Dans le film Awakenings (1990), des patients atteints d’encéphalite léthargique sont temporairement réveillés grâce à un traitement expérimental, avant de retomber progressivement dans leur état initial.
Ce réveil momentané, suivi d’un retour forcé à la torpeur, peut symboliser la difficulté qu’a l’humanité à se détacher de ses illusions. On pourrait voir cela comme une métaphore de la résistance psychologique et sociale à l’éveil, une incapacité à soutenir la lucidité sur le long terme.
Dans cette lecture, l’attachement à la matrice, au monde illusoire, serait une pathologie collective, une forme de dépendance à des structures de pensée et de pouvoir qui rassurent même lorsqu’elles sont oppressives ou mensongères.
Comme dans Matrix, où Cypher choisit volontairement de retourner à l’illusion en échange du confort matériel, nombreux sont ceux qui préfèrent un monde où ils ont des repères, même faux, plutôt qu’un réel incertain et angoissant.
Platon, avec son allégorie de la caverne, avertissait déjà des risques du réveil : celui qui sort de la caverne et voit la vérité est d’abord aveuglé, désorienté, et s’il retourne auprès de ceux qui sont encore dans l’ombre, il est rejeté, moqué, voire éliminé. L’histoire semble nous montrer que ce schéma se répète : ceux qui dénoncent les illusions dominantes sont souvent tournés en dérision ou diabolisés.
Le parallèle entre Awakenings et notre époque soulève une question essentielle : l’éveil collectif que nous vivons, aussi brutal ou temporaire soit-il, peut-il être maintenu et approfondi, ou bien sommes-nous condamnés à retomber dans un sommeil confortable, comme une fatalité biologique et sociale ?
Trump, a peut-être cristallisé un certain réveil, mais en a aussi fait un simulacre, un produit de consommation politique plus qu’une véritable rupture.
Le vrai défi alors ne serait pas seulement de déconstruire la Matrice, mais de voir qu’elle est en nous, qu’elle est notre propre mental conditionné. C’est une idée proche de certaines traditions spirituelles orientales : le Bouddhisme, le Vedanta, ou encore des penseurs modernes comme Krishnamurti ou Castaneda, qui expliquent que ce que nous appelons réel n’est qu’une projection de nos schémas de pensée et de nos croyances.
Dans Awakenings, Leonard Lowe s’éveille brièvement grâce à un médicament, il redécouvre la vie avec passion, avec excès même, mais son réveil est temporaire et il retombe inéluctablement dans son état précédent. Il incarne cette phase d’éveil éphémère, qui semble libératrice mais qui, en fait, révèle surtout les limites du système qui l’a rendu possible.De la même manière, Trump représente un sursaut dans la Matrice, mais pas une véritable sortie. Il incarne un chaos qui brise les codes, expose certaines hypocrisies, mais il ne fait que réorganiser l’illusion sous une autre forme. Il donne l’impression de réveiller les masses, mais c’est pour mieux les enfermer dans une autre structure mentale : celle d’un affrontement binaire, d’un storytelling simpliste du "système contre le peuple", alors que lui-même fait partie intégrante de ce système.
Dans Matrix, il serait une distorsion de la Matrice, un bug qui donne l’impression d’un changement mais qui, en réalité, renforce l’illusion.
Il joue le rôle d’un "glitch" qui pourrait faire croire à une sortie, mais qui ne fait que réécrire la programmation dans un sens différent, comme une mise à jour du logiciel de la Matrice. Il ne libère pas, il enferme autrement.
Et c’est là que la désillusion devient encore plus vertigineuse : Trump est un faux réveil, combien d’autres "éveils" sont en réalité des cycles de réajustement de la Matrice ? Combien de révolutions, de chocs politiques ou sociaux ont simplement permis au système de se réinventer sous une autre forme, sans jamais permettre de véritable libération ?
Peut-être que le véritable éveil n’est pas une rupture spectaculaire ou un combat politique, mais plutôt une dissolution progressive de l’illusion en soi, une déconstruction intérieure qui précède toute transformation extérieure. Tant qu’on cherche une libération dans la Matrice, on reste piégé dans ses règles.
Oh my god !