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Billet de blog 7 décembre 2024

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Pourquoi la lutte contre la vie chère est-elle un contresens ?

La quête de produits bon marché encourage la surconsommation et le gaspillage, aggrave la crise écologique. Les prix bas masquent le coût réel des biens en termes de ressources naturelles, d'énergie et de pollution. Il est temps de transformer nos revendications en une quête de qualité haute : des produits respectueux de l’humain, de l’environnement, et porteurs de sens.

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Repenser la lutte contre la vie chère : vers une quête de qualité et de dignité

La lutte contre la vie chère, particulièrement en Martinique et dans d'autres territoires d'outre-mer, est une revendication profondément ancrée dans l'histoire sociale. Pourtant, cette lutte, bien qu’urgente à certains égards, repose sur un contresens économique, écologique et culturel. En plaçant la baisse des prix comme une finalité, elle alimente les mécanismes du capitalisme qu’elle prétend combattre, perpétuant ainsi des dynamiques destructrices pour les peuples et leur environnement.

Dans le système capitaliste, la réduction des prix n’est pas un geste altruiste : c’est une stratégie de domination. En abaissant les prix, les grandes entités commerciales accroissent leur volume de ventes, renforcent leur pouvoir économique et étendent leur influence culturelle. Les prix bas ne signifient pas justice sociale, mais exploitation accrue :

Derrière chaque produit bon marché se cache un travailleur sous-payé, souvent dans des conditions indignes, à l'autre bout du monde ou localement.

La production à bas coût repose sur des processus intensifs et destructeurs : monocultures, pollutions, transports à longue distance.

Les petits producteurs, artisans et commerçants ne peuvent rivaliser avec les géants du commerce globalisé et sont souvent contraints de disparaître.

Ainsi, la "bête immonde" du capitalisme se nourrit de ces prix bas, qui consolident son emprise sur les marchés et les esprits.

Pourquoi la lutte contre la vie chère est un contresens ? : en cherchant uniquement à réduire les prix, on renforce les logiques mêmes qui détruisent les sociétés et les écosystèmes :

Le "pouvoir d’achat" est un concept façonné par le capitalisme pour maintenir les populations dans une logique consumériste. Plus on achète à bas prix, plus on consomme, et plus on alimente les chaînes de production destructrices.

Dans les sociétés coloniales comme la Martinique, la consommation est souvent un moyen d’exprimer sa dignité et son existence sociale face à une histoire de déshumanisation. Posséder des objets, montrer qu’on peut acheter, devient une réponse au mépris institutionnalisé. Mais ce conditionnement nous emprisonne dans un système qui nous aliène davantage.

La quête de produits bon marché encourage la surconsommation et le gaspillage, aggravant la crise écologique. Les prix bas masquent le coût réel des biens en termes de ressources naturelles, d'énergie et de pollution.

Alors oui, certains grincheux vont objecter que seule une personne aisée peut exiger une hausse de qualité quand certains d'entre nous peinent à se nourrir du minimum, et qu'il s'agit avant tout d'une lutte de survie. Il y a indiscutablement une extrême pauvreté qui se bat pour sa survie, et une baisse des prix et des marges indécentes est vitale à cours terme. Il n'y a pas de contradiction. Cette lutte pour une meilleure qualité est en réalité indissociable d'une lutte pour plus de justice sociale. Cette hausse de qualité vise également  une amélioration de la qualité des rapports humains dans notre société et une meilleure répartition des richesse.

Plutôt que de lutter contre la vie chère, il est temps de transformer nos revendications en une quête de qualité haute : des produits respectueux de l’humain, de l’environnement, et porteurs de sens. Cette lutte pour une vie qualitative repose sur trois axes fondamentaux :

Un changement de mentalité : Il faut déconstruire des décennies de conditionnement qui nous ont poussés à valoriser la quantité sur la qualité. Adopter une vision où consommer moins mais mieux devient une expression de dignité, de responsabilité et de liberté. Rompre avec la dépendance aux grandes surfaces et aux importations à bas prix. Favoriser les circuits courts, l’agriculture locale et biologique, et les produits artisanaux. Et en Martinique c’est un véritable défi.

Le "pouvoir d'achat" est une illusion. En réalité, c’est un "devoir de modération" qui s’impose, face aux limites planétaires et à l’urgence climatique. Comme l’exprimait Pierre Rabhi, viser une "sobriété heureuse" n’est pas un renoncement, mais un chemin vers une vie plus humaine, plus digne, et plus libre.

Cette transformation est une véritable résistance dans un monde contaminé par le capitalisme et l’ultralibéralisme. La lutte pour une vie qualitative ne cherche pas à "payer moins", mais à "vivre mieux" : mieux se nourrir, mieux produire, mieux consommer. Elle s’oppose radicalement à la logique de déshumanisation portée par la quête incessante de prix bas.

Il est temps de se mobiliser vers une dignité retrouvée. Remettre en question la lutte contre la vie chère, c’est adopter une vision à long terme, à la fois écologique et humaine. Ce chemin, bien que difficile, est le seul qui puisse permettre aux peuples, et particulièrement aux sociétés postcoloniales, de retrouver leur dignité. Il exige une action collective et méthodique pour éduquer les populations sur l’impact réel des prix bas, développer des politiques publiques encourageant la qualité (agriculture locale, transition écologique, justice sociale), et résister aux pressions des multinationales et des grandes surfaces.

C’est une lutte pour une dignité retrouvée. En choisissant la "qualité haute" et la "sobriété heureuse", les peuples affirment leur humanité face à un système qui ne cesse de les réduire à des consommateurs anonymes. C’est cette décolonisation économique et culturelle qui peut redonner un sens à nos luttes et un avenir à notre planète.

Mais qui en dehors de militants diabolisés tiens actuellement ce discours? Quel élu? Quel décideur? Quel politique appelle nos camarades humains à cette quête vitale de qualité? 

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