole que la France qui connut, avec Mitterrand, une certaine grandeur, le goût des livres, des philosophes, des intellectuels et des théâtres soit un peu devenue la France des marchands et des 4 x 4. Si le président Obama sait emmener femme et enfants au Centre Georges-Pompidou quand il séjourne à Paris, elle déplore que notre président ait choisi Eurodisney pour indiquer aux Français qu’il avait trouvé fiancée. Ça lui a semblé un peu plouc. Elle aurait préféré une photo du couple au Louvre ou à la Comédie-Française. Elle sait qu’au pire elle devra attendre encore sept ans et demi. Elle ne fait pas partie non plus des gens de gauche qui tapent sur Ségolène Royal, au contraire, elle la trouve courageuse, habile et sans doute prête à rebondir.

Elle observe avec intérêt le débat sur les mères porteuses, la fécondation in vitro et tous les nouveaux comportements liés à la reproduction. Pas de tabou ni d’a priori, il faut lire, écouter, débattre et puis se faire une opinion. Chaque jour, elle communique par Skype avec ses petits-enfants de Paris, d’Afrique du Sud et du Vaucluse. Pendant la dernière campagne présidentielle, elle était montée à Paris pour un débat organisé par Désirs d’avenir sur l’homoparentalité. Elle avait dit publiquement tout le bien qu’elle pensait de ces nouveaux parents dont beaucoup feraient bien de s’inspirer, selon elle, pour remettre en cause leurs certitudes et mieux aimer et élever leurs bambins.

Définitivement attentive aux autres, elle écoute et recueille les complaintes des copines quittées et s’empresse de leur donner moult conseils. La dernière en date, petite cinquantaine, puéricultrice, aura été encouragée à aller sur Meetic. Réussi. L’amie est partie vivre à Londres et va bientôt se marier. Elle aime que le monde marche mieux pour les autres sans se préoccuper forcément d’elle.

Elle a acquis une sorte de distance avec la matière, comme si l’esprit, un jour, dans la vieillesse, finissait par survivre au corps. Pourtant elle ne croit ni en Dieu, ni aux sorciers. Sa vie aurait pu être celle d’Isabelle Eberhardt.


Marie-Françoise Blanc en 6 dates

23 novembre 1942. Naissance à Valence (Drôme).

1975. Présidente de la MJC du quartier Châteauvert à Valence.

1977. Institutrice à l'Ecole française d'Antananarivo

(Madagascar).

1981. Milite à l'Office central de la coopération à l'école.

1985-1992. Préside l'Aduf (Association des usagers du quartier Fontbarlettes) qui promeut l'intégration des immigrés par la lecture publique et l'école.

2001. Co-fonde l'Université populaire de l'agglomération valentinoise.


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