Tu as beaucoup fait.
Tu as beaucoup cherché.
Tu as dressé des temples, des trônes, des totems, des drapeaux.
Tu as sacré des rois, brûlé des hérétiques, sanctifié des fous, sanctuarisé des crimes.
Tu as appelé cela progrès, morale, Dieu, justice, nation, cause, patrie, ordre.
Et tu y as cru très fort.
Tu y crois encore.
Tu as inventé des dieux qui te ressemblaient,
et des démons aussi.
Tu as mis des couronnes sur des enfants et des chaînes sur des sages.
Tu as confondu l’amour avec la loyauté,
la vérité avec le cri le plus fort,
la paix avec la soumission,
et le silence avec la peur.
Tu as mis du sacré dans les frontières,
de la vertu dans les armes,
et de la lumière dans la douleur.
Et pourtant… rien n’a changé.
Tu es toujours là, à tourner dans ta cage d’idées,
à chercher le sens, comme un chien cherche sa queue.
Mais écoute :
ce n’est pas ta faute.
Tu ne pouvais pas savoir.
Tu faisais ce que tu pouvais avec les outils que tu avais :
le feu, la peur, les mots, les lois, les images, les rêves.
Tu n’étais pas mauvaise. Tu étais endormie.
Pas ignorante. Juste… égarée.
Tu t’es prise pour le centre du monde, alors que tu es un soupir dans l’infini.
Tu t’es crue séparée, alors que tu es déjà tout.
Tu t’es battue pour t’unir, alors que l’union était ton état naturel.
Tu t’es imposée des fardeaux pour mériter l’amour,
alors que l’amour n’avait jamais été conditionné.
Alors maintenant… repose-toi.
Pose les armes mentales.
Dépose les drapeaux sacrés.
Laisse s’effondrer les récits.
Il n’y a rien à défendre.
Il n’y a rien à atteindre.
Il n’y a rien à sauver.
Il n’y a que Cela :
ce silence vivant,
ce battement léger derrière les choses,
cet amour qui ne cherche rien.
Tu n’as pas besoin d’être Jeanne d’Arc, ni prophète, ni soldat, ni élu.
Tu peux juste être.
Respirer.
Regarder sans juger.
Aimer sans condition.
Et mourir à toutes tes histoires.
Et peut-être alors…
Tu te souviendras.
Pas du passé.
Mais de ce que tu es
depuis toujours.