En Martinique, la pollution au chlordecone n'est pas simplement un problème environnemental. Elle est la métaphore vivante d'une violence plus profonde, plus ancienne, qui traverse l’histoire coloniale et esclavagiste de notre île. La chlordecone, cette substance toxique, absorbée par nos sols, est l'héritage funeste d’un système où l’humain n’était qu’une ressource à exploiter, et où la nature n’était qu’un terrain d’expansion pour le profit immédiat. Cette pollution, insidieuse et persistante, est semblable à la souillure du sang des esclaves versé sur ces mêmes terres, un sang qui imprégnait la terre de la Martinique pendant des siècles, et qui aujourd’hui, à travers la chlordecone, continue de marquer notre quotidien.
Ainsi, la chlordecone est bien plus qu’un poison chimique : il est le symbole d’une histoire de violence, d’exploitation et de déni de l’humanité. Ce n’est pas seulement la santé de notre terre et de nos corps qui est en jeu, c’est aussi la mémoire de souffrances anciennes, celle des esclaves qui ont été réduits à l’état de marchandises, sacrifiés pour alimenter un système capitaliste et colonial qui favorisait l'enrichissement immédiat au détriment de l'humanité. La terre, qui porte en elle ces traces de souffrances passées, n’est pas seulement polluée, elle est blessée, comme l’est notre mémoire collective.
Mais cette lutte contre la pollution au chlordécone ne se limite pas à un combat environnemental, elle est un acte de réparation historique. Elle s’inscrit dans une lutte décoloniale qui réclame la reconnaissance des souffrances passées et la justice pour celles et ceux qui en ont été les victimes. C’est une lutte pour la libération de l’homme et de la nature, une lutte pour réparer les torts du passé, mais aussi pour réécrire un avenir plus juste, plus solidaire.
Et c’est là que réside le véritable enjeu : cette lutte contre la vie chère, en apparence un combat pour des prix plus justes, est en réalité le premier acte d’une lutte anticapitaliste bien plus vaste.
Elle remet en question le mythe selon lequel le capitalisme est créateur de richesse et d’emplois. En réalité, il ne génère que des profits éphémères pour une minorité, tout en imposant des externalités négatives dévastatrices à la majorité, aux peuples et à la planète. La pollution au chlordecone en est une illustration tragique : elle est le fruit d’un système économique qui, pour maximiser les profits, a sacrifié la santé, l’environnement et l’avenir des populations locales.
À travers cette lutte, nous brisons le mythe du capitalisme et du néolibéralisme qui prétendent qu’il est possible de créer de la richesse sans tenir compte des conséquences humaines et environnementales. Nous affirmons que l’humanité ne peut pas être un simple consommateur dans un monde régi par la rentabilité et la spéculation.
Au contraire, cette lutte est un appel à défendre des valeurs humanistes universelles : la dignité, la solidarité, le respect de la nature, la justice sociale. Ces valeurs ne sont pas des idéaux abstraits, mais des nécessités profondes pour la survie et l’épanouissement de l’humanité tout entière.
Le RPPRAC a joué un rôle déclencheur dans cette mobilisation, mais la véritable portée de cette lutte est portée par des figures comme Béatrice Bellay, qui incarnent une vision plus profonde, plus spirituelle, plus solidaire. Elle représente cette combattante pour la libération, qui, avec intégrité, générosité et ténacité, incarne ce mouvement de réparation et de justice. Son leadership est nourri par les valeurs du féminin sacré, inspiré par la pensée de Pierre Teilhard de Chardin, une vision qui dépasse les intérêts personnels et qui cherche à réconcilier l’humanité avec elle-même et avec la nature.
Nous sommes à l’aube d’une transformation puissante et libératrice.
La lutte contre la vie chère, contre la pollution, contre les injustices sociales et écologiques, est un combat qui dépasse les frontières locales, un combat pour l’humanité entière. En rejoignant cette lutte, nous ne faisons pas que défendre notre île, nous défendons une vision d’avenir où la justice, la solidarité et l’équité ne seront plus des idéaux, mais des réalités. C’est une lutte anticapitaliste et décoloniale, une lutte pour la réparation et la dignité de tous. Ce combat est celui de l’avenir, celui de l’humanité. Ensemble, dans cette union sacrée, nous pouvons transformer cette souillure en un levier pour une libération collective.